Le Christ accomplit la Loi

Après une rapide introduction à la Bible, nous verrons l’Alliance conclue avec Abraham, puis celle conclue avec Moïse au sommet du Mont Sinaï. C’est là que Dieu lui donnera ces “Dix Paroles” qui constitueront le coeur de la Loi. Nous étudierons alors tout particulièrement quatre d’entre elles, et nous verrons ensuite, avec St Matthieu, comment le commandement de l’amour, enseigné par le Christ, accomplit en fait tous les autres commandements…

Pour des raisons pratiques, ce parcours vous est présenté en format PDF. Chaque fois que le texte hébreu, pour l’Ancien Testament (AT), est cité, il est aussitôt accompagné d’une traduction littérale. Ses nuances sont parfois capitales pour l’interprétation du texte biblique. En effet, lorsque, par exemple, l’une des Dix Paroles déclare à propos des idoles, “tu ne les serviras pas”, le temps employé en hébreu suggère comme nuance : “Tu ne te laisseras pas asservir par elles”… Ainsi, “servir une idole”, quelqu’elle soit, devient synonyme d’en “devenir l’esclave”, et cela, Dieu ne le supporte pas, Lui qui nous a tous créés pour que nous soyons pleinement libres… L’amour en effet ne peut pleinement se vivre que dans l’acquiescement des libertés…

Bonne lecture à vous, et surtout, belle rencontre, de coeur, avec le Christ, dans la foi… car tel est bien le seul but que poursuit finalement toute étude biblique…

                                                                                                                      D. Jacques Fournier

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Le Christ accomplit la Loi 2017




Une Femme couronnée d’étoiles (Ap 12)

Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; (2) elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement. (3) Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème. (4) Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né. (5) Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; (6) et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône, tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours. 

(7)       Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges, (8) mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. (9) On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui. (10) Et j’entendis une voix clamer dans le ciel :  Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. (11) Mais eux l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir. (12) Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés. 

(13)    Se voyant rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’Enfant mâle. (14) Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps. (15) Le Serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d’eau derrière la Femme pour l’entraîner dans ses flots. (16) Mais la terre vint au secours de la Femme : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du Dragon.

(17) Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus. »

Marie - Musée de Sens 2

Marie, Musée de Sens

            Ce texte est très bien construit, en inclusion, c’est-à-dire avec des éléments qui se répondent en symétrie autour d’un cœur (voir en fin de document). L’auteur donne ainsi la place centrale à ce qui lui semble le plus important. Et que souligne-t-il ici ?     

 La victoire finale de Dieu sur le mal, sur Satan (de l’hébreu « accusateur »), triomphe de l’Amour sur la haine (Ep 2,14-18), de la Miséricorde sur le péché… Tous ceux et celles qui ont accepté de se laisser laver par le sang de l’Agneau pour vivre ensuite en conformité avec la grâce reçue sont les heureux bénéficiaires de ce salut donné par Dieu, et ils sont dans la joie… « Soyez donc dans la joie, cieux, et vous qui les habitez »…

Marie, cachot de Bernadette

Marie, ancien cachot où Ste Bernadette habita avec sa famille…

             « Un signe grandiose apparaît donc au ciel »… « Une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ». Dans le contexte du Nouveau Testament et de la foi au Christ mort et ressuscité pour notre salut, les « douze étoiles » renvoient aux Douze Apôtres, ces colonnes que le Christ a choisies pour construire, avec eux et par eux, son Eglise (cf. Mc 3,13-15 ; Lc 6,12-16 ; Mt 16,18-19 ; Ga 2,7-8 ; Ep 2,19-22). Bien sûr, le choix de Douze Apôtres est un clin d’œil aux Douze tribus d’Israël : avec eux, le Christ accomplit tout ce qui était en préparation avec l’Ancienne Alliance en permettant à la vocation d’Israël d’atteindre son but : que « soient bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12,1‑3). Désormais l’Eglise Peuple de Dieu n’a plus de frontières : elle contient en son sein aussi bien des Juifs que des païens. Et elle est ouverte à tous les peuples de la terre, car sa vocation est d’annoncer le salut au monde entier (Mt 28,18-20) pour que l’humanité soit rassemblée dans le Christ, c’est-à-dire dans l’unité de cet Esprit que nous recevons par notre foi au Christ (Ep 1,3-10 ; 4,1-6 ; Jn 11,51-52 ; 17,20-23)… Cette Femme couronnée d’étoiles représente donc tout d’abord l’Eglise, selon une habitude fréquente dans l’Ancien Testament d’évoquer le Peuple de Dieu par une figure féminine. Souvenons-nous par exemple de la jeune femme d’Ezéchiel (Ez 16), de « la Fille de Sion » (So 3,14 ; Za 2,14 ; 9,9 ; Is 1,8 ; 10,32 ; 52,2 ; 62,11…), de l’épouse infidèle du prophète Osée, de « la mère Jérusalem » dans le prophète Baruch (Ba 4,5 – 5,9)…

 « Le soleil l’enveloppe » car elle a accueilli la Lumière du « Père de la Gloire » (Ep 1,17), « le Père des Miséricordes » (2Co 1,3 ; 1P 1,3 ; 2,10), qui, avec son Fils et par son Fils « Lumière du monde » (Jn 8,12) est venu déchirer nos ténèbres (Mc 1,9‑11)… « Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23) ?  

   Marie, Eglise Notre Dame de la Salette

Notre Dame de la Salette

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande Lumière, sur les habitants du pays de l’ombre, une Lumière a resplendi… Un enfant nous est né, un Fils nous est donné » (Is 9,1-6)… Il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) en lui offrant le pardon de Dieu. Grâce à lui, nous pouvons retrouver tout ce dont nous étions privés par suite de nos fautes : « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée » (Jn 17,22)… Alors, si « jadis, vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (Ep 5,8) pour avoir accueilli « la lumière de la Vie » (Jn 8,12) grâce au Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Le projet de ce Dieu « drapé de lumière comme d’un manteau », (Ps 104(103),2) s’est accompli : il a revêtu son épouse « de vêtements de salut, il l’a drapée dans un manteau de justice » ; alors « les nations verront sa justice et tous les rois sa Gloire », car désormais, « le soleil l’enveloppe ». « Dans la main de son Dieu, elle est une couronne de splendeur » (Is 59,10-62,5 ; 60,1-7), car elle reçoit le Don de ce Dieu « Soleil » qui « donne la grâce, qui donne la Gloire » (Ps 84(83),12).

Marie Grand Ilet la Réunion

Marie, devant l’Eglise de Grand Ilet, cirque de Salazie, Ile de la Réunion

            « La lune est sous ses pieds »… L’astre de la nuit est sous ses pieds, en signe de victoire sur le monde des ténèbres (cf. Jn 6,16-21). En effet, avec le Christ, « la Lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5). Et cela s’accomplit dès maintenant, car dès aujourd’hui, dans la foi, « les ténèbres s’en vont et la véritable lumière brille déjà » (1Jn 2,8). Mais, nous le verrons par la suite, tout ceci se réalise au cœur d’un combat quotidien où il s’agit de recevoir et de recevoir encore par la prière cette Lumière de l’Esprit qui, seule, peut venir à bout de toutes « les Principautés, les Puissances, les Régisseurs de ce monde de ténèbres » (Ep 6,10-20 ; 1Th 5,4-10)… « La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière » (Rm 13,12)… Alors, « réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 5,14), le soleil t’enveloppera…

Marie Forêt de Bélouve la Réunion

Grotte de Notre Dame de Lourdes, forêt de Bélouve, Île de la Réunion

            « Elle est enceinte »… L’Eglise est « enceinte »… En effet, rappelle St Jacques, « le Père de toutes les lumières a voulu nous enfanter par une parole de vérité pour que nous soyons comme les prémices de ses créatures » (Jac 1,17-18). Cette Parole de Vérité nous a été transmise par Jésus, le Fils unique et éternel de Dieu (Jn 12,49-50 ; 8,26 ; 17,8), « la Parole faite chair »(Jn 1,14). Et « à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, eux qui ne furent engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1,12-13). Par notre « oui » de foi à la Parole, et donc au Christ Ressuscité, nous sommes invités petit à petit à naître et à renaître « d’en haut », de « l’Esprit » (Jn 3,1-8) pour devenir « une créature nouvelle » (2Co 5,17) dans le Christ. Tout commence bien sûr au jour de notre baptême (Tt 3,4-7), mais nous avons à nourrir ensuite cette créature nouvelle par les sacrements, la prière et la lecture de la Parole de Dieu. En effet, l’Esprit Saint se joint toujours à la Parole car « celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu, et avec elles, il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34). Accueillir la Parole, c’est donc accueillir l’Esprit Saint qui se joint à elle et lui rend témoignage (Jn 15,26) en communiquant à celui ou celle qui la lit cette Vie nouvelle qu’elle ne cesse d’évoquer. Dieu rend ainsi témoignage à son Fils par l’action de l’Esprit qui donne la Vie à quiconque accueille avec foi la Parole du Fils (1Jn 5,5-12 ; Ga 5,25). « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 6,47).

Marie Basilique du Rosaire Lourdes

Marie Reine, mosaïque de la Basilique du Rosaire, Lourdes

Dieu le Père, avec son Fils et par son Fils, est donc venu nous enfanter à sa vie par sa Parole qui se propose à notre liberté, et l’action souveraine de l’Esprit Saint. Et maintenant, la Mission du Fils se poursuit avec l’Eglise qui est son « Corps » (1Co 12,12-13.27). Lui, il en est comme « la Tête » (Ep 1,22-23) et il lui a demandé d’aller dans le monde entier pour transmettre ce qu’elle avait elle-même reçu. Il lui a alors promis d’être avec elle tous les jours, jusqu’à la fin du monde, et d’agir avec elle par la Puissance de son Esprit pour que sa Parole puisse être accueillie (Mt 28,18-20 ; Mc 16,20 ; 1Co 2,1-5 ; Rm 15,15-19). qui a reçu la charge de transmettre la Parole de Dieu au monde (Mt 28,18-20). L’Esprit qui se joignait à la Parole du Christ pour lui rendre témoignage et communiquer ainsi par elle la vie éternelle (Jn 6,63) se joint donc toujours à la même Parole proclamée aujourd’hui par l’Eglise pour accomplir la même œuvre : communiquer la vie (2Co 3,4-6), enfanter un monde nouveau… C’est ainsi que l’Eglise est « Mère »… « Mes petits enfants », écrit St Paul dans sa Lettre aux Galates, « vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga 4,19)… En effet, nous sommes tous appelés à devenir des fils et des filles de Dieu à « l’image et ressemblance » de Jésus, le Fils Unique et éternel, qui reçoit sa vie du Père de toute éternité : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). « Comme le Père a la vie en lui‑même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui‑même » (Jn 5,26). Et un peu plus loin, Jésus dit : « Je vis par le Père » (Jn 6,57). Nous sommes donc tous invités à recevoir par notre foi au Fils ce que le Fils reçoit de son Père de toute éternité : « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me reçoit vivra par moi » (Jn 6,57). Alors, sauvés par le Fils, les croyants reçoivent du Fils de « pouvoir devenir », petit à petit, de grâce en grâce, de miséricorde en miséricorde, des fils comme le Fils, « à l’image du Fils » : « Nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » (Rm 8,29‑30 ; 2Co 3,17-18). Alors, « le soleil enveloppe » la communauté de ceux et celles qui, par la Parole du Fils, ont accueilli « la lumière de la Vie » (Jn 8,12)…

Marie Chapelle de Bélouve Réunion

Marie, chapelle de la forêt de Bélouve, île de la Réunion

            Ainsi l’Eglise, par les sacrements et « le lait non frelaté de la Parole » (1P 2,2), enfante-t-elle des fils, vivants de la vie du Fils et appelés à être au ciel « Lumière » et « Gloire » comme le Fils… Et tout ceci se réalise très concrètement par le « oui » de notre foi à « la Parole de Vérité, la Bonne Nouvelle de notre salut ». Par ce « oui » renouvelé chaque jour, à tout instant, dans une prière qui devrait être continuelle (Ep 6,18), le chrétien accueille la grâce de l’Esprit reçu au jour de son baptême : « C’est en lui que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,13-14). En effet, « le Christ a tant aimé l’Église qu’il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne (le baptême) ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante » (« enveloppée de soleil »), « sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5,25-27).

Marie fleurs Réunion

Ainsi, l’Eglise est notre Mère à tous car l’Esprit Saint, jour après jour, vient sur elle. La Puissance du Très Haut la prend sous son ombre ; c’est pourquoi les êtres saints car sanctifiés qui naissent d’elle sont appelés fils de Dieu (cf. Lc 1,35 ; 1Th 5,23-24)…

            Et nous constatons à quel point il est impossible de parler de l’Eglise sans parler de Marie, de penser à l’Eglise sans penser à Marie… En effet, si l’Eglise grâce à l’action de l’Esprit Saint est la Mère des fils et des filles de Dieu, Marie, grâce à l’action du même Esprit Saint est la Mère du Fils Unique et éternel de Dieu. Et dans l’ordre chronologique, c’est elle qui vient en premier.  « Comblée de Grâce » (Lc 1,28) pour accomplir sa vocation unique, « l’Immaculée Conception », la « Bénie entre toutes les femmes » (Lc 1,42) a mis au monde ce Fils qui allait appeler toute l’humanité à devenir comme lui, des fils et des filles de Dieu… Et comblée à son tour de grâce (Ep 1,6), sanctifiée par l’eau du baptême, appelée elle aussi à être « sainte et immaculée dans l’Amour », « bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ »(Ep 1,3-10), l’Eglise recevra elle aussi la vocation de devenir la Mère d’une humanité nouvelle de fils et de fille de Dieu… Nous voyons bien que si « la Femme couronnée d’étoiles » du Livre de l’Apocalypse évoque le Mystère de l’Eglise, il est impossible de ne pas penser en même temps à Marie…

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Marie, Basilique de Vézelay

            Marie enfantant le Fils par l’Esprit est en effet l’image parfaite de l’Eglise enfantant des fils et des filles de Dieu par le même Esprit. Et Marie collabore toujours activement à cette Mission de l’Eglise, qui est tout en même temps celle de son Fils, car elle a reçu de lui, au pied de la Croix, la vocation d’être la Mère de tous les fils et les filles de Dieu… « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui » (Jn 19,25-27). Et St Jean, dans son Evangile, prend bien soin de ne pas nommer « le disciple bien-aimé », car il représente tous les disciples de Jésus, et donc l’Eglise tout entière… Marie, Mère du Fils par l’Esprit, est ainsi la Mère de tous ceux et celles qui, par leur foi au Fils et l’action du même Esprit, deviennent à leur tour des fils et des filles de Dieu à « l’image du Fils » unique et éternel de Dieu (Rm 8,29)… Le Père Paul Boiteau, ancien curé de Cilaos et supérieur du Petit Séminaire, écrivait ainsi : « Nous sommes les collaborateurs de la Très Sainte Vierge Marie pour la formation de Jésus Christ dans les âmes »…

Marie Lourdes

 « La Femme mit donc au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer[1] ; et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône » (Ap 12,5). Au regard des deux interprétations complémentaires que nous venons de voir, « la Femme – Eglise », « la Femme – Marie », ce verset peut se comprendre de deux façons. Si nous pensons à Marie, et donc à son Fils Jésus, le texte nous renvoie au jour de son Ascension (Lc 24,50‑53 ; Ph 2,6-11 ; Ep 1,17-23 ; Ac 7,55–56 ; Rm 8,34).

Mais si nous pensons à « la Femme – Eglise », celui qui a dit « oui » au Christ par sa foi a été uni, au jour de son baptême, au Mystère de sa mort au péché et à celui de sa vie à Dieu. Dès lors, « considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rm 6,1-11). Dans la foi et l’attente de la résurrection de la chair au dernier Jour, le chrétien est donc déjà ressuscité en tant qu’il participe dès aujourd’hui à la victoire du Christ sur la mort par le don de l’Esprit Saint. Grâce à lui, il a été arraché aux ténèbres et placé dans un état de communion avec ce Dieu qui est Lumière (1Jn 1,5). A lui maintenant de rester fidèle, jour après jour, à cette grâce reçue, pour grandir dans la vie des enfants de Dieu…  « Vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12‑14). Oui,

[1] Et nous retrouvons avec ce « sceptre de fer » une citation du Ps 2 déjà employé lors du baptême de Jésus par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain (cf. Lc 3,21-22). Mais Jésus, qui reçoit en cet instant « un baptême de repentir en vue de la rémission des péchés » (Lc 3,3) est descendu dans l’eau pour nous donner l’exemple, pour nous montrer le chemin à suivre (Jn 14,6) … En effet, il est « l’Agneau sans reproche et sans tâche » (1P 1,19), « le Saint, le Juste » (Ac 3,14), « il n’a jamais commis de faute » (1P 2,22 ; Jn 8,46). Il n’avait donc pas besoin de se repentir. Jean-Baptiste le savait bien (Mt 3,13-15). Mais Jésus dans les eaux du Jourdain nous représente tous, plongés dans les eaux du baptême pour que naisse de l’Esprit une création nouvelle de fils et de filles de Dieu vivants de la vie du Fils (2Co 5,17 ; Tt 3,4-7). Et d’ailleurs, ce Psaume 2 qui concerne avant tout le Fils est aussi appliqué aux disciples du Christ en Ap 2,26-28 : « Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations : c’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile ! Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’Étoile du matin ». Nous retrouvons, par cette citation commune appliquée au Christ et aux chrétiens, à quel point nous sommes tous appelés à devenir comme le Fils, à son image, vivants de sa vie, partageant son Mystère de communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit…

Marie Nevers Ste Bernadette
Marie Nevers Ste Bernadette

Marie; statue devant laquelle Ste Bernadette aimait prier à Nevers, dans le jardin de sa communauté.

« Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés! –, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ep 2,4-6). « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire » (Col 3,1-4), « enveloppés de soleil »… Cette « vie cachée avec le Christ en Dieu » est communion dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,1-6) avec le Christ « Lumière du monde » (Jn 8,12), cette Lumière qui, seule, peut briller dans les ténèbres et remporter la victoire sur elle (Jn 1,4-5)… Avec elle « le Prince de ce monde est jeté dehors » (Jn 12,31), hors de nos cœurs. Et la prière du Christ s’accomplit : « Père, je ne te demande pas de les enlever du monde, mais de les garder du mauvais » (Jn 17,15)… Ainsi, le chrétien qui vit dans le monde, est-il déjà par sa foi « enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône » (Ap 12,5) dans la mesure où il vit déjà, au plus profond de son être, un Mystère de Communion avec Dieu dans le silence, la paix et le repos de l’Esprit (Hb 4,3 ; Mt 11,28). Tel est « le Royaume des Cieux » qui est « arrivé jusqu’à nous » par le Don de « l’Esprit de Dieu » (Mt 12,28)…

Notre Dame de France Puy en VelayNotre Dame de France Le Puy en Velay

Marie, Notre Dame de France, Puy en Velay

Tel est « le désert » où nous sommes tous invités à trouver déjà « quelque chose » du vrai bonheur en vivant déjà de la vie de Dieu accueillie par la foi : et « la Femme s’enfuit au désert où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours » (Ap 12,6). Et la Bible de Jérusalem précise en note : le désert est le « refuge traditionnel des persécutés dans l’Ancien Testament (cf. Ex 2,15 ; 1R 19,3s ; 1M 2,29-30). L’Eglise doit fuir loin du monde et se nourrir de la vie divine (cf. Ex 16 ; 1R 17,4-6 ; 19,5-8 ; Mt 4,3-4 ; 14,13-21) ». Sa communion avec Dieu sera alors son refuge, sa forteresse, sa force (Ps 16(15),1 ; 18(17),3 ; 32(31),7 ; 46(45),2 ; 59(58),17 ; 64(63),11 ; 73(72),28 ; 90(89),1 ; 91(90),2 ; 94(93),22 ; 144(143),2). St Jean y revient un peu plus loin lorsqu’il écrit que « la Femme reçut les deux ailes du grand aigle[1] pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps » (Ap 12,14). « Les deux ailes » nous font bien sûr penser à « l’Esprit Saint » (Mt 3,16 ; Mc 1,10 ; Lc 3,22 ; Jn 1,32) avec lequel et par lequel le Christ Ressuscité vient à nous et nous prend avec lui pour nous emmener dans la Maison du Père, ce Mystère de Communion qu’il vit avec son Père. « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez » (Jn 14,1‑3).

Marie Notre Dame de France Puy en Velay Marie Notre Dame de France Puy en Velay

Marie, Notre Dame de France, Puy en Velay

Et cela durera « un temps et des temps et la moitié d’un temps » (Ap 12,14), « mille deux cent soixante jours » (Ap 12,6), c’est-à-dire « trois ans et demi »… Cette moitié du chiffre sept, symbole de perfection, « est devenu depuis le Livre de Daniel (Dn 7,25) la durée type de toute persécution », de toute souffrance (cf. Lc 4,25 ; Jc 5,17). « Ici, il s’agit immédiatement de la persécution de Rome, la Bête d’Ap 13 ; 17,10-14 » (Note de la Bible de Jérusalem en Ap 11,2). Ainsi, même si cette période d’épreuve peut sembler longue pour celui qui la subit, tôt ou tard elle s’arrêtera, car Dieu qui est présent  à l’Histoire lutte contre toute injustice avec tous les hommes de bonne volonté…

L’adversaire est ici représenté avec l’image « d’un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème. Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né » (Ap 12,3-4). Ce Dragon est « l’antique Serpent, le Diable (diviseur, en grec) ou le Satan (accusateur, en hébreu), comme on l’appelle, le séducteur du monde entier » (Ap 12,9), « le Prince de ce monde » (Jn 12,31) qui contribue à attiser la haine chez ceux qui se tournent vers le mal…

[1] Allusion au Livre de l’Exode où Dieu délivra Israël des persécutions et des souffrances que leur infligeaient à l’époque les Egyptiens : « Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait aux Égyptiens, et comment je vous ai emportés sur des ailes d’aigles et amenés vers moi » (Ex 19,4-5 ; voir aussi Dt 32,11 ; Is 40,11 ; 46,4 ; 63,9). Et ce que Dieu fit autrefois avec les Egyptiens, il le refera bientôt avec les Romains…

Marie Notre Dame de la Salette

Marie, église de Notre Dame de la Salette

Avec le Christ, « il avait mis au cœur de Judas Iscariote le dessein de le livrer », et ce dernier avait accueilli ce mauvais désir et décidé de le mettre en pratique. Et lorsqu’il sortit pour livrer Jésus, « il faisait nuit », c’était l’heure des ténèbres (Jn 13,2.30)… Ainsi, le démon agit concrètement dans notre monde par tous ceux et celles qui disent « Oui ! » au mal, aux mauvaises pensées, aux convoitises de toutes sortes, à la haine, à la volonté de dominer etc… Dans le Livre de l’Apocalypse, il agit par les Romains qui persécutent les chrétiens… St Jean y fait allusion lorsqu’il décrit cet « énorme Dragon rouge feu » avec « sept têtes », un chiffre qui renvoie aux sept collines de Rome… Mais l’empire romain sera ensuite clairement désigné par l’image de la Bête au chapitre suivant…

            Le Diable s’attaque donc à « ceux qui gardent le commandement de Dieu (cf. Jn 15,12.17) et possèdent le témoignage de Jésus », l’Esprit Saint qui rend témoignage à Jésus en leur cœur (Jn 15,26) et leur donne la force nécessaire pour continuer à rendre témoignage à Jésus, envers et contre tout (Jn 15,27 avec Ac 1,8 ; 4,31). Mais toutes ces souffrances endurées pour l’Evangile sont autant d’occasions à vivre cet Evangile et à plonger au cœur de la Bonne Nouvelle… Et quelle est-elle ? Evoquons-là avec cette phrase de Paul Claudel : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance ; il est venu la remplir de sa Présence », une Présence qui est Joie, Paix, Bonheur Profond, un Bonheur que nul « méchant » ne peut atteindre… « Heureux les affligés, ils seront consolés… Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5,5.11-12).

Marie Eglise de Ste Praxède Rome

Marie, église Ste Praxède, Rome.

            St Paul écrivait de son côté aux chrétiens de Thessalonique : « Vous avez accueilli la Parole parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,6). La promesse de Jésus s’accomplissait : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes. Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux sanhédrins et vous flagelleront dans leurs synagogues ; vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d’eux et des païens. Mais, lorsqu’on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10,16-20). Et « le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5,22-23). En effet, écrivait St Paul à Timothée, « ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l’Évangile, soutenu par la force de Dieu » (2Tm 1,7-8).

   Marie, basilique de Vézelay

Marie Vézelay

            Ainsi, Dieu promet la Présence toute particulière de son Esprit Saint au cœur des épreuves endurées pour l’Evangile (Mt 10,24-25 ; Jn 15,18-21 ; 1Th 2,2 ; cf. Ac 9,16 ; 1Co 4,9-13 ; 2Co 1,5 ; 4,8-12 ; 6,4-10 ; 11,23-33 ; Ph 3,10-11 ; Col 1,24). Et la Présence de cet Esprit est toujours synonyme de joie, de consolation, de paix et donc de bonheur… La voilà la Bonne Nouvelle, déjà présente au cœur de notre monde, avec toutes ses souffrances, ses détresses, ses épreuves, dans l’attente et l’espérance de la Jérusalem d’en haut où « il n’y aura plus de pleurs, plus de peines, plus de cris, car l’ancien monde s’en sera allé » (Ap 21,1-4 ; 7,13-17).

Au début de sa seconde Lettre aux Corinthiens, St Paul parle de cette Bonne Nouvelle, la Présence de Dieu par son Esprit au cœur de toutes nos souffrances : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation » (2Co 1,3-5). Et la Bible de Jérusalem écrit en note : « La consolation est annoncée par les prophètes comme caractéristique de l’ère messianique. Elle consiste essentiellement dans la fin de l’épreuve et dans le début d’une ère de paix et de joie. Mais, dans le Nouveau Testament, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance (2 Co 1,4-7 ; 7 4 ; cf. Col 1,24) ». Dans cette Lettre, « Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien : souffrance et consolation (2Co 1,3-7 ; 7,4), mort et vie (4,10-12 ; 6,9), pauvreté et richesse (6,10 ; 8,9), faiblesse et force (12,9‑10). C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort ». Et telle est la Bonne Nouvelle…

      Marie, église de Citeaux

Marie Notre Dame de Citeaux

            Au milieu de toutes les difficultés de cette vie, le chrétien n’est donc pas seul. Le Père (Mt 6,6) et le Fils sont avec lui (Mt 28,20) par l’Esprit Saint (Jn 14,15-17 ; 16,7), artisan de toute Communion. La Paix, la Force, la Lumière et la Joie que le Fils reçoit de son Père par l’Esprit sont maintenant communiquées aux croyants par ce même Esprit… « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite… Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 15,10 ; 14,27) disait Jésus. Et rien ni personne ne peut empêcher l’Esprit d’être là, présent et agissant au cœur de celui ou celle qui le reçoit dans la prière… Avec lui et par lui, Dieu règne avec puissance et donne la victoire : « Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu » (Ap 12,10)… Avec lui et par lui, « la domination est acquise au Christ puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu » (Ap 12,10)… « Satan », en effet, veut dire « accusateur »… Il est le Séducteur qui, si l’on consent à ses tentations, nous fait tomber, puis ensuite nous accuse, nous condamne, nous désespère… « Dieu, lui, ne juge personne » (Jn 5,22) et ne condamne jamais (Jn 8,11 ; 3,16-18). Il sait que celui qui tombe se fait mal et qu’il souffre… Aussi le regarde-t-il avec amour et compassion. Et il va même avec son Fils jusqu’à prendre sur lui sa souffrance pour le soutenir, le soulager, le délivrer (Mt 8,17 ; 11,28-30 ; Is 52,13-53,12). Son seul désir est de nous sauver, de nous relever, de nous pardonner, de nous délivrer pour que nous puissions retrouver avec lui la vie, la paix et la joie que nous avions perdues par suite de nos fautes… Si nous consentons à sa Miséricorde, nous serons dans la joie (Ap 12,12) et notre joie fera sa joie (So 3,14-20).

                                                                                                             D. Jacques Fournier




Les deux disciples d’Emmaüs (Lc 24,12-35)

Après les évènements de la Passion, de la mort de Jésus et de sa mise au tombeau, Cléophas et un autre disciple quittent Jérusalem déçus, tristes et découragés… Mais le Christ Ressuscité les rejoint dans leur marche et, petit à petit, se révèle à eux…

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Luc 24,12-35




“Dieu n’est qu’Amour” (P. François Varillon)

St Jean l’affirme par deux fois : « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16)…

« Dieu n’est qu’Amour », écrit de son côté le P. François Varillon. « Tout est dans le « NE QUE ». Dieu est-il Tout-Puissant ? Non, Dieu n’est qu’Amour, ne venez pas me dire qu’il est Tout-Puissant. Dieu est-il, Infini ? Non, Dieu n’est qu’Amour, ne me parlez pas d’autre chose. Dieu est-il Sage ? Non. A toutes les questions que vous me poserez, je vous dirai : non et non, Dieu n’est qu’amour.

Dire que Dieu est Tout-Puissant, c’est poser comme toile de fond une puissance qui peut s’exercer par la domination, par la destruction. Il y a des êtres qui sont puissants pour détruire… Beaucoup de chrétiens posent la toute-puissance comme fond de tableau puis ajoutent, après coup : Dieu est Amour, Dieu nous aime. C’est faux ! La toute-puissance de Dieu est la toute puissance de l’amour, c’est l’amour qui est tout puissant !

On dit parfois : Dieu peut tout ! Non, Dieu ne peut pas tout, Dieu ne peut que ce que peut l’Amour. Car il n’est qu’Amour. Et toutes les fois que nous sortons de la sphère de l’amour nous nous trompons sur Dieu et nous sommes en train de fabriquer je ne sais quel Jupiter.

Dieu Père (Giovanni Battista Cima) 2

J’espère que vous saisissez la différence fondamentale qu’il y a entre un tout-puissant qui vous aimerait et un amour tout-puissant. Un amour tout-puissant, non seulement n’est pas capable de détruire quoi que ce soit mais il est capable d’aller jusqu’à la mort. J’aime un certain nombre de personnes, mais mon amour n’est pas tout-puissant, je sais très bien que je ne suis pas capable de tout donner pour ceux que j’aime, c’est-à-dire de mourir pour eux.

En Dieu, il n’y pas d’autre puissance que la puissance de l’amour et Jésus nous dit (c’est lui qui nous révèle qui est Dieu) : « Il n’y pas de plus grand amour que de mourir pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Il nous révèle la toute-puissance de l’amour en consentant à mourir pour nous. Lorsque Jésus a été saisi par les soldats, ligoté, garrotté au Jardin des Oliviers, il nous dit lui-même qu’il aurait pu faire appel à des légions d’anges pour l’arracher aux mains des soldats. Il s’est bien gardé de le faire car il nous aurait alors révélé un faux Dieu, il nous aurait révélé un tout-puissant au lieu de nous révéler le vrai Dieu, celui qui va jusqu’à mourir pour ceux qu’il aime. La mort du Christ nous révèle ce qu’est la toute-puissance de Dieu. Ce n’est pas une puissance d’écrasement, de domination, ce n’est pas une puissance arbitraire telle que nous dirions : qu’est ce qu’il mijote là-Haut, dans son éternité ? Non, il n’est qu’amour mais cet amour est tout-puissant.

Je réintègre les attributs de Dieu (toute-puissance, sagesse, beauté…) mais ce sont les attributs de l’amour. D’où la formule que je vous propose : « L’amour n’est pas un attribut de Dieu parmi ses autres attributs mais les attributs de Dieu sont les attributs de l’amour. » L’Amour est : Tout-Puissant, Sage, Beau, Infini…

Qu’est ce qu’un amour qui est tout puissant ? C’est un amour qui va jusqu’au bout de l’amour. La toute-puissance de l’amour est la mort : aller jusqu’au bout de l’amour c’est mourir pour ceux qu’on aime. Et c’est aussi leur pardonner. S’il y en a parmi vous qui on l’expérience si douloureuse de la brouille à l’intérieur d’une famille ou d’un cercle d’amis, vous savez à quel point il est difficile de pardonner vraiment. Il faut que l’amour soit rudement puissant pour pardonner, ce qui s’appelle réellement pardonner. Il faut de la puissance d’aimer !

Qu’est ce qu’un amour qui est infini ? C’est un amour qui n’a pas de limites. Moi, je me heurte à des limites dans mon humain, dans mes amitiés humaines. L’Infini de Dieu n’est pas un infini dans l’espace, un océan sans fond et sans rivage, c’est un amour qui n’a pas de limites ! »

P. François Varillon

Extrait de « Joie de croire, joie de vivre » (Bayard Culture)

dieu-nest-quamour-francois-varillon : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au fichier PDF de cet article pour lecture ou éventuelle impression.




Prière à Marie de Saint Bernard de Clairvaux

Vierge marie et l'enfantÔ toi, qui que tu sois,

qui te sais vacillant sur les flots de ce monde

parmi les bourrasques et les tempêtes,

plutôt que faisant route sur la terre ferme,

ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre

si tu ne veux pas te noyer durant les bourrasques.

 

Si surgissent en toi les vents des tentations,

si tu navigues parmi les écueils des épreuves

regarde l’étoile, appelle Marie.Marie, Basilique de Vézelay

Si tu es ballotté sur les vagues de l’insolence et de l’ambition,

du dénigrement ou de la jalousie,

regarde l’étoile, appelle Marie.

Si la colère, l’avarice ou les désirs de la chair

secouent l’esquif de ton âme,

regarde vers Marie.

 

Si, troublé par la démesure de tes crimes,

confus par l’infection de ta conscience,

terrifié par l’horreur du jugement,

tu commences à sombrer dans le gouffre de la tristesse, l’abîme du désespoir,

pense à Marie.

 

Dans les dangers, les angoisses, les incertitudes,

pense à Marie, appelle Marie.

Qu’elle ne s’éloigne pas de ton cœur.

Marie Grand Ilet la Réunion

Et pour être sûr d’obtenir le suffrage de ses prières,

ne néglige pas l’exemple de sa vie.

En la suivant, tu ne t’égares pas ;

en la priant tu ne désespères pas ;

elle te tient, tu ne t’écroules pas ;

elle te protège, tu ne crains pas ;

elle te guide, tu ne te lasses pas ;

elle te favorise, tu aboutis.

 

Ainsi par ta propre expérience tu sais à quel point se justifie la parole :

“Et le nom de la Vierge était Marie”.

 

 

 

 




L’Immaculée Conception de Marie et son Assomption

Nous vous proposons ici de voir quels sont les fondements bibliques du Dogme de l’Immaculée Conception : un mot, employé par St Luc lors de l’épisode de l’Annonciation où l’Ange nomme Marie la “Comblée-de-grâce”. Grammaire grecque en main, nous verrons jusqu’où ce terme nous emmène… Et nous conclurons par l’Assomption de Marie, conséquence directe et immédiate de son Immaculée Conception.

Pour des raisons pratiques, notamment vis-à-vis des caractères grecs employés, nous vous invitons à cliquer sur le titre ci-dessous pour accéder au document PDF :

L’Immaculée Conception de Marie et son Assomption




“Les entrailles de Miséricorde de notre Dieu” (2)

Nous vous proposons ici le texte de la Session donnée en Juin 2016 à l’Eglise de Mare à Vieille Place dans le Cirque de Salazie.

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Cette expression, “les entrailles de Miséricorde”, nous vient directement de St Luc quand il nous rapporte ce que Zacharie déclara au jour de la circoncision de son fils, Jean‑Baptiste.

I – Nous commencerons donc par relire ces lignes du « Cantique de Zacharie » que nous connaissons tous et nous verrons le sens de ce mot « entrailles ».

II – Puis, à partir de quelques textes de l’Ancien Testament, nous redirons avec le Pape François le cœur de notre foi : « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16).

III – Nous verrons que cet Amour inconditionnel et éternel ne cesse de prendre le visage de la Miséricorde, pour nous, pécheurs…

IV – Et nous terminerons, en constatant à l’aide de quelques textes du Nouveau Testament, que non seulement Dieu ne cesse d’aimer ceux qui font le mal, mais qu’en plus, leur situation personnelle le bouleverse au plus profond de lui‑même : en effet, celui qui fait le mal ne peut que se plonger lui-même dans la souffrance, et voir un seul de ses enfants souffrir, voilà ce qui bouleverse le cœur de Dieu… Dans le respect de notre liberté, il ne pourra alors que nous presser à cesser de faire ce mal qui nous détruit, pour nous inviter à apprendre, petit à petit, avec Lui et grâce à Lui, de Miséricorde en Miséricorde, à faire ce bien qui nous construit, et qui ne peut en fait qu’être l’expression d’un cœur comblé par ce « Dieu Amour », « qui se donne gratuitement » (Pape François). Le fruit de ce Don gratuit, pour celles et ceux qui accepteront de le recevoir, sera alors un cœur comblé, renouvelé, ‘recréé’, enfanté à une vie nouvelle par ce Dieu Père qui nous aime, infiniment, avec toute la tendresse d’une Mère…

I – Commençons donc par relire ces lignes de ce Cantique que Zacharie adresse à son fils Jean-Baptiste :

« Et toi petit enfant, tu seras appelé prophète du Très‑Haut ; car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut, par le pardon de ses péchés, grâce aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut, pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour redresser nos pas au chemin de la paix » » (Lc 1,76-79).

Le Nouveau Testament a été écrit en grec. Le mot « entrailles » traduit le grec « splagkhna », pluriel de « splagkhnon ». Le dictionnaire Grec – Français « Bailly » donne pour splagkhnon « les entrailles »[1]

I – Au propre : 1 – Les viscères principaux – cœur, poumon, foie – de l’homme ou des animaux (Il s’agit donc, très, très concrètement… des tripes…).

                        2 – Le sein de la mère (Soulignons cette connotation maternelle, et le fait que ce « sein de la mère » est le lieu de l’enfantement, de la création).

II – Au figuré :  1 – Le cœur, l’âme, comme siège des affections.

                          2 – Entrailles, cœur, âme, terme de tendresse.

Grand Ilet

Comme exemple du premier sens, très concret, nous pouvons donner Ac 1,18 qui évoque la mort de Judas : « Cet homme est tombé la tête la première et il a éclaté par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues ».

Mais dans les temps anciens, et notamment dans la Bible, « on localisait les sentiments dans les entrailles, puisqu’elles sont ce qu’il y a de plus intime et caché (Ps 22,15). Elles sont alors synonymes de ce que nous appelons aujourd’hui “le cœur”. Ainsi, « les entrailles du père sont bouleversées à chaque cri de son fils » (Si 30,7)… Les entrailles (hébreu, langue de l’Ancien Testament : rahamîmH) sont ainsi le siège de la compassion (Gn 43,30 ; 1R 3,26). Le singulier réhém désigne en effet « l’utérus, le sein maternel ». Dès lors, les entrailles sont d’abord le siège de la pitié de la mère pour ses enfants (Is 49,15), et l’on dit qu’elles frémissent (Is 16,11), résonnent et font du bruit (Is 43,15), bouillonnent (Lam 1,20) ou sont en ébullition (Job 30,27).

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Soulignons trois textes de l’Ancien Testament :

 

1 – Is 63,15-17 : « Regarde du ciel et vois, depuis ta demeure sainte et glorieuse.

Où sont ta jalousie et ta puissance ?

Le frémissement de tes entrailles et tes tendresses (rahamîmH) pour moi

se sont-ils contenus ?

Où sont la plénitude de ta miséricorde et tes compassions…

Pourtant tu es notre Père… (Hqui aime d’un amour maternel)

Toi, Yahvé, tu es notre Père, notre rédempteur,

tel est ton nom depuis toujours. »

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2 – Jr 31,20 : « Je l’aime, oui je l’aime, oracle du Seigneur »

(avec une nuance de tendresse maternelle).

3 – Ex 34,6 (TOB) : « Le Seigneur passa devant Moïse et proclama :

Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieuxH et bienveillant,

lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté ».

La communauté juive d’Alexandrie a traduit ce texte en grec au 3° siècle avant Jésus Christ, et il est magnifique de constater que pour eux, la caractéristique première de Dieu est d’être « miséricordieux » : « Le Seigneur, Dieu compatissant et miséricordieux, patient, « plein de miséricorde » et vrai ».

Le Pape François fait allusion à ce dernier texte lorsqu’il écrit au tout début de son texte d’introduction à l’année Jubilaire de la Miséricorde (11 avril 2015) : « Jésus Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, « riche en miséricorde » (Ep 2, 4), après avoir révélé son nom à Moïse comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments ».

II – Le cœur de notre foi : « Dieu est Amour »

 

« Il n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine », c’est-à-dire ce qu’Il Est en Lui-même de toute éternité. Et nous retrouvons ici le cœur de notre foi. Le Pape François écrit d’ailleurs un peu plus loin (& 8): « Le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux, nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. L’évangéliste Jean affirme pour la première et unique fois dans toute l’Ecriture : « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16).

Cet amour est désormais rendu visible et tangible dans toute la vie de Jésus. Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec les personnes qui s’approchent de Lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pécheurs, les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde. Tout en Lui parle de miséricorde. Rien en Lui ne manque de compassion. »

« Dieu est amour », « un amour qui se donne gratuitement » pour le seul bien de la personne aimée. En tout ce qu’Il Est, « Dieu est amour » depuis toujours et pour toujours. Il ne sait donc faire qu’une seule chose : « aimer ». Or, aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et tout mettre en œuvre pour l’atteindre. « La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix » (Pape François & 9). Voilà ce que Dieu veut pour tout homme sur cette terre, quel qu’il soit, car tous ont été créés par Lui « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), tous sont filles et fils d’un seul et même Père…

Grand Ilet 6

Jr 31,37-41 : « Je vais les rassembler (…), et je les ferai demeurer en sécurité… Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien… Je trouverai ma joie à leur faire du bien,… de tout mon cœur et de toute mon âme. »

Et comment Dieu se propose-t-il de « nous faire du bien » ? En nous comblant de ses bienfaits. Et quels sont-ils ? Rien de moins que ce qu’Il Est en Lui-même… La volonté de Dieu sur toute l’humanité, sans aucune exception, est que nous partagions tous sa Plénitude de vie, de paix, et de joie… C’est ce que Jésus, vrai Dieu et vrai homme, ne cesse de nous dire : « De même le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi… Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix… Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 6,57 ; 14,27 ; 15,11).

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Et Dieu ne peut pas nous donner plus que ce qu’Il Est en Lui-même… « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24) ? « Recevez l’Esprit Saint » dit le Ressuscité à ses disciples (Jn 20,22), et « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22).

« « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16), un amour qui se donne gratuitement », dit le Pape François. Et un peu plus loin, il ajoute : « Dans la miséricorde, nous avons la preuve de la façon dont Dieu nous aime. Il se donne tout entier, pour toujours, gratuitement, et sans rien demander en retour » (& 14). Ce que Dieu donne gratuitement, par amour, c’est en effet ce qu’Il Est tout entier, depuis toujours et pour toujours. Et « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et « Dieu est Saint » (Lv 11,44-45 ; 17,1 ; 19,2). Il s’agit donc du Don de l’Esprit Saint, le Don de ce qu’il Est en Lui-même. Et par ce Don de « l’Esprit qui sanctifie » (2Th 2,13), nous sommes tous appelés à devenir pleinement, selon notre condition de créature, ce que Dieu Est de toute éternité ! Il ne peut y avoir de vocation plus grande, plus belle… Et c’est ce que Dieu veut pour tout homme… Or, nous dit le Psalmiste : « Tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 135(134),6 ; 115(114),3). Et comment le fait-il ? En donnant gratuitement, par amour, ce qu’il Est en Lui-même depuis toujours et pour toujours : le Don de l’Esprit Saint…

Salazie 8

III – Pour nous, pécheurs, l’Amour prend le visage de la Miséricorde

Ez 36,24-27 : (Vous qui avez profané mon Nom et qui avez été dispersés par suite de vos fautes), « je vous rassemblerai, je vous ramènerai vers votre sol…

Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ;

de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.

Et je vous donnerai un cœur nouveau,

je mettrai (Littéralement : je donnerai…) en vous un esprit nouveau,

j’enlèverai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

Je mettrai (je donnerai) mon Esprit en vous

et je ferai que vous marchiez selon mes lois

et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes. »

Grand Ilet 9

Le Don de l’Amour, répété ici quatre fois, devient donc, pour le pécheur souillé, « une Eau Pure » qui le « purifie de toutes ses ordures »… Toutes, sans aucune exception, dès lors que l’on accepte de les présenter à Dieu, et de le laisser agir…

Et si le pécheur, privé du Don de l’Amour, et donc d’une Plénitude de Vie, fait l’expérience d’un état de mort intérieure, ce Don qui lui est toujours fait, envers et contre tout, sera pour lui « Eau Vive » « qui vivifie »… C’est ce qu’affirme Ezéchiel au chapitre suivant, en montrant Dieu agissant pour des morts enfermés dans leurs tombeaux, réduits à l’état de squelette, et donc, ne pouvant vraiment plus rien faire par eux-mêmes ! Tout ce qui arrivera pour eux ne pourra donc qu’être le fruit de l’initiative gratuite de l’Amour, et du Don tout aussi gratuit de l’Amour :

 P1130728

Ez 37,4-14 : « Ossements desséchés (et donc en manque d’eau), écoutez la parole du Seigneur.

Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements.

Voici que je vais faire entrer en vous l’Esprit et vous vivrez…

Ainsi parle le Seigneur Dieu. Voici que j’ouvre vos tombeaux ;

je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple,

et je vous ramènerai sur votre sol.

Vous saurez que je suis le Seigneur, lorsque j’ouvrirai vos tombeaux

et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, mon peuple.

Je mettrai (Littéralement : Je donnerai) mon Esprit en vous et vous vivrez,      

et je vous installerai sur votre sol, et vous saurez que moi, le Seigneur,

j’ai parlé et je fais, oracle du Seigneur » (cf. (Ps 135(134),6 ; 115(114),3).

Jésus ne dira pas autre chose… Souvenons-nous du Cantique de Zacharie où il s’agit de « faire l’expérience du salut par le pardon de nos péchés », et cela grâce à « l’Astre d’en Haut », Jésus « Lumière du monde » (Jn 8,12) qui a pris l’initiative de nous « visiter » pour donner l’Esprit de Lumière et de Vie « à ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort ». Nous retrouvons en ce texte « l’Amour Don gratuit de Lui‑même ». En effet, « ceux qui habitent dans les ténèbres » le sont par suite de leurs fautes. Et s’ils connaissent « l’ombre de la mort », c’est bien parce que « tous ont péché, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes » (Rm 5,12). Mais, si « le salaire du péché c’est la mort, le don gratuit de Dieu », par Amour, « est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Et ce Don nous est très concrètement communiqué par « le Don du Saint Esprit » (Ac 2,38), cet « Esprit qui est Vie » (Ga 5,25), cet « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), cet « Esprit qui donne la vie » (Rm 8,2). Or « Dieu est Esprit » (Jn 4,24). S’il nous donne « l’Esprit Saint », « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22), alors il se donne Lui-même, il nous donne ce qu’Il Est en Lui-même depuis toujours et pour toujours. Tel est le propre de l’Amour qui ne cesse de se donner gratuitement, par amour, donnant cette Plénitude qui est la sienne à tout homme, quel qu’il soit, pour que nous puissions tous expérimenter nous aussi cette Plénitude et connaître ainsi P1130731le vrai Bonheur… Le Christ ressuscité est ainsi « le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu (le Père) a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude », le Père la donnant au Fils de toute éternité, le Fils la recevant du Père de toute éternité en Fils « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu » (Crédo). Et Dieu a aussi jugé bon, poursuit St Paul, « que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel »… « Tous les êtres », et donc tout homme… C’est pourquoi « paix aux hommes de bonne volonté » (Lc 2,14), à tous les hommes de bonne volonté, où qu’ils soient, quels qu’ils soient… Et le mot « paix » dans la langue de Jésus ne renvoie pas seulement à l’absence de violence, mais il est synonyme de « plénitude », et donc de cette Plénitude d’Être et de Vie qui est la sienne de toute éternité. Voilà ce qu’il est venu nous offrir en nous proposant inlassablement, gratuitement, par amour, le Don de l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour et de Paix… « Je vous laisse la Paix, je vous donne ma Paix… La Paix soit avec vous… Recevez l’Esprit Saint » (Jn 14,27 ; 20,19-22)… Et par ce Don, si « en lui habite corporellement la Plénitude de la Divinité, vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9-10), un état qui est synonyme pour nous de vrai Bonheur… Nous ne serons en effet pleinement heureux qu’au jour où nous accepterons de recevoir, gratuitement, par Amour, ce Don que l’Amour ne cesse de faire de Lui-même, ce Don de l’Esprit dont le fruit est « amour, joie, paix » (Ga 5,22)…

Grand Ilet 7

Nous retrouvons tout ceci dans le discours de Jésus sur la Montagne, lorsqu’il disait aux foules rassemblées autour de lui :

Mt 5,3-12 : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

(4) Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

(5) Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.

(6) Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

(7) Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

(8) Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

(9) Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

(10) Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.

(11) Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. (12) Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

Grand Ilet 5

Le mot « heureux » intervient neuf fois, trois fois trois… Or, le chiffre « trois » dans la Bible renvoie à Dieu en tant qu’il agit… Et étant donné que Dieu Est ce qu’il Est, et il « Est Amour » (1Jn 4,8.16), il ne cesse d’agir en tant qu’il ne cesse de se donner lui-même, de donner ce qu’Il Est en lui-même… Notre bonheur, « heureux », sera donc en nous le fruit du Don de Dieu accueilli dans nos cœurs, Don de son Esprit Saint, et donc de sa Plénitude d’Être et de Vie…

Et peu après, St Matthieu nous présente ce Dieu Amour proche de tout homme, qui ne cesse de se donner gratuitement à tout homme, gratuitement, par Amour, et cela pour son seul bonheur, son seul bien…

Mt 5,43-45 : « Vous avez entendu qu’il a été dit :

Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.

Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,

afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux,

car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,

et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. »

« Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) ? « Le Seigneur fait donc lever son soleil sur les méchants et sur les bons » en donnant la Lumière de l’Esprit aux méchants comme aux bons… « Le Seigneur Dieu est un soleil, il est un bouclier ; le Seigneur donne la grâce », « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), « il donne la gloire », « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14). « Jamais il ne refuse le bonheur à ceux qui vont sans reproche » (Ps 84(83),12), c’est-à-dire à ceux qui demeurent, de cœur, tournés vers Lui, dans la force comme dans la faiblesse… Et si par malheur pour lui l’homme lui tourne le dos, Dieu, de son côté, ne cesse d’être Lui-même, Amour qui se donne, gratuitement, par amour… Et c’est le Don qu’il fait de Lui-même, le Don de l’Esprit Saint, qui viendra frapper à la porte de son cœur fermé, comme le fait la pluie sur les volets et les portes de nos maison… Et il en sera ainsi, discrètement, avec douceur, mais avec fidélité, jusqu’à ce qu’elle s’ouvre, pour le plus grand bonheur du pécheur qui trouvera enfin, avec ce Don, le vrai bonheur… « Je me tiens à la porte et je frappe… Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure. Tu nous as faits pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (d’après Ap 3,20 et St Augustin).

Et si Jésus dit « Heureux les pauvres de cœurs, car le Royaume des Cieux est à eux », c’est bien « parce que votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32), gratuitement, par Amour. Et quelle réalité se cache derrière ce mot « Royaume » ? Un Mystère de Communion « dans l’unité d’un même Esprit » (Ep 4,3 ; 2Co 13,13), cet Esprit proposé gratuitement à tous pour le seul bien de tous : « Le règne de Dieu », le Royaume des Cieux, « n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17).

Nous avons vu comment Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Et lorsque Jésus ajoute « et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes », il redit la même chose avec, cette fois, non plus l’image de la lumière, mais celle de l’eau. En effet, Dieu est souvent évoqué dans la Bible avec l’image d’une source : « Ils m’ont abandonné, moi, la Source d’Eau vive », dit-il en Jérémie (Jr 2,13 ; 17,13). Dieu est ainsi « Source d’Eau Vive », Don de l’Eau Vive et Pure de son Esprit (Jn 7,37-39), une Eau Vive qui « tombe en pluie sur les justes » pour les vivifier, les combler, leur offrir la Plénitude même de Dieu, une Eau Pure qui « tombe aussi en pluie sur les injustes » pour les inviter, en frappant à la porte fermée de leur cœur (Ap 3,20), à lui ouvrir, à se tourner vers Lui de tout cœur. Alors, cette Eau Pure les purifiera de toutes leurs ordures (Ez 36,24-28), et leur permettra d’accueillir à leur tour la Plénitude de la vie éternelle…

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Eglise de Grand Ilet (Cirque de Salazie)

Notons avec ces images que nul homme sur cette terre n’est « juste » au sens de « sans péché »… « Tous sont soumis au péché… Il n’est pas de juste, pas un seul… Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » Ainsi, nous sommes tous « des vases de miséricorde que Dieu a d’avance préparés pour sa Gloire » en les appelant à se tourner vers Lui de tout cœur, tels qu’ils sont, avec toutes leurs blessures et leurs misères, pour se laisser remplir par le Don de Dieu, le Don de « l’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu » (Rm 3,9-26 ; 9,16 ; 9,23 ; 1P 4,14).

Nous sommes tous, en effet, des pécheurs qui avons continuellement besoin d’être pardonnés, lavés, relevés, fortifiés, soutenus… « La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché », écrit notre pape François (&2). Et souvenons-nous du jour de son élection, le 13 mars 2013. Le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, écrit ainsi dans la préface du Livre du Pape François, « Amour, Service et Humilité » : « Aussitôt connus les résultats du cinquième scrutin du Conclave que nous venons de vivre, le Cardinal Bergoglio avait à répondre aux deux questions rituelles qui marquent la fin du Conclave et la levée du secret : « Acceptes-tu ton élection ? » et « Quel nom choisis-tu ? ». A la première, il a répondu : « Je suis pécheur et j’en ai conscience, mais j’ai une grande confiance dans la Miséricorde de Dieu. Puisque vous m’avez élu ou, plutôt, puisque Dieu m’a choisi, j’accepte. » »

Salazie 9

Ainsi, « Dieu veut faire miséricorde à tous » (Rm 11,32), « il veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4), « et tout ce que veut le Seigneur il le fait » (Ps 115,3 ; 135,6). « Il le fait », très concrètement, en donnant la Plénitude de son Esprit à tout homme, pour son seul bien, gratuitement, par amour… Et c’est ainsi que le Dieu qui, éternellement, est Amour, prend pour nous, pécheurs, le visage de la Miséricorde, car au cœur de notre misère, nous sommes tous invités à faire l’expérience que Dieu, de son côté, n’a jamais cessé de nous aimer, et donc de se donner à nous, gratuitement, par amour…

IV – Ces entrailles de Miséricorde sont aussi « compassion » pour le pécheur.

En effet, si Dieu nous a tous créés pour être remplis par ses bienfaits, connaître la Plénitude de sa Vie, participer à sa Lumière et à sa Gloire, le péché qui est abandon de Dieu, fermeture à Dieu, repli sur soi, ne peut que nous priver de tous ces dons… « Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23).

Or, être privé de ce pour quoi nous avons été faits ne peut qu’être synonyme de souffrance, de mal être, de pleurs, de tristesse… « Souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal » (Rm 2,9).

Et le cœur de Dieu est bouleversé de compassion lorsqu’il voit un homme, un de ses enfants, quel qu’il soit, souffrir, et cela quelque soit l’origine de sa souffrance, qu’il en soit responsable ou pas…

Os 11,7-8 : « Mon peuple est cramponné à son infidélité.

On les appelle en haut, pas un qui se relève !

Comment t’abandonnerais-je, Éphraïm, te livrerais-je, Israël ?

Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent ».

Salazie 7

Et la Bible de Jérusalem écrit en note : « Le mot « bouleversé » est très fort ; précisément celui qui est employé à propos de la destruction des cités coupables », conséquence de leurs péchés… Osée laisse entendre que ces conséquences désastreuses sont « comme vécues d’avance dans le cœur de Dieu ».

Nous l’avons vu avec Osée, si l’homme est responsable de ses souffrances par suite du mal qu’il commet, Dieu, dans son Amour, ne peut que le presser à abandonner ce qui, en fait, malgré les apparences peut-être contraires, le plonge dans le mal être et la souffrance… Son seul désir est alors de tout nous pardonner, car Dieu ne regarde pas la faute en elle même, mais les conséquences de cette faute dans le cœur et la vie de celui qui l’a commise. Et encore une fois, son seul désir est de voir sa créature comblée par sa propre Plénitude.

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Alors, le premier cadeau qu’il fera au pécheur, sera le pardon de toutes ses fautes, et cela dans une attitude de Joie ( Lc 15 ; Rm 12,8) qui sera au même moment consolation (2Co 1,3-7), réconfort, encouragement pour celui qui accepte de répondre ainsi à l’Amour… En Lc 15, « Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne » écrit le Pape François, car il ne poursuit que le bien de tous les hommes qu’il aime (Lc 2,14), et il se réjouit de voir ce « bien » triompher dans leur cœur et dans leur vie. « Nous y trouvons le noyau de l’Evangile et de notre foi », poursuit le Pape François, « car la miséricorde y est présentée comme la force victorieuse de tout, qui remplit le cœur d’amour, et qui console en pardonnant ».

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main du Seigneur deux fois le prix de toutes ses fautes » (Is 40,1), deux fois le prix de tout ce qu’elle aurait dû dépenser à l’époque pour acheter les animaux prescrits par la Loi et les offrir en sacrifices pour le pardon de ses péchés… Déjà, avec cette image d’Isaïe, nous avons la réalité de la surabondance de la Miséricorde de Dieu si bien exprimée par St Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). « En lui », le Christ, « nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence » (Ep 1,7)… « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 10,10).

Face à toute souffrance, fut-elle provoquée par le mal, la seule attitude de Dieu est donc de consoler, réconforter, encourager, et inviter au repentir si cela est nécessaire… « J’entendis alors une voix clamer, du trône : Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu‑avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,3-4 ; cf. 2Co 1,3-7).

Et cette réaction de Dieu est très concrètement manifestée dans les Evangiles chaque fois que le Christ est en relation avec des personnes qui souffrent… Le verbe « être bouleversé jusqu’au plus profond de ses entrailles » est ainsi employé trois fois pour Dieu (Mt 18,27 ; Lc 1,78 ; 15,20), une fois pour le bon Samaritain (Lc 10,33), et neuf fois pour le Christ (Mt 9,36 ; 14,14 ; 15,32 ; 20,34 ; Mc 1,41 ; 6,34 ; 8,2 ; 9,22 ; Lc 7,13), et cela presque toujours pour rendre compte de son intervention miraculeuse… Ce verbe traduit d’abord une émotion physique, une authentique compassion devant l’état misérable du prochain (Lc 10,33), littéralement un mouvement des entrailles suscité par la vue (Lc 7,13 ; 10,33 ; 15,20). Traduire par « il eut pitié », écrit le P. Ceslas Spicq, serait donc presque un contre-sens ; « il fut pris (ou saisi) de pitié » serait meilleur ; le sens exact est : « il ressentit une viscérale compassion »[2]. Le Pape François écrit : « La miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux mêmes par leur fils. Il est juste de parler d’un amour « viscéral ». Il vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon » (& 6).

Regardons les textes où le Christ intervient. « Ce qui animait Jésus en toute circonstance n’était rien d’autre que la miséricorde avec laquelle il lisait dans le cœur de ses interlocuteurs et répondait à leurs besoins les plus profonds » (Pape François &8).

Grand Ilet 4

1 – Mc 1,40-45 (v. 41) : « Un lépreux vient auprès de lui ; il le supplie et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » (41) Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » (42) À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. (43) Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt (44) en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » (45) Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui. »

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2 – Mc 6,30-44 (v. 34) : « Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. (31) Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. (32) Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. (33) Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. (34) En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. »

Jésus voit « qu’ils étaient comme des brebis sans berger ». Alors, « bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même », il agit en Pasteur qui guide son troupeau par sa Parole, au son de sa voix, et lui indique ainsi le chemin à suivre… « Et il se mit à les enseigner longuement ». Ce « longuement » souligne sa générosité. Il répond toujours à tous nos besoins en surabondance… « Mon Dieu comblera tous vos besoins, selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus » écrivait St Paul (Ph 4,19). C’est pourquoi, il invitait à se tourner vers lui « en tout besoin » : « N’entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Ph 4,6-7).

Mais à parler longuement, l’heure avancera… La nuit tombe, et les endroits où l’on peut se ravitailler sont loin… Alors là aussi, les besoins de cette foule ne laisseront pas son cœur insensible, et ce sera la multiplication des pains…

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En St Matthieu (Mt 14,14), dès qu’il descend de la barque, Jésus voit des infirmes et leur situation le bouleverse : il les guérira tous… « En débarquant, il vit une foule nombreuse et il fut saisi de compassion envers eux ; et il guérit leurs infirmes ». « Face à la multitude qui le suivait », écrit le Pape François, « Jésus, voyant qu’ils étaient fatigués et épuisés, égarés et sans berger, éprouva au plus profond de son cœur, une grande compassion pour eux (cf. Mt 9,36). En raison de cet amour de compassion, il guérit les malades qu’on lui présentait et il rassasia une grande foule avec peu de pains et de poissons (cf. Mt 15,37). »

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Intérieur de l’Eglise de Grand Ilet

3 – Mc 8,1-10 (v. 2 ; cf. Mt 15,32) : « En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule, et que les gens n’avaient rien à manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : (2) « J’ai de la compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger. (3) Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et certains d’entre eux sont venus de loin. » Et ce sera à nouveau une multiplication des pains…

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4 – Mc 9,22 : ici, c’est le père d’un enfant épileptique qui fait appel à la compassion de Jésus. Il s’est d’abord adressé à ses disciples, mais ils n’ont rien pu pour lui… Alors, il vient voir directement Jésus et lui dit : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par compassion envers nous ! » « Jésus lui déclara : « Pourquoi dire : “Si tu peux”… ? Tout est possible pour celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » » (Mc 9,23‑24).

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5 – Mt 20,29-34 (v. 34) : « Tandis que Jésus avec ses disciples sortait de Jéricho, une foule nombreuse se mit à le suivre. (30) Et voilà que deux aveugles, assis au bord de la route, apprenant que Jésus passait, crièrent : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » (31) La foule les rabroua pour les faire taire. Mais ils criaient encore plus fort : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » (32) Jésus s’arrêta et les appela : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » (33) Ils répondent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! » (34) Saisi de compassion, Jésus leur toucha les yeux ; aussitôt ils retrouvèrent la vue, et ils le suivirent. »

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6 – Lc 7,11-17 (v. 13) : « Par la suite, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. (12) Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. (13) Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » (14) Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » (15) Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. (16) La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » » (17) Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région. »

« Lorsqu’il rencontra la veuve de Naïm qui emmenait son fils unique au tombeau, il éprouva une profonde compassion pour la douleur immense de cette mère en pleurs, et il lui redonna son fils, le ressuscitant de la mort » (Pape François &8).

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Nous conclurons en deux points :

 

1 – « Après avoir libéré le possédé de Gerasa, il lui donna cette mission : « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19). L’appel de Matthieu est lui aussi inscrit sur l’horizon de la miséricorde. Passant devant le comptoir des impôts, Jésus regarda Matthieu dans les yeux. C’était un regard riche de miséricorde qui pardonnait les péchés de cet homme, et surmontant les résistances des autres disciples, il le choisit, lui, le pécheur et le publicain, pour devenir l’un des Douze » (Pape François &8), ces Douze que Jésus avait choisi « pour être avec lui et pour les envoyer prêcher » la Bonne Nouvelle de l’Amour (Mc 3,13‑19).

Mare à Vieille Place 2

En accueillant pour nous mêmes le pardon de toutes nos fautes donné en surabondance par Jésus, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), « l’Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,76-79), en découvrant l’absolue gratuité de l’Amour qui comble d’autant plus, par amour, ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les plus grands pécheurs (Lc 5,31-32), ceux qui, à leurs propres yeux et aux yeux des hommes, ne méritent surtout pas ce qu’ils ont reçu, nous sommes ensuite invités à travailler le plus possible avec le Christ pour que le plus grand nombre puisse aussi bénéficier gratuitement, par amour, de tous ces bienfaits… Car là se cache la vraie vie, la vraie joie, la vraie paix, un trésor devant lequel tout le reste ne peut que faire pâle figure… « Tu mets dans mon cœur plus de joie, que toutes leurs vendanges et leurs moissons » (Ps 4). « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. (45) Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. (46) Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle » (Mt 13,44-46).

Les disciples de Jésus sont donc avant tout invités à être les heureux témoins de cette Miséricorde infinie qu’ils ont accueillie pour eux-mêmes… Apparaissant à ses disciples, le Christ ressuscité leur dit (Lc 24,46-48) : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, (47) et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. (48) À vous d’en être les témoins » (Lc 24,46-48). Témoins de la Résurrection, mais aussi témoins qu’une « conversion » sincère est aussitôt comblée par « le pardon des péchés » donné en surabondance… « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19).

2 – Nous sommes aussi tous invités à faire miséricorde à tous ceux et celles qui nous entourent, comme le Seigneur lui-même nous a faits miséricorde… Reprenons cet extrait du Pape François que nous avons déjà cité peu après le début du second point, mais que nous allons reprendre en allant plus loin, jusqu’à nous, jusqu’à notre agir qui devrait être « à l’image et ressemblance » (Gn 1,26-27) de celui de Dieu : « La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres » (& 9). « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36 ; Nouvelle Traduction Liturgique). « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant » (Lc 6,36 ; Bible de Jérusalem). « Soyez généreux comme votre Père est généreux » (Lc 6,36 ; TOB). Telle est l’invitation que Jésus nous lance avec ce seul texte du Nouveau Testament où la notion « d’entrailles » de miséricorde et de compassion est appliquée à un homme, un Samaritain (Lc 10,25-37) : « Et voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (26) Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » (27) L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » (28) Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »

(29) Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » (30) Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. (31) Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. (32) De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

(33) Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. (34) Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. (35) Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”

(36) Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » (37) Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

Mare à Vieille Place 4

« En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde.  Le pardon des offenses devient l’expression la plus manifeste de l’amour miséricordieux, et pour nous chrétiens, c’est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. Bien souvent, il nous semble difficile de pardonner ! Cependant, le pardon est le moyen déposé dans nos mains fragiles pour atteindre la paix du cœur. Se défaire de la rancœur, de la colère, de la violence et de la vengeance, est la condition nécessaire pour vivre heureux. Accueillons donc la demande de l’apôtre : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ep 4, 26). Ecoutons surtout la parole de Jésus qui a établi la miséricorde comme idéal de vie, et comme critère de crédibilité de notre foi : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). C’est la béatitude qui doit susciter notre engagement tout particulier en cette Année Sainte » (Pape François &9).

Et devenir de plus en plus miséricordieux pour les autres sera aussi le fruit de l’accueil de la Miséricorde de Dieu pour nous-mêmes. En effet, si nous acceptons de nous reconnaître pécheurs, de tout cœur, en reconnaissant et en offrant à Dieu en vérité toutes nos misères, Jésus, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), le fera par le Don de l’Esprit Saint, Eau Pure qui purifie, Eau vive qui vivifie (Ez 36,24-28 ; Jn 4,10-14 ; 7,37-39 ; Ga 5,25)… Et puisque cet Esprit est l’Esprit de Dieu, de ce Dieu qui « Est Amour » (1Jn 4,8.16), Amour Pur, Gratuit, et donc Amour Miséricordieux face à notre misère, ce Don reçu pour nous-mêmes ne pourra que nous pousser à aimer à notre tour avec cette dynamique propre à l’Amour : offrir son pardon à l’autre dans la seule recherche de son bien… Si l’accueil du Don de Dieu pour nous-mêmes est authentique, il ne peut en être autrement… « Pardonnez‑vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour » (Col 3,13), car « l’Amour de Dieu », l’Amour avec lequel Dieu nous aime, l’Amour Miséricordieux dont nous sommes les premiers heureux bénéficiaires, « a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Et « le fruit de Jésuscet Esprit » d’Amour ne peut qu’être « amour, joie, paix, douceur, bienveillance » (Ga 5,22)… Alors, « heureux les miséricordieux », heureux celles et ceux qui font miséricorde, car ils ne peuvent que vivre sous la mouvance de l’Esprit d’Amour et de Miséricorde, un Esprit dont le premier fruit en eux sera « joie », et donc bonheur profond… L’agir chrétien apparaît ainsi non pas comme étant avant tout le fruit de nos efforts, mais comme « le fruit de l’Esprit » accueilli gratuitement du « Père des Miséricordes », alors mêmes que, pécheurs, nous nous remettons entièrement entre ses mains… « Vous étiez morts par suite des fautes et des péchés dans lesquels vous avez vécu jadis… Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ. C’est par grâce que vous êtes sauvés ! Avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep 2,4-10), les « bonnes œuvres » de la Miséricorde… Alors « heureux les miséricordieux », car leur attitude prouve qu’ils ont reçu en vérité la Miséricorde de Dieu pour eux-mêmes, ce Don de Dieu qui ne peut qu’être synonyme pour eux de Bonheur profond…   DJF

[1] BAILLY M.A., ” splagkhnon “, Dictionnaire Grec-Français (Paris 1930) p. 1779.

[2] SPICQ C., ” splagkhna, splagkhnizomai”, Lexique théologique du Nouveau Testament (Paris 1991) p. 1409s.

Les entrailles de Miséricorde de notre Dieu (2) : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez à cet article en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.

Pour un texte plus complet, avec notamment les expressions grecques : http://www.sedifop.com/?p=3350

 




Le Père des Miséricordes est « Source de Vie »

« Dieu est Esprit » nous dit St Jean (Jn 4,24) et il a créé l’homme « esprit » pour lui donner de pouvoir participer à ce qu’Il Est Lui-même. Notre « esprit » peut ainsi être comparé à une « capacité spirituelle » que Dieu désire « remplir » de ce qu’Il Est Lui‑même : son Esprit qui est Vie…

             Le prophète Jérémie présente ainsi deux fois « Dieu » comme étant « une Source d’Eau Vive » :

Jr 2,13 : « Mon peuple a commis deux crimes : ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive

pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau.”

Jr 17,13 : « Espoir d’Israël, Yahvé, tous ceux qui t’abandonnent seront honteux,

ceux qui se détournent de toi seront inscrits dans la terre,

car ils ont abandonné la source d’eaux vives, Yahvé. »

Le Psaume 36 présente également Dieu comme une Source :

Ps 36,10 : « En toi (Seigneur) est la source de vie,

par ta lumière nous voyons la lumière. »

 Jésus MiséricordieuxSt Jean reprendra l’image de l’Eau Vive en expliquant qu’elle représente l’Esprit de Dieu, et donc ce que Dieu Est en Lui-même :

Jn 7,37-39 : « Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria :

Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi !  

selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive.

Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui »…

Et puisque Dieu nous a tous créés pour être remplis de l’Eau Vive de son Esprit, tous les hommes ont un désir spirituel, une faim spirituelle, une soif spirituelle… Comme image, nous pouvons prendre notre corps qui a été créé pour vivre de ce qu’il reçoit : nourriture et boisson… Pour cela il dispose d’un « estomac » qui est « capacité corporelle » destinée à être remplie de ce pour quoi elle a été faite… Et lorsque notre « estomac » est vide, tout le corps réclame de la nourriture : nous avons faim, nous ne pouvons plus vivre pleinement, nous expérimentons une souffrance, un mal-être général… Par contre, quand il est plein, nous ressentons une impression de bien-être. Il en est de même de notre dimension spirituelle… Lorsque notre esprit ou notre cœur est vide des réalités spirituelles pour lesquelles il a été créé, nous expérimentons un manque, une faim, une soif de plénitude, le désir d’un bonheur profond qui n’est pas au rendez-vous, un mal-être difficile à exprimer, une tristesse générale mêlée de souffrance et d’angoisse : « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9)… Et pourtant, Dieu n’a qu’un seul désir : nous « remplir », car il nous a tous créés pour cela…

C’est pourquoi le psalmiste exprime ce désir avec l’image de « la soif de Dieu », car il est une révélation indirecte de ce pour quoi nous avons tous été créés : pour être remplis par l’Esprit de Dieu, cette « Eau Vive » qui est Plénitude de Vie, de Paix et donc Bonheur profond, la seule qui peut vraiment combler notre soif…

Cerf altéré - St Clément Rome

Ps 42,2-3 : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive,

ainsi mon âme te cherche, toi, mon Dieu.

Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant.

Quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ? »

Or, comme le disait le prophète Jérémie, en abandonnant Dieu « Source d’Eau Vive », l’homme se prive par lui-même de la Plénitude de cette Eau Vive, la Plénitude de la Vie éternelle… Mais comme nous avons tous été créés pour être comblés, pour être heureux, l’homme va se lancer dans une quête éperdue de bonheur… Et il le cherchera dans une quête effrénée des plaisirs de la vie, du pouvoir, de l’argent, des réalités matérielles… Mais s’il est sincère avec lui-même, il ne pourra que constater que le vrai bonheur n’est toujours pas au rendez-vous… Alors, faut-il « avoir » plus ? Il essaiera, sans résultat… Peut-être faut-il être plus haut placé dans la société ? Il essaiera, sans résultat… Toutes ces quêtes sont comme des citernes qu’il prend beaucoup de peine à creuser en espérant qu’un jour elles seront pleines d’eau, et donc de vie, de promesses de vie, de rassasiement, de bonheur… Mais comme l’écrit Jérémie, elles sont fissurées dès le départ … Elles ne peuvent retenir l’eau et offrir le vrai bonheur, la vraie vie… L’espérance de plénitude ne peut qu’être déçue… Pire, le fait qu’elles soient à sec est synonyme de mort…

« Le salaire du péché, c’est la mort, mais le Don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus » (Rm 6,23). « Dis-leur : Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir, maison d’Israël ? » (Ez 33,11). Le Père va donc envoyer le Fils dans le monde pour chercher toutes les brebis perdues, c’est-à-dire, tous les hommes, et cela « jusqu’à ce qu’il les retrouve ». Car, nous dit Jésus en parlant comme le prophète Ezéchiel, « il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,4-7). Et cela est vrai pour tout homme, quel qu’il soit, tout homme « créé à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26-28), et donc enfant d’un Père Unique, « Notre Père » à tous, Le Père qui a tant veillé le retour de son fils prodigue (Rembrandt)qui veut le salut pour tous ses enfants : « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). « Dieu », en effet, « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3,16-17). Toute la mission de Jésus consiste donc à nous proposer le pardon de nos péchés et à nous permettre de retrouver gratuitement, avec lui, tout ce que nous avions perdu par suite de nos fautes. Tel est l’Amour qui ne cherche et ne poursuit que le bien de l’être aimé, et Dieu aime tout homme du même Amour : « Je vais les rassembler de tous les pays où » ils ont été dispersés par suite de leurs fautes. « En ce lieu », c’est-à-dire près de moi, unis à moi dans la communion d’un même Esprit, « je les ramènerai et les ferai demeurer en sécurité », dans la paix du cœur. « Alors ils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu. Je leur donnerai un seul cœur et une seule manière d’agir, de façon qu’ils soient toujours tournés vers moi, pour leur bien et celui de leurs enfants après eux. Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien et je ferai en sorte que leur cœur reste tourné vers moi pour qu’ils ne s’écartent plus de moi. » Je pourrai alors les combler pour leur seul bien, leur joie, leur bonheur… Car « je trouverai ma joie à leur faire du bien et je les planterai solidement en ce pays », c’est-à-dire tout près de moi, « de tout mon cœur et de toute mon âme », et Dieu est infini ! « Oui, je leur amènerai tout le bien que je leur promets » (Jr 32,37-43).

4ième dimanche de paques1Telle est donc toute la mission de Jésus, le Fils Unique : donner aux hommes de pouvoir retrouver avec Lui le chemin qui conduit à Dieu et donc à l’Eau Vive de l’Esprit qui ne cesse de jaillir de Lui pour combler ses créatures… « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait St Augustin. Le Christ est ainsi venu offrir aux hommes, gratuitement, par amour, cette Plénitude d’Esprit et donc de Vie pour laquelle nous avons tous été créés… En effet, « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), et le propre de l’Amour est d’être Don de soi, Don de ce qu’Il Est en Lui-même, gratuitement, par amour. C’est ce que le Père fait vis-à-vis du Fils, et cela de toute éternité : « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 5,26). Tout, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’il a, toute la Plénitude de sa Vie, et c’est ainsi qu’il l’engendre en Fils « né du Père avant tous les siècles », lui donnant d’être « Dieu né de Dieu, Lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo), et cela gratuitement, par amour… « Tout ce qu’a le Père est à moi »… Ainsi, « comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… Je vis par le Père » (Jn 17,10 ; 5,26 ; 6,57), en recevant du Père, gratuitement, par amour, la Plénitude de son Esprit, un Esprit qui est vie, un « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63), un Esprit qui est « Eau vive ».

Christ Forêt de Bélouve Réunion 3Dans l’Evangile selon St Jean, au chapitre 4, Jésus est ainsi présenté comme étant assis près d’un puits… Cette image visible est la révélation invisible de ce qu’Il Est de toute éternité : le Fils qui est tourné vers le Père « Source d’Eau Vive ». Voilà ce qu’il reçoit de Lui depuis toujours et pour toujours : l’Eau Vive de l’Esprit. Jésus assis près du puits est donc une image d’une réalité éternelle : le Fils près du Père, toujours tourné de cœur vers le Père (Jn 1,18), recevant du Père la Vie que le Père a en lui-même (Jn 5,26). Et il va dire « J’ai soif » à une femme samaritaine pour entamer la conversation avec elle, son seul but étant de faire en sorte qu’elle aussi reçoive gratuitement, par amour, ce que Lui reçoit du Père, gratuitement, par amour… Il va donc l’inviter à se tourner elle aussi de tout cœur vers le Père, tout comme Lui est toujours tourné de tout cœur vers Lui, recevant de Lui cette Plénitude d’Eau Vive qui l’engendre en Fils de toute éternité… Et Jésus se moque des obstacles. Son seul souci est le bien profond de cette femme. La Loi en effet interdisait à un homme d’aborder une femme seule, et les Juifs n’entretenaient pas de relations avec les Samaritains, leurs ennemis « héréditaires ». Mais Jésus fait tomber toutes ces barrières car son seul désir est de partager avec elle ce Don de la Plénitude de l’Eau Vive de l’Esprit qu’il ne cesse de recevoir de son Père et qui comble son cœur… Alors, il va lui mettre « l’eau à la bouche » et lui parler de cette Eau Vive en espérant que viendra le moment où elle aussi lui dira « J’ai soif » de recevoir cette Vie dont tu me parles…

Jn 4,10 : Jésus lui dit :

A – Si tu savais le don de Dieu Le Don de Dieu est évoqué

        B – et qui est celui qui te dit : Jésus demande à la femme

                 C – Donne-moi à boire, Donne-moi à boire

         B’ – c’est toi qui l’aurais prié La femme aurait demandé à Jésus

A’ – et il t’aurait donné de l’eau vive. Le Don de Dieu est précisé : l’Eau Vive

Jésus et la SamaritaineLe texte est très bien construit : Jésus dit à la Samaritaine « Donne-moi à boire » pour qu’un jour la Samaritaine lui dise « Donne-moi à boire »… Jésus lui révèle ainsi le Don qu’il est venu offrir à tous les hommes : l’Eau Vive de l’Esprit, la seule réalité capable de remplir nos cœurs et donc de nous offrir la vraie Vie, le vrai Bonheur… Souvenons-nous de Jn 7,37-39 lu au tout début.

Et c’est aussi la raison pour laquelle il nous invite en St Luc à demander cet Esprit avec une incroyable insistance :

Lc 11,9-13 : « Et moi, je vous dis :

                            demandez et l’on vous donnera ;

                                      cherchez et vous trouverez ;

                                               frappez et l’on vous ouvrira.

(10)                    Car quiconque demande reçoit ;

                                       qui cherche trouve ;

                                                 et à qui frappe on ouvrira.

(11) Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson,

        et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ?

(12) Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ?

(13) Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,

combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !”

Dieu est amour 2

Demander, librement, manifestera alors notre désir de recevoir… Et nous ne pourrons qu’être exaucés car « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16) de toute éternité, il ne cesse de « donner » gratuitement par Amour « l’Eau Vive de l’Esprit », le Père la donnant au Fils de toute éternité, le Père et le Fils la donnant à l’Esprit Saint de toute éternité, l’Esprit Saint ne cessant de la proposer à tout homme, Lui qui « Est Seigneur et qui donne la vie » (Crédo) en donnant l’Eau Vive de l’Esprit… La Source d’Eau Vive n’a donc pas attendu notre demande pour couler : elle coule de toute éternité… Alors, quiconque demande de tout cœur ne peut que recevoir… Demander exprimera en fait notre désir libre de recevoir… C’est ce que Dieu attend, Lui qui, dans son Amour, ne veut contraindre personne, forcer personne, n’obliger personne, alors même qu’il sait bien que ce Don de l’Esprit fera notre bonheur éternel, dès maintenant, dans la foi, et au ciel pour l’éternité… Nous avons été créés pour cela… Mais l’Amour respecte infiniment notre liberté… Il ne fera rien pour nous sans notre consentement…

sainte famille2Le Psalmiste exprime également ce Mystère de l’Amour de Dieu avec l’image du Soleil… Dieu est un Soleil, il ne cesse de briller, il ne cesse de donner la Lumière et il « Est Lumière » (1Jn 1,5)… Autrement dit, il ne cesse de donner ce qu’il est en Lui‑même… Nous retrouvons ce principe vu avec l’image de la Source : « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Eau Vive de l’Esprit » ? Il est Source, et ne cesse de donner cette Eau Vive de l’Esprit, gratuitement, par amour… Se tourner de tout cœur vers Lui, c’est donc déjà recevoir, gratuitement dans l’amour, en acceptant de nous laisser aimer tels que nous sommes… Nous retrouvons cette phrase de Ste Thérèse de Lisieux, à appliquer littéralement à Dieu qui est Amour : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». « Dieu est Esprit » ? Il donne l’Eau Vive de l’Esprit… « Dieu est Lumière », Soleil ? Il donne la Lumière, une Lumière qui est Vie, la Lumière de la Vie…

Ps 84,12 : « Le Seigneur Dieu est un Soleil…

                                              Il donne la grâce, il donne la gloire »…

Jn 8,12 : « Je Suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres,

                                    mais il aura la lumière de la vie ».

jésus enseignant 2Alors, si nous répondons à l’appel de Dieu, « repentez-vous, tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les lointains de la terre » (Is 45,22), en tournant notre cœur vers la Source d’Eau Vive, nous recevrons cette Eau Vive qui donne la vie, et qui est au même moment l’eau pure qui nous purifie de toutes nos fautes. C’est ainsi que nous comprenons que la Miséricorde est le visage de l’Amour face à notre misère. Notre misère en effet ne l’empêche pas de nous aimer, bien au contraire. Puisque cette misère nous plonge dans un état de misère, de ténèbres, de tristesse, de mort spirituelle, voilà justement ce que Dieu ne supporte pas pour ses enfants, tous les hommes qu’il aime… Et leur état misérable le poussera à nous aimer encore plus, à se donner encore plus, pour nous guérir, nous purifier, nous sauver, nous combler et voie enfin sa Joie rayonner sur nos visages. Et notre joie fera sa Joie… Tout simplement parce qu’il ne cesse de nous aimer, et donc de désirer notre bien, notre bonheur profond…

Ez 36,24-28 : « Je vous prendrai parmi les nations,

je vous rassemblerai de tous les pays étrangers et je vous ramènerai vers votre sol.

(25) Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ;

de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.

(26) Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau,

j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

(27) Je mettrai mon Esprit en vous

et je ferai que vous marchiez selon mes lois

et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.

(28) Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères.

Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu. »

ciel-LumièreCe « pays » donné, c’est « le Royaume des Cieux » donné, un Royaume qui est Mystère de Communion avec Dieu dans « l’unité d’un même Esprit » (Ep 4,3), Dieu le donnant gratuitement par Amour, l’homme étant invité à le recevoir de tout cœur, gratuitement,  dans l’Amour, en se détournant bien sûr au même moment, avec l’aide de Dieu, de tout ce qui lui est contraire…

Lc 12,32 : « Sois sans crainte, petit troupeau,

car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume ».

Rm 14,17 : « Le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson,

il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint ».

Jn 20,22 : « Recevez l’Esprit Saint. »

Ga 5,22 : « Le fruit de l’Esprit », l’Eau Vive de l’Esprit,

« est amour, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres »…

Alors, tous ceux et celles qui consentent à se laisser ainsi aimer par Celui qui, de son côté, ne désire que leur bien seront intérieurement comme un jardin tout irrigué par « l’Eau Vive de l’Esprit » :

Is 58,11 : « Le Seigneur sans cesse te conduira,

il te rassasiera dans les lieux arides,

il donnera la vigueur à tes os,

et tu seras comme un jardin arrosé,

comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas. »

 Herbe-arrosée-300x183C’est ce que dit Jésus à la Samaritaine :

Jn 4,13-14 : « Jésus lui dit :

Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ;

mais qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ;

l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. »

Et comme « un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3,27), celui qui a, c’est qu’il a reçu… S’il a reçu, c’est qu’il est tourné vers Dieu et ouvert à Dieu. Et comme Dieu est Source, il recevra et recevra encore : « C’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein » (Lc 6,38)…

Crucifix séminaire de RennesEt le Christ va mourir sur la croix pour que nous puissions recevoir cette Eau Vive de l’Esprit. Là encore, le corporel est signe visible du spirituel. Un soldat romain va transpercer son cœur de chair d’où s’écouleront sur la terre toute « l’eau et le sang » qui le remplissaient (Jn 19,33-35). Or dans la Bible, les deux sont symbole de vie. Ainsi, tout comme le cœur de chair est dorénavant ouvert, tout ce qui le remplissait étant versé sur la terre, donné aux hommes, en surabondance, le cœur « spirituel » de Jésus est lui aussi ouvert à tout homme, ce qui le remplit étant aussi donné à tout homme, en surabondance : « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Jn 10,10). Et qu’est-ce qui remplit le cœur de Jésus ? L’Eau Vive de l’Esprit qu’il reçoit du Père de toute éternité, un Don par lequel le Père l’engendre à la Vie en Fils « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). Et si nous recevons à notre tour, par notre foi en Jésus, ce même Don, ce Don nous engendrera nous aussi à la Plénitude de la vie de Dieu, « à l’image du Fils » (Rm 8,29)…

Col 1,18-20 + 2,9-10 : « Jésus, le Fils, « est le Principe, Premier-Né d’entre les morts,

il fallait qu’il obtînt en tout la primauté,

(19) car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude

(20) et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui,

aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

(2,9) Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité,

(10) et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude »…

saint-espritTelle est la vocation de tout homme : participer, gratuitement, par Amour, à la Plénitude même de Dieu, une Plénitude de Vie, de Paix, de Joie… Et tout ceci se réalise par le Don de l’Eau Vive de l’Esprit…

Jn 14,27 : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix »…

Jn 15,11 : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. »

Lc 5,31-32 : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin,

mais les malades; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. »

 

Jn 20,22 : « Recevez l’Esprit Saint », et avec lui, le pardon et la Vie…

                                                                                                                           D. Jacques Fournier

Le Père des Miséricordes est Source de Vie : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez à l’article en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.




L’ultime ministère de Jésus à Jérusalem (Luc 19,28 – 21,38)

 

            En Luc 9,51, Jésus avait « pris résolument le chemin de Jérusalem » alors qu’il connaissait le sort qui l’attendait…  Maintenant, il arrive à ses portes, et se prépare à entrer dans la ville, assis sur un ânon, accomplissant ainsi la prophétie de Zacharie d’un Messie « juste, victorieux et humble » (Zacharie 9,9-10)…

jérusalemem au temps de Jésus

« Jérusalem », dans l’Evangile selon St Luc 

Pour St Luc, la ville de Jérusalem a une importance toute particulière. C’est d’ailleurs au cœur du Temple, dans « le Sanctuaire du Seigneur », que le récit commence avec la rencontre de Zacharie et de « l’Ange du Seigneur » dans la pièce appelée « le Saint », juste devant le rideau qui masquait l’unique entrée dans « le Saint des Saints », là où, croyait-on, Dieu siégeait en Roi de son Peuple Israël (Luc 1,5-25 ; Exode 26,31-34 ; Hébreux 9,1-5). Et c’est toujours à Jérusalem, « au lieu appelé Crâne », que Jésus mourra, offrant sa vie pour le salut du monde : « Père, pardonne-leur » (Luc 23,33-34). Ressuscité, il apparaîtra ensuite à Simon Pierre (Luc 24,33-34) et il invitera tous ses disciples à demeurer dans la ville jusqu’à ce qu’ils soient « revêtus de la force d’en-haut » en vue de leur mission future (Luc 24,49). Et le récit des Actes des Apôtres commencera à Jérusalem pour se terminer à Rome, considéré à cette époque comme la capitale du monde. La Bonne Nouvelle a alors accompli symboliquement sa course, elle qui devait être portée par les témoins du Christ mort et ressuscité, dans la force de l’Esprit, « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,8 ; 28,11-31)…

jésus enseignant 2

Après sa naissance à Bethléem, Jésus sera tout de suite porté par Marie et Joseph à Jérusalem pour être présenté au Seigneur, « premier acte cultuel de Jésus dans la Ville Sainte » comme le fait remarquer une note de la Bible de Jérusalem. Et c’est bien à Jérusalem qu’il accomplira le dernier : il suivra « la voie de l’amour » et « se livrera pour nous en s’offrant en sacrifice d’agréable odeur » pour notre salut à tous (Ephésiens 5,1-2)… Syméon, dans le Temple, en recevant cet enfant dans ses bras, avait déjà reconnu en lui ce « salut » que Dieu a « préparé pour tous les peuples,  lumière pour éclairer les nations et gloire de son peuple Israël » (Luc 2,25-32). St Luc placera ensuite, juste avant le ministère de Jean-Baptiste et le début de celui de Jésus, l’épisode où le Christ, échappant à la vigilance de ses parents, restera « trois jours » dans le Temple de Jérusalem, « la maison de son Père ». Et à la fin de l’Evangile, Jésus, échappant par sa mort au regard de tous ses proches et de tous ses disciples, leur apparaîtra « trois jours » plus tard dans la splendeur de sa Résurrection… Et entre le début et la fin de l’Evangile, Jérusalem apparaît souvent comme le siège de la haine et du rejet de Dieu, elle qui « tue et lapide ceux qui lui sont envoyés » (Luc 13,33). C’est en effet à Jérusalem, au point le plus haut du Temple, que Jésus sera tenté par le diable de se détourner de son Père et de sa mission d’humble Serviteur souffrant (Luc 4,9-12). Moïse et Elie, au jour de sa Transfiguration, annonceront « son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Luc 9,31). Et juste après, par amour de son Père et de tous les hommes, ses frères, « il prendra résolument le chemin de Jérusalem » (Luc 9,51), bien conscient du sort qui l’attend, mais aussi de l’extraordinaire fruit de salut qu’il offrira à l’humanité tout entière par l’offrande de sa vie (Luc 9,22). On retrouve cette détermination et ce courage au début de notre passage, lorsque St Luc nous présente Jésus « partant en tête, et marchant vers Jérusalem » (Luc 19,28) en Maître de cette Histoire où il apparaîtra pourtant très bientôt avec le visage de la faiblesse humaine ballottée et finalement écrasée par les puissants de ce monde… Mais « la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1Corinthiens 1,25), car, dans cette apparente faiblesse, « son amour envers nous s’est montré le plus fort » (Psaume 117(116))… Et aujourd’hui, grâce à ce sacrifice librement consenti, notre faiblesse peut se découvrir, avec joie, toute remplie de sa force (2Corinthiens 12,7‑9).

« Jésus approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont dit des Oliviers »…

MontOliviers

            « Bethpahgé » signifie  « la maison des figues non mûres »[1]. On peut alors penser à ce figuier sans fruit qui, dans les épisodes parallèles de Marc et de Matthieu (Marc 11,12-14.20-24 ; Matthieu 21,18-22), renvoie à tous ceux qui, parmi les Juifs, refuseront de « porter ce fruit digne du repentir » (Matthieu 3,8) qui leur aurait permis de reconnaître et d’accueillir en Jésus « le Fils Unique de Dieu venu dans le monde non pas pour le condamner mais pour le sauver » (Jean 3,16-17). Hélas pour eux, ils ont préféré leurs ténèbres à Sa Lumière… Pourtant, Jérusalem, « maison des figues non parvenues à maturité » par manque de foi, sera aussi cette « Béthanie » que l’on peut interpréter soit par « maison des pauvres » ou par « maison d’Ananie ». Or « Ananie » signifie en hébreu « Yahvé a pitié », « le Seigneur fait miséricorde »… Et bientôt mourra à Jérusalem Celui qui, « de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté » (2Corinthiens 8,9), une richesse que « les pauvres de cœur » (Matthieu 5,3) recevront du « Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3) qui, par le sacrifice unique de son Fils, fera jaillir une surabondance de grâce là où le péché avait abondé (Romains 5,20)… Et des Fleuves d’Eau vive jailliront de son côté ouvert pour se répandre sur ceux-là mêmes qui, par leur violence, venaient de le mettre à mort (Jean 19,33-35 ; 7,37-39). Jérusalem devient ainsi la « Béthanie », le lieu où le Seigneur a fait Miséricorde, une Miséricorde destinée ensuite à se répandre sur le monde entier… Et c’est toujours à ascension du christBéthanie que l’Evangile se terminera avec l’Ascension du Christ qui « fut emporté au ciel alors qu’il bénissait » ses disciples (Luc 24,50‑53). Il passe ainsi du temps à l’éternité en bénissant, une attitude qui est le signe de cette bénédiction continuelle que le Dieu de Tendresse et de Miséricorde ne cesse de répandre depuis toujours et pour toujours sur tous les hommes, ses enfants, par Jésus, le Fils Unique (Jean 1,4-5 ; 1,9)… Il est bien celui qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Matthieu 5,45). Et en réponse à toute cette violence dont le Christ fut, hélas, l’objet, Dieu ressuscitera son Serviteur avant tout pour ceux-là mêmes qui viennent de le mettre à mort, et il l’enverra les bénir (Actes 3,26) ! Heureux alors celui qui saura « se détourner de ses perversités », du mal et des ténèbres, pour se tourner vers l’Amour… Il sera alors accueilli à « Béthanie », « la Maison du Père » (Jean 14,1-4), dans la Demeure de ce Dieu où nous pouvons « entrer grâce à son Amour » (Psaume 5,8), sa Tendresse, sa Miséricorde et sa Bienveillance.

Et la mention du « mont des Oliviers » (Luc 19,29) ne peut que renvoyer à cette huile d’olive pure qui était utilisée en « huile d’onction » lors de l’intronisation des Rois (1Samuel 16,1-13) et de la consécration des prêtres (Exode 29,4-9). L’image de l’onction était aussi utilisée pour évoquer la grâce de l’Esprit reçue par les prophètes en vue de la mission à laquelle Dieu les avait appelés (Isaïe 61,1-2 cité en Luc 4,18-19 ; et plus largement Isaïe 61-62). Et Jésus, « le Christ », « le Messie », « l’Oint du Seigneur » par excellence[2], s’offrira en sacrifice au pressoir de la croix (Isaïe 63,1-3a) pour que nous puissions tous avoir part à son Onction, l’Esprit Saint, qui sera pour chacun d’entre nous « une huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil » (Isaïe 61,3). Lumière2Si, en effet, « le salaire du péché, c’est la mort, le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus » (Romains 6,23). Cette Vie, qui a jailli en Fleuves du côté ouvert du Christ en Croix, nous est transmise, dans l’aujourd’hui de notre foi, par l’Esprit « Eau Vive » qui vivifie (Jean 19,33-35 ; 7,37-39 ; 4,10-14 ; 6,63 TOB) et qui est tout en même temps pour chacun d’entre nous pardon, purification, renouvellement, salut (Ezéchiel 36,24-30 ; Isaïe 12,3), force, paix, joie (Galates 5,22-23 ; 1Thessaloniciens 1,6) et bonheur profond (Isaïe 66,12-13) reçu avec d’autant plus de reconnaissance qu’il est avant tout destiné à ceux qui n’en sont pas dignes (Luc 5,8.31-32)…

 

L’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem

l'entré de Jésus à Jérusalem

 

            Jésus, Roi (Jean 1,49 ; 18,37), Prêtre (Hébreux 4,14-16 ; 5,5-10) et Prophète (Jean 4,19.44) manifestera d’ailleurs très vite sa qualité de Prophète par cette Parole de Science qui lui vient de l’Esprit : « Allez au village qui est en face et, en y pénétrant, vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a jamais monté; détachez-le et amenez-le. Et si quelqu’un vous demande : “ Pourquoi le détachez-vous ? ” Vous direz ceci : “ C’est que le Seigneur en a besoin ” » (Luc 19,30-31). Et tout se passera exactement selon sa Parole… L’obéissance des disciples aura permis son plein accomplissement…

            En montant sur cet ânon et en entrant ainsi à Jérusalem, Jésus se présente sans un mot comme celui qui accomplit la prophétie de Zacharie : « Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. Il retranchera d’Éphraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux ; l’arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer à la mer et du Fleuve aux extrémités de la terre » (Zacharie 9,9-10). Or, à l’époque de Jésus, cette prophétie était lue à la lumière de l’attente de ce Messie Roi qui devait venir. Jésus se déclare donc indirectement, en silence, comme étant ce Roi promis… Tout le récit le souligne.  L’âne, en effet, était « l’ancienne monture des princes » (Note Bible de Jérusalem pour Zacharie 9,9 ; cf. Genèse 49,11 ; Juges 5,10 ; 10,4 ; 12,14. Comparer aussi 1Rois 1,38 à 1Rois 1,5). De plus, « l’ânon que personne au monde n’a jamais monté » suggère la dignité unique de celui qui, pour la première fois, s’assoira sur lui (cf. Jean 19,38-42), tout comme ces manteaux étendus sur son chemin comme autrefois pour le roi Jéhu (2Rois 9,13 ; 841-814 av JC), et bien sûr les acclamations : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » La foule des disciples reprend alors le verset 26 du Psaume 118 (117) en y rajoutant le titre de Roi…ChristRoi2

Et Jésus est bien ce Roi qui vient au nom du Seigneur et apporte « le salut » et « la victoire » données par Dieu, dans « la joie et l’allégresse », car « éternelle est sa Miséricorde » (cf. Psaume 118(117),22-29, Traduction grecque de la Septante)… Il luttera dans la douceur mais avec force pour extirper toute trace de violence parmi les hommes, invitant ses disciples à agir comme lui-même a agi (1Pierre 2,21-25). Frappés sur la joue droite, ils s’efforceront de tendre l’autre joue, ou de ranger l’épée lorsqu’ils seraient tentés de s’en servir (Matthieu 26,51-52 ; 5,39)… C’est ainsi que « charrerie, chevaux et arcs de guerre seront retranchés ». Et « il annoncera la paix aux nations » en répandant sa Paix (Psaume 29(28),11), un terme qui est synonyme de Plénitude, la Plénitude même de Dieu[3]… Cette Paix, c’est celle que Dieu veut donner depuis toujours à tous les hommes qu’il aime (Luc 2,14). Aussi, puisque l’humanité a perdu le chemin de sa connaissance, et avec elle la clef du seul vrai bonheur, le Père, par amour, va-t-il envoyer dans le monde son Fils, « l’Astre d’en haut », pour nous permettre de retrouver « le chemin de la paix » par « la rémission de nos péchés ». Grâce à ce pardon, expression d’un Amour qui ne s’arrête pas à la multitude de nos fautes mais ne cesse de vouloir le bien de l’être aimé, nous pourrons petit à petit « faire l’expérience du salut », c’est-à-dire de cette Lumière de Dieu qui est tout en même temps Vie (Jean 1,4 ; 8,12), et qu’il veut voir régner dans nos cœurs pour nous permettre de participer à la Plénitude de sa Vie.

Ainsi, grâce « aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu », « l’Astre d’en Haut est-il venu visiter ceux qui habitaient dans les ténèbres et l’ombre de la mort » afin de « redresser nos pas »[4] pour nous aider à quitter nos chemins de mort, de tristesse et de souffrances, et nous permettre ainsi de retrouver avec Lui et grâce à Lui « le chemin de la Paix » (Luc 1,76-79)miséricorde divine… Syméon en fera l’expérience lorsqu’il accueillera l’enfant Jésus dans ses bras. Maintenant qu’il a reçu « la Consolation d’Israël », le « Salut » de Dieu (Luc 2,29-32), il peut « s’en aller dans la Paix » (Luc 2,29) . Et cette femme qui, « dans la ville, était une pécheresse », saura accueillir elle aussi, avec Jésus, le pardon de Dieu pour toutes ses fautes. Elle lui en témoignera une énorme reconnaissance « en arrosant ses pieds de ses larmes, en les essuyant avec ses cheveux, en les couvrant de baisers, en répondant sur eux du parfum ». Et Jésus lui déclarera : « Ta foi t’a sauvée ; va en paix » (Luc 7,36-50). Et il dira la même chose à cette autre femme, « souffrant de pertes de sang depuis douze années » et qui sera guérie de son mal par sa foi en lui (Luc 8,43‑48)… Or la maladie à l’époque était comprise comme la conséquence d’un péché (cf. Jean 9,1-3), et l’on pensait que la vie d’un homme était dans son sang (Lévitique 17,11.14). Cette femme symbolise donc ici l’humanité blessée par ce péché qui lui fait perdre la Vie de Dieu… Mais elle pourra la retrouver avec le Christ, en acceptant de recevoir le pardon de toutes ses fautes. Avec Lui et par Lui, Dieu est en effet venu dans le monde pour le réconcilier avec Lui et l’introduire, par son Pardon, dans la Plénitude de son Mystère de Communion et de Vie… Accepterons-nous de nous laisser aimer tels que nous sommes, de nous laisser pardonner, d’aller à Lui avec « notre poids de péché » ? Nous ne pourrons alors que constater que, si « nos fautes ont dominé sur nous, Lui, il les pardonne » (Psaume 65(64),3-4). Et c’est grâce à ce pardon sans cesse offert et humblement reçu que nous pourrons envers et contre tout, demeurer fidèles à l’Amour malgré, hélas, toutes nos infidélités… « Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon, pour que l’homme te craigne. Oui, près du Seigneur est l’Amour » et puisque cet Amour n’est que Miséricorde[5], « près de Lui abonde le rachat » (Psaume 130(129)). Et de pardon en pardon, de nouveau départ en nouveau départ, nous grandirons petit à petit dans l’amour, la fidélité et la reconnaissance envers celui qui, par son Pardon, nous ouvre les portes de sa Vie, une Vie que nos péchés nous avaient fait perdre… Et nous louerons Celui qui « nous arrache sans cesse à nos ténèbres pour nous transférer dans le Royaume de son Fils bien-aimé » (Colossiens 1,13‑14) ? Nous découvrirons et redécouvrirons jour après jour à quel point « le Seigneur fait tout pour nous ! Seigneur, éternel est ton amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains » (Psaume 138(137),8)[6]. D’où l’appel pressant de St Paul : «  Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2Corinthiens 5,20-21)…

 Jésus tête de l'Eglise

Par amour, le Christ a voulu s’unir à nos ténèbres pour que nous puissions être unis à sa Lumière et à sa Vie ! Ainsi, grâce à Lui, grâce à son œuvre d’Amour, il nous est possible de devenir ce que nous n’aurions jamais pu être par nous-mêmes, « saints et immaculés en sa Présence dans l’Amour » (Ephésiens 1,4)… Il suffit de se laisser aimer… Et cette œuvre folle aux yeux des hommes (1Corinthiens 1,17-31) s’accomplira bientôt en cette ville où, pour l’instant, le Christ est accueilli dans la joie. Mais hélas, comme souvent dans les Evangiles, l’attente des foules est entièrement focalisée sur un roi terrestre qui saura rétablir, en cette période d’occupation par les Romains, l’indépendance et la souveraineté d’Israël. Terrible quiproquo que Jésus n’est pas arrivé à dissiper, même parmi ses disciples (cf. Luc 24,19-21 ; Marc 8,27-33 ; 9,34 ; 10,37 ; Actes 1,6) et qui conduira finalement ce Peuple déçu dans son attente à crier devant Pilate : « Crucifie-le ! Crucifie‑le ! » (Luc 23,21). Mais c’est justement à travers ce chemin d’incompréhension que Jésus manifestera avec le plus MGR123.inddd’intensité l’Amour du Père, en acceptant de mourir de la main des hommes pour leur permettre de recevoir le fruit de son offrande, leur salut à tous ! C’est ainsi que « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » par son rejet même (Psaume 118(117),22), accepté, vécu et offert par amour (Jean 10,14‑18)… Et St Luc accentue ici ce rejet de la part de la majorité de la population de Jérusalem en précisant que seule « toute la multitude des disciples » l’acclamait… Les habitants de la ville ne sont donc pas venus l’accueillir… « Quelques pharisiens » semblent pourtant ne pas appartenir au groupe des disciples de Jésus qu’ils appellent « tes disciples » lorsqu’ils interviennent auprès de lui pour lui demander de « les réprimander »… Le climat hostile, qui se manifestera pleinement au moment de la Passion, apparaît donc déjà comme en filigranes…

            Jérusalem n’a donc pas su « reconnaître le temps où elle fut visitée ». Ce verbe « visiter » n’intervient qu’au tout début de l’Evangile, dans le cantique de Zacharie (Luc 1,68 et 1,78) qui présente l’œuvre de Dieu que le Christ accomplira par la suite, puis une fois en Luc 7,16 avec la ville de Naïn qui, elle, a su reconnaître qu’avec Jésus  « Dieu a visité son Peuple », et enfin ici, en Luc 19,44, juste avant la Passion. Malgré tout ce que Jésus a fait et dit depuis le début de son ministère, Jérusalem n’a donc pas reconnu en lui « les entrailles de miséricorde de notre Dieu » offrant « le salut » au monde « par la rémission de ses péchés ».  Elle s’est ainsi privée elle-même de cette Plénitude que Dieu veut nous communiquer : Paix, Joie, Lumière et Vie, Force et soutien dans les épreuves de toutes sortes … Elle ne pourra que connaître la tristesse, la désolation, la solitude, le sentiment d’abandon, la souffrance d’autant plus incompréhensible qu’elle sera vide de la Présence de Dieu… Aussi Jésus, qui ne désire et ne cherche que notre bien, sans jamais regarder l’offense qui lui est faite, ressent-il pour elle de la compassion, et il se désole de son malheur dont elle est pourtant la seule responsable … Alors que tout le monde est dans la joie d’une espérance illusoire, Lui pleure[7] sur cette ville qui souffrira bientôt des conséquences de son refus : en 70, les Romains la détruiront (Luc 21,5-7.20-24 ; 23,26-32)…

Jésus purifie le Temple (Luc 20,45-48) 

          Jésus en colère dans le temple  Jésus entre dans le Temple de Jérusalem et se met aussitôt à chasser « les vendeurs » d’animaux destinés aux sacrifices. Hélas, avec le temps, la finalité de ces pratiques n’était plus avant tout le culte divin et « la prière », mais l’appât du gain… Et le Temple, que Dieu voulait ” maison de prière pour tous les peuples “ (Isaïe 56,7), était devenu « un repaire de brigands » (Jérémie 7,11) dont les activités profitaient avant tout au Grand Prêtre, à sa famille, et aux notables. On comprend alors leur haine à l’égard de ce Jésus qui, si on le laissait faire, les conduirait tout droit à la ruine ! « Ils chercheront donc tout de suite à faire périr » celui qui met ainsi en péril leurs somptueux profits. Cette situation est un nouvel exemple de ce que Jésus posa en principe en Luc 16,13 : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent »…

Jésus purifie donc ici le Temple de Jérusalem en recentrant son activité sur la seule recherche de Dieu. Et il se mettra « journellement à enseigner dans le Temple » la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux, et « tout le peuple l’écoutait, suspendu à ses lèvres », comme autrefois dans la synagogue de Jérusalem où tous « étaient en admiration devant les Paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Luc 4,22). Vraiment, « jamais homme n’avait jusqu’ici parlé comme cela » (Jean 7,46). Ses Paroles sont en effet des Paroles de Vie éternelle au sens où elles tournent notre regard et notre cœur vers ce Dieu qui, de toute éternité, est un Soleil de Lumière et de Vie (Psaume 84(83),12-13 ; 1Jean 1,5 ; Jean 1,4 ; 8,12 ; 6,68) par le don continuel qu’il nous fait de son « Esprit qui vivifie » (Jean 6,63 TOB). Et cet main de dieuEsprit reçu en écoutant la Parole du Christ rend témoignage, par sa seule Présence dans les cœurs, à cette Vie éternelle dont le Christ est venu nous parler. Ainsi, lorsque Jésus nous parle de la Vie de ce Dieu de Miséricorde qui ne désire qu’une seule chose, nous donner d’avoir part à sa Vie, l’Esprit, au même moment, communique cette Vie à ceux et celles qui écoutent le Christ de tout cœur. Ils se mettent alors à Vivre de la Vie dont Jésus leur parle, ils la reconnaissent, ils l’expérimentent avec joie et action de grâces, et ils expriment à Jésus toute leur reconnaissance par l’assentiment de leur foi… Oui, vraiment, « jamais homme jusqu’à présent n’avait parlé comme cela »…

Le prophète Malachie annonçait (Malachie 3,1-5) : « Soudain, il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ». Avec Jésus, cette prophétie s’accomplit, et le parallèle avec Malachie amène tout de suite cette question : mais qui donc est Jésus pour qu’avec Lui et par Lui, la venue de Dieu en personne s’accomplisse ? La réponse s’articule en deux volets. Jésus Lui-même est Dieu au sens où il partage la Plénitude de la Nature divine avec le Père et l’Esprit Saint. « Et le Verbe était Dieu », écrit St Jean au tout début de son Evangile, alors qu’à la fin St Thomas s’exclamera devant le Christ ressuscité : mon Seigneur et mon Dieu« Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 1,4 ; 20,28). Jésus est ainsi « de condition divine » (Philippiens 2,6-11), de telle sorte qu’il peut reprendre pour Lui-même ce Nom divin révélé autrefois à Moïse dans le Buisson ardent : « JE SUIS » (Exode 3,13-15). Or le Nom, dans la Bible, renvoie directement au mystère de la personne qui le porte, de telle sorte que Dieu seul peut dire en toute Plénitude : « JE SUIS ». En reprenant à son compte ce Nom divin, Jésus se présente discrètement mais avec force comme partageant le mystère de cette Plénitude divine. Il est Dieu comme son Père est Dieu de telle sorte qu’il peut dire en Jean 8,59 : « Avant qu’Abraham existât, JE SUIS » (cf. Jean 8,24.28 ; 13,19 ; l’expression apparaît également avec d’autres termes qui permettent d’en pressentir la richesse : 4,26 ; 6,20 ; 6,35.41.48.51 ; 8,12.18 ; 10,7.9.11.14 ; 11,25 ; 14,6 ; 15,1.5 ; 18,5.6.8). Le deuxième volet du mystère de la divinité du Christ apparaît en Jean 10,30 : « Moi et le Père, nous sommes un ». Jésus est bien sûr différent du Père, mais il lui est profondément uni par cette Nature divine qu’il partage en Plénitude avec son Père et avec l’Esprit Saint. Et puisque qu’elle n’est qu’Amour, c’est cet Amour qui va assurer l’unité des volontés de ces Trois Personnes distinctes. Ainsi, tout ce que le Père veut, le Fils et l’Esprit saint le veulent eux aussi, et tout ce que le Père fait, le Fils et l’Esprit Saint le font eux aussi…

Ainsi, lorsque Jésus entre dans le Temple de Jérusalem, c’est bien Dieu qui, avec Lui, visite son Peuple :lumière1

1 – Dieu le Fils, car Jésus est Dieu,

2 – mais aussi Dieu le Père, car les deux sont indissociablement unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit qui est tout en même temps Amour, Lumière, Paix et Vie (Jean 4,24 ; 1Jean 1,5 ; 4,8.16)…

Et Jésus accomplit bien ici la prophétie de Malachie (Malachie 3,1-5) car il est cet « Ange -en son sens étymologique de « messager » – de l’Alliance » avec qui et par qui Dieu est venu annoncer et proposer « l’Alliance Nouvelle et éternelle » (Matthieu 26,26-28 ; Luc 22,20 ; 1Corinthiens 11,25) qui accomplit enfin l’Alliance universelle conclue avec tous les hommes depuis les origines (Genèse 9,8-17). Avec ce vocabulaire humain de l’Alliance, Dieu se révélait déjà, depuis les temps les plus anciens, comme étant un Dieu proche des hommes, quels qu’ils soient, attentif à leur vie et à leurs besoins, et cela depuis les origines du monde… Jésus est ainsi venu nous révéler une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours : « Le Royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 3,1-2 ; 4,17 ; 10,1-7 en notant qui sont les acteurs qui annoncent le Royaume), Dieu est tout proche, se proposant sans cesse en Roi de nos cœurs et de nos vies. Et ce Dieu vit déjà en Alliance avec tout homme, essayant par tous les moyens possibles de le conduire sur ce qui sera, pour lui, le meilleur chemin… Heureux alors, où qu’ils soient et quels qu’ils soient, « les hommes de bonne volonté » . Et plus heureux encore tous ceux et celles qui, par l’annonce de l’Evangile, peuvent prendre conscience de cette Présence de Dieu, Vivante et déjà agissante au cœur de leur existence… Ils ne pourront que mieux l’accueillir, mieux collaborer à Son Œuvre dans leur vie, et donc expérimenter avec plus d’intensité toutes les Grâces de Lumière et de Paix que ce Dieu, Amoureux de la vie, veut voir régner en nos cœurs…

3ième dimanche de l'avent (Luc 3,16 ; 12,49 avec Actes 2,1-4) et « Eau » (Jean 7,37-39). Il est « comme le feu du fondeur et comme la lessive des blanchisseurs. Il siègera comme fondeur et nettoyeur » (Malachie 3,2-3). Lui qui est venu purifier tous les hommes pour leur donner d’être pleinement des enfants de Dieu (Jean 1,11-13 ; Romains 8,14-17 ; Ephésiens 5,1-2 ; 5,8-11 ; Philippiens 2,12-16 ; 1Pierre 1,14-16 ; 2,1-3 ; 1Jean 3,1-3) comblés de sa Vie (Jean 10,10) et rayonnants de sa Lumière (Jean 8,12 puis 12,35‑36 avec la note de la Bible de Jérusalem qui précise que Jésus « exhorte les Juifs à croire en Lui avant qu’il soit trop tard » ; Actes 26,17-18 ; Matthieu 5,14-16), « il purifiera » notamment « les fils de Lévi », ces serviteurs du Temple (Nombres 1,49-51 ; 3,6-8 ; Deutéronome 10,8-9), « et les affinera comme l’or et l’argent ». Et le minerai rempli d’impuretés de toutes sortes deviendra, dans la main du Seigneur (Jérémie 18,3-6 ; Isaïe 62,3), un métal resplendissant de beauté et brillant de mille feux… Et le culte du Seigneur sera enfin ce qu’il aurait dû toujours être. Les fils de Lévi purifiés « deviendront pour le Seigneur ceux qui présentent l’offrande selon la justice. Alors l’offrande de Juda et de Jérusalem sera agréée du Seigneur »… Et telle est bien l’œuvre de Dieu pour chacun d’entre nous. Par l’Esprit saint, il nous apprend à rejeter l’impiété de ce monde (Tite 2,11-14), il nous purifie de toutes nos fautes (1Jean 1,5-10 ; Ephésiens 5,25-27 ; Hébreux 1,1‑5 ; 9,13-14 ; 12,22-24) et nous permet de faire de toute notre vie un culte agréable à Dieu (Romains 12,1-2) en nous donnant de répondre à l’Amour par l’amour et le service de tous ceux et celles qui nous entourent…

 

 

La confrontation directe avec les autorités religieuses d’Israël (Luc 20,1-19)

 

Après avoir « chassé les vendeurs » du Temple, Jésus « enseignait donc le peuple et annonçait la Bonne Nouvelle »… Dans la Maison du Père, il était tout à sa mission première : faire connaître le Père (Jean 1,18), transmettre sa Parole (Jean 17,7-8), révéler sa Présence Vivante et agissante (Jean 14,8-11). Surviennent alors les plus hautes autorités du Temple, « les Grands Prêtres, les scribes et les anciens », qui lui demandent : « Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou quel est celui qui t’a donné cette autorité ? » (Luc 20,1-2). L’affrontement est direct, et ils ont bien l’intention de lui faire comprendre qu’ici, dans le Temple de Jérusalem, ce sont eux qui commandent… Jésus aurait pu tout de suite leur répondre qu’il agit ainsi par l’autorité de son Père au sens où c’est Lui qui, avec son Fils et par son Fils, accomplit ses œuvres (Jean 14,10 ; 10,36‑38). Tout « pouvoir » ou toute « autorité » de Jésus lui vient en effet directement du Père, et Jésus ne désire qu’une seule chose : aimer le Père, c’est-à-dire garder sa Parole, faire toujours ce qui lui plaît, accomplir sa volonté, mener son œuvre à bonne fin (Jean 15,10 ; 14,31 ; 8,29 ; 4,34 ; 5,30 ; 6,37-40)… Il est, par amour, le Serviteur du Père (Matthieu 12,15-18 ; Actes 3,13.26 ; 4,27-31) et des hommes tant aimés par le Père (Matthieu 20,25-28 ; Luc 22,24-27 ; Jean 3,16‑17 ; 16,27). Si, comme ils le prétendent, ses interlocuteurs « n’avaient qu’un seul Père, Dieu » (Jean 8,41), ils devraient le reconnaître à l’œuvre avec Lui et par Lui. Mais recherchent-ils la vérité de tout cœur, avec une réelle bonne volonté ?

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Pour le savoir, Jésus va leur poser une question sur Jean-Baptiste : « Dites-moi donc : le baptême de Jean était-il du Ciel ou des hommes ? » Mais ils refuseront de répondre à cette question, alors même que leur opinion est claire à ce sujet ! Leur calcul intérieur, retranscrit ici par St Luc, l’a manifesté : ils n’ont pas cru en Jean-Baptiste. Mais ils ne veulent pas le déclarer ouvertement par peur de la réaction du peuple qui « était persuadé que Jean était un prophète ».  S’ils ont refusé de croire en Jean-Baptiste, comment pourraient-ils croire aujourd’hui en Celui que Jean-Baptiste avait pour mission d’annoncer ? Et s’ils refusent de « faire la vérité » (Jean 3,19-21) en décidant de ne pas répondre à la question de Jésus, comment pourraient-ils accueillir Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie », Celui qui n’est venu dans le monde que pour « rendre témoignage à la vérité » par « l’Esprit de Vérité » (Jean 14,6 ; 18,37 ; 14,15-17 ; 15,26 ; 16,13‑15) ? Jésus ne peut donc rien leur dire car ils sont incapables, pour l’instant, d’accueillir son Mystère…

Et il ne se fait aucune illusion sur son sort… Par le passé, Dieu a envoyé quantité de prophètes à son peuple pour l’inviter à reconnaître en vérité ses erreurs et ses infidélités. Et à chaque fois, Dieu encourageait cette démarche humainement difficile par des promesses de pardon… amour du christ« Allons ! Discutons ! dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront ».  Et le but recherché était toujours avant tout le bonheur du peuple lui-même… En acceptant de se détourner de ses idoles, ils ne pourraient que recevoir cette abondance de bénédictions et de bienfaits que Dieu ne cesse de leur envoyer. « Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir », vous recevrez « la paix comme un fleuve, et comme un torrent débordant, la gloire des nations. Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche, on vous caressera en vous tenant sur les genoux. Comme celui que sa mère console, moi aussi, je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés, et votre cœur sera dans la joie » … « Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée qui vous mangera », (Isaïe 1,18-20 ; 66,12‑14) cette épée que nous levons les uns contre les autres lorsque la haine nous aveugle, lorsque la soif de pouvoir et de domination l’emporte sur le service fraternel, lorsque la quête des biens matériels se fait aux dépens de la justice, lorsque la recherche de notre égoïsme nous empêche de penser au bien de ceux et celles qui nous entourent… Alors, le « pour soi » au mépris des autres prend le dessus, avec son cortège d’injustices, de duretés et de souffrances…

croix_tripleLes prophètes en firent la douloureuse expérience. Les uns furent « battus », les autres « couverts d’outrages », d’autres encore « blessés et jetés dehors » (Luc 19,10-12)… Et « l’épée mangera » le dernier envoyé, « le Fils Bien-aimé », lorsque « les Grands Prêtres, les scribes et les notables » décideront de le tuer. Et cette épée continuera son œuvre, « elle vous mangera », disait le prophète Isaïe, laissant ruines et désolation sur son passage. Et c’est bien ce qui arrivera en 70 après JC, lorsque Rome répondra à une tentative d’insurrection par la prise et la destruction de Jérusalem (cf. Luc 21,20). Quarante ans plus tôt, le Christ avait dit à ses disciples qui s’émerveillaient de la beauté du Temple : « De ce que vous contemplez, viendront des jours où il ne restera pas pierre sur pierre : tout sera jeté bas » (Luc 21,6). Et sur le chemin du calvaire, alors qu’il était en proie aux pires souffrances, il aura encore la force de compatir à celles qui attendaient les habitants de Jérusalem : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants !… Car si l’on traite ainsi le bois vert » – Jésus, le Fils, parfaitement uni à son Père dans la communion d’un même Esprit – « qu’adviendra-t-il du sec ? » – ceux qui en le refusant, ont refusé le Père et se sont coupés du même coup de l’Unique Source d’Eau Vive – (Luc 23,28-31). Mais « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Psaume 118(117),22 ; Luc 20,17). Et puisqu’ils ont refusé le cadeau du salut, cette Bonne Nouvelle sera donnée « à d’autres », et notamment aux païens qui, eux, sauront lui faire porter son fruit (Matthieu 21,43)…

Notons que Jésus vient d’employer ici l’image de la vigne qui, dans l’Ancien Testament, renvoie souvent au peuple d’Israël (cf. Isaïe 5,1-7)[8]. Dieu avait planté « une vigne, sur un coteau fertile », toute de « raisin vermeil »… Il l’avait entourée de mille soins, « bêchée, épierrée »… Il en attendait de « beaux raisins » de droiture, de justice et de vérité, et « elle donna des raisins sauvages », « vénéneux, aux grappes amères »… « Leur vin est un venin de serpent, un violent poison de vipère » (Deutéronome 32,32-33). Pourquoi ? La Bible ne donne pas de réponse…

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Tel est le mystère du péché où l’homme créé « bon », « à l’image et ressemblance de Dieu », est néanmoins infidèle à Celui qui n’a jamais cessé de « prendre soin de lui », « le menant avec des attaches humaines, des liens d’amour ; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger » (Osée 11,1-4)… Dieu avait ainsi confié son Peuple, « sa vigne », aux vignerons qu’étaient notamment « les Grands Prêtres ». Et ces derniers auraient dû accomplir leur vocation en se mettant au service du seul et unique Vigneron, « le Père » (Jean 15,1-2)… Mais, ils lui ont été infidèles, une infidélité qui s’est aussitôt traduit dans l’exploitation du Peuple pour leur profit personnel (Ezéchiel 34,1-6). Aussi la vigne leur sera-t-elle enlevée et « donnée à d’autres » (Luc 20,16)… « Les scribes et les Grands Prêtres comprendront tout de suite que c’était pour eux que Jésus avait dit cette parabole », et plutôt que de se repentir, ils s’endurciront encore davantage, « cherchant à porter la main sur lui à cette heure même ». Mais comme précédemment pour Jean-Baptiste, ils seront à nouveau prisonniers de leur lâcheté et de leurs hypocrites calculs politiques et ils ne feront rien « par peur du Peuple » qui tenait Jésus en grande estime, « suspendu à ses lèvres »…

Le piège tendu par les autorités religieuses d’Israël (Luc 20,20-26)

Aussi, puisque l’attaque frontale vient de se solder par un échec, ils vont envoyer « des espions » pour « jouer les justes » et tenter ainsi de « prendre Jésus en défaut sur quelque parole, de manière à le livrer à l’autorité et au pouvoir du gouverneur » (Luc 20,20-26).

Leur arme sera la flatterie : « Maître, nous savons que tu parles et enseignes avec droiture et que tu ne tiens pas compte des personnes, mais que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu ». Nicodème, un notable, était également venu à la rencontre de Jésus, et il l’avait lui aussi honoré du titre de « maître », mais cette fois, c’était de tout cœur : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui » (Jean 3,2)… Ainsi, des paroles quasiment identiques peuvent-elles donner la vie ou la mort selon l’intention du cœur qui les prononce…

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Le piège tendu à Jésus est le suivant : « Est-il permis ou non de payer le tribut à César ? » Si Jésus répond par l’affirmative, ils pourront le déconsidérer aux yeux du Peuple en le présentant comme un collaborateur des Romains. Et cela aurait d’autant plus d’impact que beaucoup pensaient que « c’était lui qui allait délivrer Israël » de leur emprise (Luc 24,21)… Si Jésus répond par la négative, alors ils auront un superbe motif d’accusation devant le gouverneur romain : Jésus prône la subversion et la révolte vis-à-vis de Rome ! Et c’est bien ce que de toute façon, ils diront à Pilate : « Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi » (Luc 23,2) ; et « si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César » (Jean 19,12).  Le piège semble donc parfait… Mais Jésus connaît le cœur de l’homme (Jean 2,23-25). Il avait déjà perçu autrefois les murmures intérieurs des scribes et des Pharisiens lorsqu’il avait déclaré au paralytique : « Homme, tes péchés sont remis » (Luc 5,20‑22). Ici, Jésus « pénètre leur astuce », et il va les prendre lui-même à leur propre piège. En leur demandant un denier romain, demande aussitôt satisfaite, il démontre déjà à quel point ceux qui voudraient l’accuser de collaboration avec les romains sont les premiers à le faire en acceptant le système économique imposé par l’envahisseur… Ils en profitaient même pour s’enrichir, car, par un acte de soi-disant résistance, ils avaient imposé la monnaie tyrienne dans l’enceinte du Temple. Pour acheter un animal en vue d’un sacrifice, il fallait donc commencer par changer ses « deniers » romains au taux de change imposé, et c’étaient les Grands Prêtres, les notables et leurs familles qui contrôlaient tout ce trafic ! A nouveau une belle hypocrisie ! « Montrez-moi un denier », leur demande donc Jésus. « De qui porte-t-il l’effigie et l’inscription ? » Ils dirent : « De César. » Alors il leur dit : « Eh bien ! Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Manifestement, cette pièce frappée « à l’image et ressemblance de César » appartient à César… Or l’homme, de son côté, a été créé « à l’image et ressemblance de Dieu » (Genèse 1,26-27). Qu’ils reviennent donc à Celui à qui ils appartiennent, leur Créateur et Père qui ne désire que leur Bonheur et leur Vie ! Qu’ils cessent de mettre l’argent à la première place, qu’ils purifient leur cœur de toute « cupidité » (Marc 7,21‑22 ; Luc 12,15), « rapine » (Luc 11,39), « convoitise » (Marc 4,19)… Et qu’ils rendent « à Dieu ce qui est à Dieu », c’est-à-dire leur propre personne ! Qu’ils se tournent vers Lui de tout cœur, sans faux-semblants (Luc 20,45-47). Alors le Temple de Jérusalem cessera d’être « un repaire de brigands » qui « dévorent le bien des veuves » (Luc 20,47) pour devenir ce qu’il aurait dû être depuis toujours, « une maison de prière pour tous les peuples » …

La question de la Résurrection des morts (Luc 20,27-40)

Contrairement aux Pharisiens, les Sadducéens, le parti des Grands Prêtres et de l’aristocratie, ne croyaient pas en la Résurrection des morts qu’ils comprenaient comme un retour à la vie, cette vie dans la chair que nous connaissons bien avec ses lois et ses exigences… Dans un tel contexte, bien malin serait celui qui pourrait dire, au jour de la Résurrection, « qui » serait le mari de cette femme qui, sur la terre, avait épousé successivement sept frères (Luc 20,27-33), conformément à la possibilité offerte par « la loi du lévirat » … Une veuve sans enfant pouvait en effet épouser un frère de son mari défunt pour lui donner malgré tout une descendance. Et le premier né qui naîtrait de cette union porterait le nom du frère défunt (Deutéronome 25,5‑10). Si une femme a donc épousé l’un après l’autre sept frères, « à la résurrection, de qui sera-t-elle donc l’épouse puisque les sept l’ont eu pour femme » (Luc 20,33) ? Le problème semble à première vue insoluble…

 résurrection de lazarreMais la Résurrection n’est pas un simple retour à la vie, comme ce fut le cas pour Lazare (Jean 11), la jeune fille de Jaïre (Luc 8,40-56), le fils de la veuve de Naïn (Luc 7,11‑17), la généreuse Tabitha (Actes 9,36-43), ou encore Eutyque, cet adolescent tombé du rebord d’une fenêtre du troisième étage sur lequel il s’était assis puis endormi en écoutant St Paul (Actes 20,7‑12)… Non, à la Résurrection, s’il s’agit toujours de la même personne, sa condition a radicalement changé… Le Christ en est le plus bel exemple. Sa chair est en effet semblable à celle qui était la sienne sur cette terre : le Ressuscité mangera du poisson sous les yeux de ses disciples et ces derniers pourront le toucher (Luc 24,36-43 ; Jean 20,24-29). Néanmoins, cette chair est « autre » au sens où elle est maintenant totalement assumée par l’Esprit et donc immortelle (1Corinthiens 15,42‑44)… Cette différence est suggérée dans les récits de Résurrection où Marie-Madeleine, Pierre et les disciples, qui ont pourtant bien connu le Christ sur cette terre, ne le reconnaissent pas tout de suite lorsqu’il se manifeste à eux (Jean 20,11-18 ; 21,1-14 ; Luc 24,13‑35). Les relations humaines, elles aussi, seront semblables (Luc 9,26-31) mais différentes… Ici-bas, Dieu continue son œuvre de création avec la collaboration des parents, et de nouvelles personnes humaines naissent chaque jour à l’existence. Mais lors de la Résurrection, il n’en sera plus ainsi… On ne prendra plus « ni femme ni mari », on sera « pareils aux Anges, fils de la Résurrection, fils de Dieu » (Luc 20,35-36), « semblables à Dieu car nous le verrons tel qu’il est » (1Jean 3,2). Nous participerons tous alors, selon notre condition de créature, à sa « nature divine » (2Pierre 1,4), c’est-à-dire à sa Vie, et donc à sa Lumière, à sa Beauté, à sa Gloire et à son éternité (Sagesse 2,23 ; 3,1-9)… Et c’est « par sa Lumière que nous verrons la Lumière » (Psaume 36(35),10)… Dieu nous a tous en effet « prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ». « Car si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable » (Romains 8,28‑29 ; 6,5). Or cette « mort semblable à la sienne » est, pour St Paul, celle vécue lors de notre baptême, une mort au péché à renouveler chaque jour grâce à la fidélité de Dieu (2Timothée 2,13) et à la force de son Esprit Saint (Romains 8,13). « Et si la joiel’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Romains 8,11). Telle sera « la résurrection semblable à la sienne »… « Pour l’instant, nous voyons dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1Corinthiens 13,12)…

Jésus donnera enfin un argument tout simple en faveur de la résurrection à partir d’une manière très fréquente de nommer Dieu dans les Ecritures : il est Celui qui s’est présenté à Moïse comme étant « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » (Exode 3,6 ; 3,15-16 ; 4,5 ; 1Rois 18,36 ; 1Chroniques 29,18 ; 2Chroniques 30,6 ; Actes 3,13 ; 7,32). Or Abraham a précédé Moïse de plus de six siècles… Et comme Dieu n’est pas « un Dieu de morts, mais de vivants » (Luc 20,38), il s’ensuit qu’Abraham, Isaac et Jacob ne peuvent, comme Moïse et Elie apparus en gloire lors de la Transfiguration de Jésus (Luc 9,30), qu’être vivants à la Gloire de Celui qui, de toute éternité, est « le Vivant » par excellence[9]… Jésus, dans une de ses paraboles, avait d’ailleurs évoqué ce pauvre Lazare qui mourut de faim devant la porte d’un riche et se retrouva « dans le sein d’Abraham », une expression qui traduit « l’intimité et la proximité avec Abraham dans le banquet messianique » (note de la Bible de Jérusalem ; Luc 16,22). Le riche, replié sur ses richesses, fermé aux autres et donc à Dieu, s’était retrouvé après sa mort « en proie à des tortures »… La vie ne s’arrête donc pas avec la mort… Bien plus, la qualité de ce que nous vivrons par-delà notre mort dépend de nos choix d’ici-bas…

Si les Sadducéens ne croyaient pas en la résurrection des morts, les Pharisiens eux y croyaient. C’est pourquoi « quelques scribes » déclarèrent à Jésus : « Maître, tu as bien parlé » (Luc 20,39). Nous retrouvons ainsi indirectement le fait qu’à l’époque de Jésus, les scribes étaient pour la plupart des Pharisiens…

Le Christ, fils et Seigneur de David (Luc 20,41-44)

Christ-Roi_theme_imageL’épisode suivant, « le Messie, fils et Seigneur de David » (Luc 20,41-44) est pour nous bien mystérieux, d’autant plus qu’une question est posée sans y donner de réponse ! Et Jésus raisonne ici à la manière de son temps, en considérant comme acquis le fait que la moitié du Livre des Psaumes aurait été écrite par le Roi David. C’est du moins ce que l’on croyait à son époque… Alors, si David parle dans ce Psaume 110(109) du Messie, si ce Messie est lui-même son fils, pourquoi l’appelle-t-il « mon Seigneur » ?  Certes, un homme peut dire « mon Seigneur » à son roi pour lui témoigner son respect, comme David le fit autrefois pour Saül (1Samuel 24,11), ou Daniel et Holopherne pour Nabuchodonosor, Roi de Babylone (Daniel 4,21 ; Judith 11,4). Mais dans ce cas, c’est toujours le fils qui devrait s’adresser ainsi à son père, et non l’inverse…

Enfin, l’appellation « mon Seigneur » intervient très souvent dans l’Ancien Testament lorsque quelqu’un s’adresse à Dieu, « son Seigneur » (Abraham en Genèse 15,2.8 ; 18,27.30.31.32 ; Abimélek en 20,4 ; Moïse en Exode 4,10.13…). Mais pour les interlocuteurs de Jésus, il était inconcevable d’imaginer un seul instant que cet homme qu’ils avaient sous les yeux puisse partager la condition divine. Seule la Lumière de la Résurrection permettra aux disciples de comprendre que ce Jésus qu’ils croyaient si bien connaître était tout en même temps vrai homme et vrai Dieu. Le titre de « Seigneur », si souvent donné à Dieu dans l’Ancien Testament, leur servira alors à confesser la divinité et donc l’incomparable dignité du « Christ Seigneur »… « Mon Seigneur et mon Dieu » lui dira Thomas (Jean 20,28)… Et St Luc reprendra ce Psaume 110(109) dans le discours de Pierre à la foule, juste après la Pentecôte : « Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu. C’est là ce que vous voyez et entendez. Car David, lui, n’est pas monté aux cieux ; or il dit lui-même : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie fait de tes ennemis un escabeau pour tes pieds ». Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié » (Actes 2,32-36). Ainsi, en ressuscitant son Fils, « Dieu l’a exalté ; il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au Nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2,9-11). Mais encore une fois, la question que lance Jésus en Luc 20,41-44 ne peut pour l’instant que conduire ses interlocuteurs à se poser la question : « Qui donc sera le Christ ? », et peut-être pour certains : « Qui donc est ce Jésus ? ». Mais seule sa Résurrection et le don de l’Esprit Saint (1Corinthiens 12,3) pourront amener les disciples à confesser que vraiment « Jésus est Seigneur », à la gloire de Dieu le Père »…

L’évocation des derniers temps, l’appel à la vigilance et à la prière (Luc 21,5-38)

Jésus va ensuite terminer son enseignement par une large évocation des « derniers temps », c’est-à-dire ce temps qui s’étendra de sa Résurrection à la fin du monde… L’humanité y est entrée depuis plus de deux mille ans, et nul ne sait quand viendra la fin (Matthieu 24,36 ; Actes 1,7)…

Ils seront marqués par la venue de toutes sortes d’imposteurs qui prétendront être le Christ ! « Il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront : “ C’est moi ! ” et “ Le temps est tout proche ”. N’allez pas à leur suite » (Luc 21,8). « Alors si quelqu’un vous dit : “ Voici : le Christ est ici ! ”, “ Voici : il est là ! ”, n’en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes qui opéreront des signes et des prodiges pour abuser, s’il était possible, les élus. Pour vous, soyez en garde : je vous ai prévenus de tout » (Marc 13,21-23 ; cf. Actes 13,6-12). Et cette parole s’accomplira dès le tout début de l’Eglise puisque St Paul parlera « des faux apôtres, ces ouvriers trompeurs qui se déguisent en apôtres du Christ » ; ce sont en fait des « faux frères », des « menteurs hypocrites » (2Corinthiens 11,13.26 ; Galates 2,4-5 ; 1Timothée 4,1-7). St Pierre évoquera de son côté des « faux prophètes » qui ont jeté le trouble dans la communauté chrétienne, et il ajoute : « Il y aura aussi parmi vous des faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux‑mêmes une prompte perdition. Beaucoup suivront leurs débauches, et la voie de la vérité sera blasphémée, à cause d’eux.  Par cupidité, au moyen de paroles trompeuses, ils trafiqueront de vous » (2Pierre 2,1-3) comme le faisaient déjà, à l’époque de Jésus, « les Grands Prêtres, les notables et leurs familles »… Aussi, « mes bien-aimés », écrit St Jean, « ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les pour voir s’ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde. À ceci reconnaissez l’esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu ;  et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu; c’est là l’esprit de l’Antichrist. Vous avez entendu dire qu’il allait venir ; eh bien ! maintenant, il est déjà dans le monde ».

Mais St Jean, face à ce tableau qui peut nous apparaître bien sombre et désespérant, nous invite à la confiance car le Christ habite son Eglise. « Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » et il ne permettra pas que les ténèbres l’emportent sur elle (Matthieu 28,20 ; 16,18). De plus, il a envoyé l’Esprit Saint, l’Esprit de Vérité, « pour qu’il soit avec vous à jamais ». C’est Lui qui introduira son Eglise dans la vérité tout entière et qui l’aidera à garder le bon dépôt de la foi (Jean 14,15-17 ; 16,13 ; 2Timothée 1,14). De plus, c’est toujours Lui qui main de dieul’aidera à faire la Vérité et à discerner entre ce qui vient de Dieu et ce qui est le fruit du « père des mensonges », le diable (1Thessaloniciens 5,19-22 ; Jean 8,44 ; Matthieu 7,15-16). Cet Esprit Saint ne lui manquera jamais. Qu’ils ne craignent donc pas : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi »… « Je ne vous laisserai pas orphelins »… « Je viendrai vers vous », je serai avec vous par l’Esprit Saint, et « sur moi, le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir » (Jean 14,1.18.30).  « Vous donc, petits enfants, vous êtes de Dieu » et tous ces faux prophètes, « vous les avez vaincus. Car Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1Jean 4,1-4)…

Dans les « derniers temps » surviendront aussi toutes sortes de « guerres et de désordres, de grands tremblements de terre, des pestes et des famines » (Luc 21,11)… Et nous le constatons bien chaque jour… D’où l’importance des « artisans de paix » (Matthieu 5,9), à tous les niveaux de la société, des gestes de solidarité entre les peuples, et de la recherche scientifique qui permettra de prévoir toujours mieux les catastrophes naturelles …

Les « derniers temps » verront aussi de grandes persécutions contre tous ceux et celles qui invoqueront « le Nom » de Jésus… « Vous serez livrés même par vos père et mère, vos frères, vos proches et vos amis »… Mais dans ces situations de souffrance, la grâce offerte par le Seigneur n’en sera que plus forte, et, paradoxalement, ils ne pourront que constater à quel point « ceux qui sont persécutés pour la justice sont heureux », car « le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu 5,10)… Jésus emploie ici le verbe « être » au présent, car dans cette épreuve survenue à cause de leur foi, ils recevront en abondance, par cette même foi et dans la foi, les grâces du Royaume. « Or le Royaume des cieux est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17). Ils souffriront, mais ils connaîtront aussi la joie incomparable de l’Esprit (cf. 2Corinthiens 1,3-7 avec les notes de la Bible de Jérusalem)… C’est ainsi « après avoir été battus de verges »  parce qu’ils « parlaient au Nom de Jésus », les Apôtres repartirent « tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom » (Actes 5,40-42).

Et « lorsqu’on vous livrera » « devant des rois et des gouverneurs à cause du Nom de Jésus », « ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre lumièrePère qui parlera en vous » (Matthieu 10,19-20 ; Luc 21,12), ce même Esprit de Vie et de Joie qui constitue les arrhes du Royaume (Ephésiens 1,13-14). C’est donc toujours Lui qui remplira de force les Apôtres (2Timothée 1,7-8), leur donnera les mots de leur témoignage (1Corinthiens 2,13 ; Jean 15,26-27) de telle sorte que c’est le Père Lui-même qui parlera en eux…

Après l’évocation des « guerres, désordres, grands tremblements de terre, pestes, famines, phénomènes terribles, persécutions, dévastation de Jérusalem », le Christ conclue par ce qui semble être « la fin du monde », avec « des signes dans le soleil, la lune et les étoiles », « le  fracas de la mer et des flots », ce jour où « les puissances des cieux seront ébranlées ». « L’ordre cosmique vacillera, comme pour un retour au chaos originel marquant la fin de l’Histoire »[10]… Alors, « le Fils de l’Homme apparaîtra, venant dans une nuée avec grande Gloire »… Son unique préoccupation sera alors que nous puissions nous « redresser », « relever la tête » dans la confiance, sans être accablés par le poids de nos misères, et de nous « tenir debout devant lui ». Nous le pourrons si nous sommes sûrs de son Amour et du seul désir qui l’habite : notre Bonheur, notre Plénitude et notre Joie… Nous oserons alors nous abandonner en toute confiance entre les mains de l’Amour (1Jean 4,14-19) qui de son côté trouvera toute sa joie à notre « délivrance », notre « rédemption » (Luc 21,28), en un mot, notre salut… Et déjà, en ce moment, il intercède pour nous auprès du Père pour qu’il en soit bien ainsi (Romains 8,34 ; 1Jean 2,1-2)…

tiens-ma-lampe-allumeeD’ici là, les croyants sont invités à « veiller », à garder allumée la lampe de leur foi, à ne pas éteindre l’Esprit Saint qui les habite (1Thessaloniciens 5,19) en tombant dans « la débauche, l’ivrognerie » ou en se laissant accaparer par « les soucis de la vie » (Luc 21,34 ; 8,14). Qu’ils guettent « les signes des temps » qui manifestent que « le Royaume de Dieu est proche », car au-delà de toute préoccupation vis-à-vis du dernier Jour du monde, Dieu est déjà là, présent, invisible mais agissant par son Esprit au cœur de nos vies. Tel est le Trésor auquel nous sommes sans cesse invités à revenir, une Présence qui nous cherche, nous accompagne, nous entoure de sa Tendresse, nous guide dans le quotidien le plus simple de nos existences… « Veillez donc et priez en tout temps » (Luc 21,36), « dans l’Esprit. Apportez-y une vigilance inlassable » (Ephésiens 6,18). « Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Philippiens 4,7)…

D. Jacques Fournier

 

 

Fiche n20 – Lc 1928-2138 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.

 

[1] GERARD A.-M., « Dictionnaire de la Bible » (Ed. Robert Laffont ; Paris 1989) p. 163.

[2] « Christ » vient du grec « Khristos », « Messie » de l’hébreu « masîha », et dans les deux langues « Khriô » aussi bien que « masah » signifient « oindre ».

[3] Xavier LEON-DUFOUR écrit ainsi dans le Vocabulaire de Théologie Biblique (Ed. du Cerf ; Paris 1995 ; « Paix », col. 879) : « Le mot hébreu salôm dérive d’une racine qui, selon ses emplois, désigne le fait d’être intact, complet (Job 9,4)… Aussi la paix biblique n’est-elle pas seulement le « pacte » qui permet une vie tranquille, ni « le temps de la paix » par opposition au « temps de la guerre » (Quohélet 3,8 ; Apocalypse 6,4) ; elle désigne le bien-être de l’existence quotidienne, l’état de l’homme qui vit en harmonie avec la nature, avec lui-même, avec Dieu ; concrètement, elle est bénédiction, repos, gloire, richesse, salut, vie »… « Loin donc d’être seulement une absence de guerre, la paix est plénitude du bonheur »…

[4] Sens premier du verbe grec « kateuthunô » employé par St Luc en 1,79 : « redresser, mettre droit » et donc « diriger, conduire ».

[5] La traduction grecque de la Septante a : « Près du Seigneur est la Miséricorde »…

[6] La traduction grecque de la Septante a de nouveau : « Le Seigneur se montrera généreux à mon égard ; Seigneur, ta miséricorde est pour toujours »…

[7] Dans les Evangiles de Marc, Matthieu et Luc, C’est la seule et unique fois où Jésus pleure

[8] Et la note de la Bible de Jérusalem précise : « Le thème de la vigne Israël, choisie puis rejetée, déjà amorcé par Osée 10,1, sera repris par Jérémie (2,21 ; 5,10 ; 6,9 ; 12,10) et par Ezéchiel (15,1-8 ; 17,3-10 ; 19,10-14). Voir aussi le Psaume 80(79),9-19 et Isaïe 27, 2-5. Jésus le transposera dans la parabole des vignerons homicides (Matthieu 21,33-44 et parallèles). Et en Jean 15,1-2, il révélera le mystère de la “ vraie ” vigne »…

[9] L’expression « Dieu vivant » intervient 33 fois dans la Bible : Dt 4,33 ; 5,26 ; Jos 3,10 ; 1s 17,26.36 ; 2r 19,4.16 ; Is 37,4.17 ; Jr 10,10 ; 23,36 ; Os 2,1 ; Ps 42,3.9 ; Ps 84,3 ; Jb 27,2 ; Est 8,12 ; Dn 6,21.27 ; Mt 16,16 ; 26,63 ; Ac 14,15 ; Rm 9,26 ; 2co 3,3 ; 6,16 ; 1th 1,9 ; 1tm 3,15 ; 4,10 ; Hb 3,12 ; 9,14 ; 10,31 ; 12,22 ; Ap 7,2.

[10] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 800.




Retraite préparatoire à la fête de la Sainte Trinité (4) : « L’œuvre de l’Esprit Saint, Troisième Personne divine. »

« Si vous m’aimez », nous dit Jésus, « vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité », l’Esprit Saint Troisième Personne de la Trinité, « lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous », en côte à côte, en face à face, comme peuvent l’être deux personnes bien distinctes l’une de l’autre, « et il sera en vous » par le Don qu’il ne cesse de faire de Lui‑même, le Don de « l’Esprit Saint », Plénitude d’Être (« Dieu Est Esprit » (Jn 4,24)) et de Vie (« L’Esprit est Vie » (Rm 8,10)), de Paix, de Douceur et de Joie (Jn 14,15‑17 ; Ga 5,22)…

La mission première de l’Esprit Saint Seigneur à notre égard est en effet de nous donner la vie : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » (Crédo). Il l’a déjà fait en participant, avec le Père et le Fils, à notre création. « Je crois en Dieu, le Père tout Puissant, Créateur du ciel et de la terre » (Crédo), ce Père qui a tout fait par son Fils, « tout fut par lui et sans lui rien ne fut » (Jn 1,3), et par l’Esprit Saint Seigneur… Souvenons-nous de l’image de St Irénée : le Fils et l’Esprit Saint sont « les deux mains du Père »…

Nous pressentons d’ailleurs la Présence de cet Esprit Saint Seigneur dans le second récit de la création : « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2,7). L’image du « souffle de vie » renvoie à cette Plénitude spirituelle d’Être et de Vie qui est celle de Dieu Lui-même : « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) et « l’Esprit est Vie » (Rm 8,10). Le prophète Isaïe fait d’ailleurs un lien explicite entre « l’Esprit » et « le souffle » en un texte où il évoque le Dieu Créateur : « Ainsi parle Dieu, le Seigneur, Lui qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent » (Is 42,5). Et c’est justement dans ce Don du Souffle de Vie, de l’Esprit de Vie, que nous pressentons la Présence de cette Troisième Personne de la Trinité, cet « Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » en donnant ce qui le constitue Lui-même, sa Plénitude d’Être et de Vie, le Souffle de Vie, l’Esprit de Vie, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)…

Tout homme est donc une créature spirituelle, et c’est d’ailleurs, dans sa dimension spirituelle que se cache le mystère de sa vie. Avant que Dieu ne lui communique son Souffle de vie, il n’était qu’une ‘statue d’argile’, pour reprendre l’image du Livre de la Genèse qui évoque ainsi notre dimension matérielle de chair et de sang. Et ce n’est que lorsque Dieu a ‘soufflé’ en cette ‘statue’ que cette dernière est devenue « un être vivant »… Ce « Dieu » qui « Est Esprit » (Jn 4,24) et Vie nous a donc donné à notre tour d’être « esprit » (cf. 1Th 5,23) et vie en nous donnant d’avoir part à son propre « Esprit », à sa propre Vie. Nous retrouvons la logique de l’Amour : aimer, c’est tout donner et se donner soi-même… Ce Dieu qui, de toute éternité, Est « l’Être Vivant » par excellence nous a tous créés « êtres vivants » en se donnant lui-même, par Amour… « Tu aimes tout ce qui existe et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé » (Sg 11,24)… « Dieu a fait l’homme image de sa propre éternité », lit-on encore dans le Livre de la Sagesse (Sg 2,23), un texte que le Père Ceslas Spicq commente en écrivant : « Il faut au moins en conclure qu’ « être l’image » c’est « participer l’Être » et la Vie, donc ici celle du « Dieu vivant ».[1]

Ce Dieu Amour qui « Est Esprit » nous a ainsi tous créés « esprit » pour que nous puissions participer, grâce au Don qu’il ne cesse de faire de Lui-même, à la Plénitude de son Esprit, et donc de son Être et de sa Vie. St Luc emploie alors une expression qui lui est propre : « être rempli du Saint Esprit », « le Don de Dieu » (Lc 1,15.41.67 ; Jn 4,10). Jésus apparaît ainsi dans son Evangile comme étant lui aussi « rempli d’Esprit Saint » (Lc 4,1), et il en est bien ainsi de toute éternité, le Père lui donnant par Amour cette Plénitude d’Être et de Vie qui « l’engendre » en Fils « né du Père avant tous les siècles » (Crédo). Mais « être rempli du Saint Esprit », sous entendu par un Autre que soi-même, suppose d’être tourné de cœur vers cet Autre pour recevoir le Don gratuit de son Amour. Telle est l’attitude éternelle du Fils vis-à-vis du Père, « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18), « demeurant dans son amour » (Jn 15,10), accueillant le Don de la Plénitude de sa Vie (Jn 6,57 ; 5,26) par le Don de l’Esprit Saint, ce Don que le Père ne cesse de lui faire. Le Fils est alors « rempli d’esprit Saint » par le Père, et cela depuis toujours et pour toujours. Or, c’est pour que nous puissions recevoir le même Don de Dieu que le Fils « s’est fait chair » (Jn 1,14) et nous a rejoints dans notre condition humaine. « Si tu savais le Don de Dieu », dit-il à la Samaritaine, « et qui est celui qui te parle, c’est toi qui l’aurait prié et il t’aurait donné de l’Eau Vive », c’est-à-dire ce Don de Dieu même, le Don de l’Esprit Saint Plénitude d’Être et de Vie (Jn 4,10 ; 7,37-39). Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut que nous acceptions, librement, de tout cœur, de nous tourner vers Dieu. D’où ces premières paroles de Jésus en St Marc : « Repentez-vous » (Mc 1,15), convertissez-vous, détournez-vous du mal, tournez-vous vers Dieu, et vous ne pourrez qu’être comblés par le Don gratuit de cet Amour qui ne cherche, ne désire, ne poursuit que votre bien. Qu’un homme, créature spirituelle, créature « esprit », en vienne à se détourner de cœur de son Créateur, et le voilà aussitôt privé de la Plénitude du Don de l’Amour, qui Est Esprit et Vie. Et c’est ainsi que la mort, au sens d’une privation d’une Plénitude de Vie, a fait son entrée dans le monde… St Paul l’évoque avec la figure d’Adam : « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché » (Rm 5,12). « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », écrit-il encore (Rm 3,23), « Présence de Dieu se communiquant à l’homme de façon de plus en plus intime », précise en note la Bible de Jérusalem. Et l’on pourrait rajouter, par le Don de « l’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu », pour reprendre une expression de St Pierre (1P 4,14). Toute l’œuvre de salut accomplie par Jésus consistera donc à nous redonner, gratuitement, par Amour, tout ce que nous avons perdu par suite de nos fautes. Le premier cadeau qu’il est venu nous offrir au Nom de son Père est donc le pardon de toutes nos fautes, en surabondance, inlassablement, car Dieu ne cesse d’Être Amour, quoique nous pensions, disions ou fassions… Et l’Amour ne cesse de poursuivre le seul bien de l’être aimé… « Dieu ne se lasse jamais de pardonner, jamais ! C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon » (Pape François).

« Et toi, petit enfant », dit Zacharie, le père de Jean-Baptiste, en regardant son fils qui vient de naître, « tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur », le Christ Jésus, « et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu, dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix » (Lc 1,76‑79). Le premier cadeau qui nous est offert, à nous pécheurs, est donc « la rémission des péchés », le pardon de toutes nos fautes, de tous nos actes manqués… Et nous constatons que nous retrouvons aussitôt tout ce dont nous étions privés par suite de nos fautes : la Lumière au lieu des « ténèbres », la Vie, une Plénitude de Vie au lieu de « l’ombre de la mort »… Jésus est donc bien « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), avec ce double sens que prend le mot péché dans la Bible : acte et conséquences de l’acte… L’acte est ‘effacé’ par le pardon, les conséquences de l’acte sont effacées elles aussi par ce Don que l’Amour n’a jamais cessé de faire de Lui-même, un Don que Jésus nous rend capables, par ce pardon proposé et reçu, de recevoir de nouveau… Et ce Don nous est communiqué par la Troisième Personne de la Trinité, l’Esprit Saint… « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23), grâce « à l’Esprit qui est Seigneur et qui donne la Vie » (Crédo)…

Cette Vie est la Plénitude d’Être et de Vie que Lui-même reçoit du Père et du Fils en tant qu’ « il procède du Père et du Fils », le Fils recevant Lui-même cette Vie du Père en tant qu’il est « engendré non pas créé, né du Père avant tous les siècles »… Nous retrouvons toute cette dynamique dans les dernières paroles que Jésus a adressées à ses disciples peu de temps avant sa Passion : « J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de son propre chef, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Lui me glorifiera, car il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera. Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit qu’il vous communiquera ce qu’il reçoit de moi ». Autrement dit, l’Esprit Saint nous fait « accéder à la vérité tout entière », qui est celle de Dieu Lui-même, Mystère éternel de Communion de Trois Personnes divines distinctes dans l’unité d’une même Plénitude d’Être et de Vie, « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3), « en nous communiquant tout ce qui doit venir », c’est-à-dire cette Vie du Ciel même pour laquelle nous avons tous été créés. Mais cette Vie nouvelle et éternelle est la sienne : il la reçoit de Jésus en tant qu’il procède (du Père) et du Fils, et il nous la communique dans ce mouvement propre à l’Amour qui en Dieu est Don de ce qu’Il Est en Lui-même…

Le mystère premier de la vie chrétienne réside donc dans l’accueil de ce Don gratuit de l’Amour, ce Don de l’Esprit Saint, Plénitude d’Être et de Vie, Trésor commun du Père, du Fils et du Saint Esprit, Trésor qu’ils veulent offrir à toute personne humaine qui acceptera de le recevoir, dans la vérité… Pour nous pécheurs, cette vérité est celle de nos misères, de nos failles, de nos blessures, de nos faiblesses, mais rien, absolument rien n’empêche notre Père de nous regarder comme ses enfants… Et si le mal fait en premier lieu du mal à celui qui le commet, « souffrance et angoisse à toute âme humaine qui fait du mal » (Rm 2,9), un pécheur est d’abord pour Dieu un enfant en souffrance, et donc un enfant à guérir, un enfant qui demande des soins tout particuliers pour lui permettre de retrouver la paix profonde, fondement du seul vrai bonheur… Un pécheur est donc celui qui mobilise tout particulièrement l’attention de Notre Père des Cieux, ce « Père des Miséricordes » (2Co 1,3) qui, n’étant qu’Amour, ne cesse, inlassablement, de poursuivre notre seul bien… Dès lors, le plus grand pécheur, et donc le plus grand souffrant, sera celui dont l’état bouleversera le plus le cœur de Dieu, et donc qui le plus invité à recevoir ses trésors de Miséricorde, de Compassion et de Bonté, et cela bien sûr, avec un cœur droit, loyal et sincère… Autrement, cela voudrait dire que nous sommes toujours dans le péché, le mensonge, et donc… dans la souffrance intérieure… face à laquelle Dieu ne pourra qu’avoir toujours et encore cette même attitude, cette réaction propre à l’Amour qui ne cesse envers et contre tout de chercher encore et toujours le bien de l’être aimé. « Quand nous sommes infidèles, Dieu lui reste à jamais fidèle car il ne peut se renier Lui-même » (2Tm 2,13) : il Est Amour, en tout son Être, Amour Pur qui ne désire et ne poursuit, inlassablement, que le bien de celles et ceux qu’Il aime… L’invitation qu’il nous adresserait en pareil cas ne pourrait donc qu’être invitation pressante à renoncer à tout mensonge, à tout calcul, pour retrouver une conscience droite et avec elle, le Don surabondant de son pardon et de son Amour pour connaître enfin cette intensité de Vie insoupçonnée, qui est celle de Dieu Lui-même…

Et dans cette dynamique propre à l’Esprit Saint Seigneur, « donner la vie » en donnant « l’Esprit qui vivifie », ce Don spirituel n’opèrera pas simplement le pardon des péchés, le passage de la mort à la vie, des ténèbres à la Lumière, de l’angoisse à la paix, mais il apportera aussi toutes ces richesses propres à l’Amour, ces charismes qui permettront à tous les pécheurs pardonnés que nous sommes de pouvoir rendre témoignage, chacun à sa façon, à la Miséricorde toujours fidèle et surabondante de Dieu… « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier » (1Co 12,4-10), pour son bien et le bien de tous… « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20,29)…

                                                                                                                  D. Jacques Fournier

[1] SPICQ C., “eikon”, Lexique théologique du Nouveau Testament (Paris 1991) p. 429-431.

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