” La Vierge Marie, patronne de l’Ordre des prêcheurs ” (Fr Manuel Rivero O.P.)

Quand vous entendez « Vierge Marie », à quoi pensez-vous ? Qu’est-ce qui vous attire dans la vie de la Mère de Dieu ? Sous quel vocable aimez-vous l’appeler ?

La Réunion, île mariale, invite les chrétiens à se confier à l’intercession la mère de Jésus sous une multitude de vocables comme le montrent les titres de nos paroisses et de nos lieux de pèlerinage : Notre-Dame du Rosaire, Notre-Dame de la Salette, Notre-Dame de la Délivrance, Notre-Dame de la Source, Notre-Dame de la Trinité, Notre-Dame de l’Assomption, Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame du Mont-Carmel, Notre-Dame du Sacré-Cœur, Notre-Dame Reine du monde, Notre-Dame des neiges, Notre-Dame de la Paix, Notre-Dame des douleurs, Notre-Dame du Bon Port, Notre-Dame Auxiliatrice, Notre-Dame au Parasol, la Vierge noire …

Eglise de la Paroisse Notre Dame des Neiges, Cirque de Cilaos

Aujourd’hui nous faisons mémoire de Notre-Dame, patronne de l’Ordre des prêcheurs. Un ancien maître de l’Ordre au XIIIe siècle, le frère Humbert de Romans (+1277), témoignait déjà de la confiance des frères prêcheurs de l’Évangile dans le patronage de la Vierge Marie : « La bienheureuse Vierge Marie fut l’aide principale dans la fondation de l’Ordre … et l’on espère qu’elle le conduira à bon port », écrivait-il à ses frères.

C’est la Vierge Marie qui a voulu l’Ordre des prêcheurs pour que son fils Jésus, le Verbe fait chair, soit connu, loué et aimé.

Les moniales dominicaines commencent et finissent leurs journées en priant la Vierge Maria. Quand je cherchais ma vocation étant étudiant en sciences économiques, j’avais passé quelques jours au couvent dominicain de Caleruega (Espagne). C’était l’hiver. La neige habillait d’un blanc limpide les champs castillans. Le matin, avant l’aube, un frère novice réveillait les autres frères en chantant dans les couloirs. C’était romantique. C’était beau.

Le poète Baudelaire (+1867) disait à propos du père Lacordaire (+1861), dominicain : « Le père Lacordaire est un prêtre romantique et je l’aime ».

Vierge de silence, Marie de Nazareth gardait les enseignements et les événements de son Fils dans son cœur. Elle les priait en les interprétant à la lumière de l’Ancien Testament.

Marie, Paroisse St Martin à Grand Ilet, Cirque de Salazie

Femme, cent pour cent juive, cent pour cent chrétienne, Marie vivait de la parole de la Loi de Moïse, des Psaumes et des prophètes.

Fille de Dieu le Père, épouse du Saint-Esprit, mère et disciple du Fils de Dieu, le Verbe fait chair, Marie a été plongée dans le mystère de la sainte Trinité sans recevoir un baptême d’eau.

Par sa foi dans les paroles de l’ange Gabriel à l’Annonciation, Marie a conçu d’abord don Fils dans son cœur. À l’image du Père qui conçoit éternellement son Fils, Parole intérieure, dans l’amour de l’Esprit-Saint, Marie de Nazareth a conçu d’abord son Fils Jésus dans le silence du cœur par la pensée de foi en Dieu le Père dans l’amour de l’Esprit Saint.

Il nous arrive de dire à quelqu’un : « Excusez-moi, je ne t’ai pas envoyé la lettre que je t’avais écrite en pensée. »

Il en va de même dans le mystère de la sainte Trinité. Dieu le Père pense éternellement son Fils, la Parole vivante. Cette Parole vivante a pris chair en Marie par la foi. Le Verbe s’est manifesté dans l’Incarnation. Dieu, que personne n’a jamais vu, s’est révélé aux hommes en devenant homme.

La Parole de Dieu n’est une vibration de l’air mais la pensée intérieure du Père.

Depuis le commencement du monde, aucun homme n’avait pu imaginer ni voir le mystère de Dieu. La Vie de Dieu s’est dévoilée en Jésus, le Verbe fait chair, né d’une femme.

Marie, Musée de Sens

À l’exemple de notre pensée qui peut devenir lisible dans une lettre, le Fils de Dieu s’est fait connaître en tant homme grâce à Marie. C’est pourquoi, des docteurs de l’Église comme saint Albert le Grand appellent la Vierge Marie « la feuille blanche » sur laquelle Dieu a écrit notre salut. Sainte Catherine de Sienne, à son tour, voyait en Marie le livre où est écrite notre Rédemption.

Cela dit, nous ne sommes pas la religion du Livre mais la religion de la Parole vivante.

« Le silence, père des prêcheurs », dit un dicton dominicain enseigné aux novices comme la voie de la sagesse et de l’union à Dieu.

L’Annonciation, Basilique du Rosaire à Lourdes

Marie est la femme qui écoute dans le silence. C’est dans le silence du cœur que Marie a accueilli l’annonce de l’ange Gabriel : « Réjouis-toi, Marie, comblée de grâce ».

Dieu est silence et Il nous parle dans le silence. Le bruit nous empêche d’écouter Dieu. Le bruit casse nos conversations intérieures avec Dieu.

Femme habitée par le Verbe fait chair, Marie s’empresse de rejoindre la maison d’Élisabeth, sa cousine, qui était enceinte de Jean le Baptiste, pour lui apporter la grâce du Messie, qu’elle portait dans corps, Jésus.

Femme serviable, Marie aide sa cousine âgée à préparer la naissance de son fils.

Femme de louange, Marie chante le Magnificat : Dieu accomplit des merveilles chez les humbles et les humiliés.

La Visitation, Basilique du Rosaire à Lourdes

Femme appelée à la sainteté dans le quotidien, Marie prie Dieu qui aime la vie cachée : « Vraiment, tu es un Dieu caché, Dieu d’Israël, sauveur », s’exclame le prophète Isaïe.

Femme, épouse et mère, elle soutient avec tendresse la foi et le travail de Joseph, en partageant l’éducation de Jésus avec lui.

Membre du peuple d’Israël, Marie aime les pèlerinages à Jérusalem où elle monte en chantant les Psaumes.

Femme, ayant reçu l’allégresse de l’Esprit-Saint, Marie participe aux noces de Cana où elle danse avec les convives, en veillant à la réussite de la fête comme le montre son regard attentif et miséricordieux : « Ils n’ont pas de vin ». Femme ayant les pieds sur terre, Marie s’occupe des choses pratiques et matérielles. Ce jour-là, Jésus changea l’eau en vin et il manifesta sa gloire.

Femme des douleurs sur le Calvaire, Marie est donnée comme mère spirituelle à l’Église qui communie à la Passion de Jésus-Christ.

Première Église, première chrétienne, Marie fait corps avec les apôtres et les disciples de son Fils Jésus lors de la descente de l’Esprit Saint à la Pentecôte, dans la chambre haute, le Cénacle.

Marie, Basilique de la Dormition à Jérusalem

Femme prophète, Marie transmet aux apôtres et aux évangélistes, les secrets de l’avènement de son Fils en son cœur et en son corps. Sans son concourt, saint Luc n’aurait pas pu écrire les événements de l’enfance de Jésus.

Femme non possessive, tournée vers son Fils, Marie oriente l’humanité vers le seul Sauveur, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

Femme d’espérance, Marie prépare le retour de son Fils Jésus à la fin des temps.

Sa maternité spirituelle se déploie dans l’intercession auprès de son Fils. En priant elle touche le cœur de Dieu ; en touchant le cœur de Dieu, elle marque le cours de l’histoire, car Dieu seul en est le maître.

Icône de Marie, Basilique de la Nativité, Bethléem

Demandons à Dieu la grâce d’aimer Jésus comme Marie l’a aimé et d’aimer Marie comme son fils Jésus l’a aimé.

Nous manquons de mots humains pour dire la beauté et la grandeur des merveilles accomplies par Dieu sur l’intercession de la Vierge Marie.

C’est pourquoi nous faisons appel à une multitude de vocables qui n’épuisent pas le mystère de l’œuvre accomplie par Marie en notre faveur. Prions pour notre Église à La Réunion, île mariale, que la Mère de Dieu chérit et protège.

 

                Monastère des moniales dominicaines (Saint-Denis/La Réunion), mai 2020

                                                            Fr. Manuel Rivero O.P.