16ième dimanche du temps ordinaire par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Commentaires des Lectures du dimanche 19 juillet 2015

 

Jérémie 23, 1-6 (“Je ramènerai le reste de mes brebis ; je susciterai pour elles des pasteurs. “) 

Dieu rend ses prophètes lucides sur les événements politiques et sociaux. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont prophètes. Ainsi, Jérémie a prévu la déportation des Judéens à Babylone, dont la première se produira en 597 avant notre ère. Il a composé un livret sévère contre les derniers rois de Jérusalem (Jérémie 21 – 22). Nous en lisons ici la conclusion. Dieu condamne l’incompétence de ces souverains, comparés à des pasteurs selon l’image orientale traditionnelle sur les rois. Il est probable que Ézékiel, dans son chapitre 34 sur les pasteurs et les brebis, s’est inspiré de ces pages de Jérémie

  La condamnation n’est pas le dernier mot. Après l’exil et la dispersion, Dieu, vrai souverain, s’occupera personnellement de son peuple. Il lui donnera des bergers dignes de ce nom. Surtout, il suscitera un « Germe », rejeton qui assure la croissance ultérieure. Ce « Germe juste » ressuscitera la dynastie de David. Il est « juste » sous trois aspects : 1) comme descendant légitime de David, 2) parce qu’en son avènement se manifeste la justice de Dieu, la fidélité à ses promesses ; 3) juste, par la qualité de son gouvernement. Son surnom sera « le Seigneur est notre justice ». Le trait est un peu perfide, puisque ce surnom correspond au nom hébreu de Sédécias (« Le Seigneur est justice »), le roi indécis dans ses alliances politiques néfastes et sous le règne duquel Jérémie conclut son livret contre les rois, avant la catastrophe de l’exil à Babylone.

  Le Germe juste, ou rejeton, évoque le plant nouveau issu de la famille de David (cf. Isaïe 11, 1-2), apportant une nouvelle prospérité. Pour les chrétiens, ce Germe sera Jésus, fils de David, berger qui rassemble « les brebis sans berger » (évangile).

 

Éphésiens 2, 13-18 (“Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité. “)

 

Pour l’auteur, le mystère du Christ se révèle dans une Église qui, à cette époque, unit à égalité des Juifs, issus *d’Israël, et des païens, ici interpellés (« vous »). Rappelons que cet auteur est sans doute, dans les années 80, un disciple de Paul qui entend actualiser le message de l’Apôtre disparu. Ajoutons, en le glosant, le verset qui suit notre lecture : « Vous [chrétiens d’origine païenne] n’êtes plus des étrangers et des immigrés, mais vous êtes concitoyens des saints [chrétiens d’origine juive], et des gens de la famille de Dieu » (Éphésiens 2, 19). Il y a là quelque ironie. Pendant des siècles, les Juifs de la Diaspora ont lutté pour obtenir la pleine citoyenneté dans les pays de l’Empire où ils étaient dispersés. À présent, ce sont les chrétiens d’origine païenne qui demandent leur pleine citoyenneté dans le peuple de Dieu. Toutes ces discriminations n’ont plus d’importance. Dans l’Église, le Christ veut faire de tous « un seul Homme nouveau ». Deux symboles sous-tendent la méditation  déroulée par cette page :

1) Le début et la fin s’appuient sur Isaïe 57, 19. « Ceux qui sont proches » (de Dieu) sont les membres Israël. « Ceux qui sont loin » sont les païens. Mais cela valait pour la période de l’ancienne Alliance. Maintenant, Jésus, le messager de la paix (voir Isaïe 9, 6 ; 52, 7), a réalisé la réconciliation. Il ne l’a pas imposée par la force. Au contraire, acceptant la croix, c’est-à-dire une condamnation proférée par son peuple et le rejetant de fait comme étranger, il a montré que la division menait à la mort.

2) Dans le Temple de Jérusalem, un muret de pierre, assorti de pancartes gravées, séparait le parvis des païens et le parvis d’Israël. L’étranger qui enjambait ce mur était passible de lynchage immédiat. D’un côté, ceux que consacraient « les prescriptions juridiques de la Loi » ; de l’autre, les exclus de l’histoire sainte. Ce « mur de la haine » est aboli. La haine qui a tué Jésus n’avait-elle pas ravalé celui-ci, comme un transfuge, au rang des païens ? 

* Israël. « Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel (…) En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs » (Vatican ii, L’Église et les religions non chrétiennes, § 4).

 

 

Marc 6, 30-34 (“Ils étaient comme des brebis sans berger. “)

Jésus avait choisi *les Douze, il leur avait révélé le règne de Dieu par ses paraboles et ses miracles. Il les avait envoyés pour accomplir une première expérience missionnaire (cf. dimanche dernier). À présent, il va les associer plus intimement à son activité pour que, par la bouche de Pierre, ils découvrent enfin qu’il est le Christ (Marc 8, 29). 

Le cadre 

« Reposez-vous un peu ». C’est un clin d’œil vers le Psaume 22 du bon berger : « Sur des près d’herbe fraîche il me fait reposer. » Car Jésus va agir en berger d’Israël et comme un nouveau Moïse, médiateur du don de la manne nouvelle, « dans un endroit désert ». 

Un retour de mission 

« Venez à l’écart», dit Jésus. Plusieurs scènes de « retour de mission » reviennent à la fois dans les évangiles (Luc 10, 17-24) et dans les Actes des Apôtres (15, 3-4). Elles comportent toujours deux aspects : elles sont un bilan sur la tâche accomplie ; elles sont un temps d’écoute et de contact avec le Maître en vue de nouvelles missions.

  C’est la seule fois où Marc appellent « *apôtres » ces Douze, parce qu’ils viennent d’être « envoyés », selon le sens du mot apôtre qui n’aura son sens plein qu’après la résurrection du Christ. Pour l’heure, ceux-ci font le rapport de leur prédication (« ils proclamèrent qu’il fallait se convertir »), de leurs exorcismes et guérisons, selon Marc 6, 12-13. On voit combien l’apostolat identifie les envoyés à celui qui les envoie. Comme Jésus (Marc 3, 20), ils n’ont pas le temps de manger, tant sont fortes les sollicitations de ceux qui vont et viennent autour d’eux. Comme lui (Marc 1, 35), ses apôtres cherchent un lieu solitaire pour se ressourcer. 

Un passage 

La mention de la barque fait le lien avec les épisodes précédents de la mission de Jésus (cf. Marc 4, 1.35 ; 5, 18.21) et représente l’Église. Mais notons le pluriel : « ils les virent », et non « ils le virent ». Désormais, Jésus et les Douze sont unis dans la même œuvre. Et, puisque l’on vient « de toutes les villes », la mission concerne tout le peuple d’Israël. Enfin, « l’endroit désert » ne sera pas un lieu anecdotique, mais le « désert » biblique où, par Moïse, Dieu avait guidé, enseigné Israël et lui avait donné la manne. Car notre texte sert d’introduction à la première multiplication des pains (Marc 6, 35-44). 

Vers une nouvelle mission 

La caméra de l’évangéliste revient en gros plan sur Jésus. Il est le modèle des apôtres à qui il dira, dans un instant : « Donnez-leur vous-mêmes à manger  » (Marc 6, 37). Sa pitié pour la foule n’est pas simple sentiment humain, c’est la tendresse du Messie pour ceux vers qui Dieu l’envoie. C’est la tendresse du Pasteur, du bon roi qui doit conduire son peuple (1ère lecture) « par le juste chemin » (Psaume). Dans la tradition juive ancienne, les deux pasteurs modèles sont David (Psaume 77, 70-72) et Moïse (Psaume 76, 21). Jésus est le nouveau Moïse qui commence par instruire son peuple, le nourrissant de sa parole avant de lui multiplier le pain ; nourrir par la Parole et par le Pain, c’est déjà le plan de nos célébrations dominicales.

  Dans ceux qui viennent à lui, Jésus voit « comme des brebis sans berger ». L’expression est récurrente dans l’Ancien Testament, notamment dans un épisode concernant Moïse (Nombres 27, 15-17). Ici, dans la pensée de Jésus, telle que la suppose l’évangéliste, c’est le fait que les maîtres d’Israël, prêtres et pharisiens, ont mal dirigé et mal nourri ceux qui étaient confiés à leurs soins. Bientôt, les Douze vont découvrir la véritable source de leur mission, à savoir le regard de tendresse que Jésus porte sur les gens désemparés (« Il fut saisi de compassion envers eux »). 

* Les Douze et les Apôtres. Les deux titres ne se recouvrent pas. Le cercle des Douze est fondé par Jésus (Marc 3, 13-19) comme les chefs de file d’un Israël (Matthieu 19, 28) qui serait renouvelé par l’accueil de l’Évangile. Après la résurrection du Seigneur, ces Douze, dont le leader est Pierre, restent la référence centrale pour les chrétiens. Mais les apôtres sont un groupe plus large, chargés de mission par le Christ et par les Églises, fondant eux-mêmes des Églises et se réclamant d’abord de Jacques, le frère du Seigneur (1 Corinthiens 5, 7). Ainsi, Paul ne s’égale pas aux Douze, mais se considère comme un apôtre (1 Corinthiens 9, 1-2) Il cite aussi d’autres apôtres ou « délégués » (le terme est flou), restés ignorés par l’histoire (Romains 16, 7). On voit la complexité de l’idée de « succession apostolique ». Dans le missel, on comparera avec fruit les deux préfaces proposées pour les fêtes d’apôtres.

 

 

 

 

 

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