17e dimanche ordinaire – Année C – Claude WON FAH HIN

Évangile : Luc 11, 1–13

Jésus en prière1Jésus prie quelque part. Il prie en réalité partout où il se trouve et il est constamment en relation avec son Père. C’est une prière continuelle. De même, pour nous, il nous faut faire une prière continuelle pour rester en contact avec le Christ. –  Mais dire ou réciter une prière ne suffit pas pour rester en lien avec Jésus.  Ce n’est pas le fait de réciter ou de lire une prière qui fait la prière, il faut vraiment le dire avec cœur, avec sincérité, en vérité, en prenant son temps. Il faut même aller encore plus loin et le Pape François nous dit (« Méditations quotidiennes – P.242) : « si l’on veut obtenir quelque chose de Dieu, il faut avoir le courage de négocier » avec Lui à travers une prière insistante et convaincue, faite de peu de mots. Faire comme Abraham, avec sa manière de parler avec Dieu, exactement comme s’il était en train de négocier avec un autre homme ; Il a insisté auprès de Dieu à Sodome et Gomorrhe et est passé de cinquante à dix justes. Si une personne veut que le Seigneur lui accorde une grâce, elle doit aller avec courage et faire ce qu’a fait Abraham, avec insistance ». Cette insistance va jusqu’à ce que l’on ait obtenu la grâce demandée, et ne comptez pas la durée, cela peut être très rapide comme cela peut être très long, sur plusieurs années. Mais si vous voulez absolument une grâce, il faut prier aussi longtemps que nécessaire sans jamais douter que vous l’obtiendrez. 1 Jn 5,14-15 : « 14 Nous avons en Dieu cette assurance que, si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. 15 Et si nous savons qu’il nous écoute en tout ce que nous lui demandons, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé ». « Et si Dieu semble tarder à nous réponde (P.251 – «  Grâce et Miséricorde » – Michel Hubaut), ce n’est pas par indifférence, mais pour nous laisser le temps d’arriver là où il veut que nous allions ». Cela fait partie de ses desseins de salut pour nous. Quand nous prions Dieu, Dieu ne vient pas à nous, c’est nous qui allons vers Lui, « ce n’est pas Dieu qui se plie à mes projets, à mes désirs mais ce sont mes désirs qui rejoignent peu à peu le Désir de Dieu ». Et c’est pour cela que Dieu semble parfois prendre du temps pour nous exaucer, le temps pour nous d’arriver là où Dieu veut nous conduire.

personne en prière

Un de ses disciples lui demande de leur apprendre à prier. Jésus nous rappelle que nous sommes les enfants de Dieu. Et parce qu’il est notre Père, nous devons avoir recours à Lui autant de fois que nous avons besoin de Lui, comme un petit enfant a besoin de son Père, sinon il se sent perdu. Et c’est parce qu’on ne fait pas assez appel au «  Père », que nous nous perdons dans la vie de tous les jours.   Adorer le Père nous fait renaitre à sa Vie en tant qu’enfants de Dieu. Saint Ambroise nous dit : «  Dis «  Notre Père » pour mériter d’être son fils » (CEC 2783). Etre fils adoptif de Dieu implique de notre part une conversion continuelle et une vie nouvelle de chaque instant (CEC 2784). Nous ne pouvons pas appeler notre Père le Dieu de toute bonté si nous gardons en nous un cœur cruel et inhumain envers les autres, car à ce moment-là nous n’avons plus en nous la marque de la bonté du Père. L’expression « Notre Père » laisse entendre que tous ceux qui le disent forment un seul et même peuple. Nous sommes « son » peuple et il est « notre » Dieu, « notre » Père. C’est pourquoi, malgré les divisions des chrétiens, prier le « Notre Père », c’est participer à la prière de Jésus pour l’unité de ses disciples. – « Que ton Nom soit sanctifié ». Il dépend de notre manière de vivre et de notre prière que son Nom soit sanctifié. CEC 2814 Nous demandons que ce Nom de Dieu soit sanctifié en nous par notre vie, par notre manière de vivre. Car si nous vivons bien, c’est-à-dire si nous nous comportons en vrai chrétien,  le Nom de Dieu est béni par tous ceux qui ont une foi tiède ou par ceux qui ne connaissent pas Dieu (et qui nous regardent vivre en tant que chrétiens); mais si nous vivons mal, c’est-à-dire si en tant que chrétien, nous nous comportons mal,  le Nom de Dieu est blasphémé, selon la parole de l’Apôtre : ‘Le Nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les nations (Rm 2, 24 ; Ez 36, 20-22).  Ceux qui ne sont pas chrétiens ne sont pas des aveugles, ils voient bien comment les chrétiens se comportent. notre père2Et selon leur comportement, le Nom de Dieu sera sanctifié ou  non par eux–mêmes et aussi par nous.   « Que ton règne vienne » : Dans la prière du Seigneur, il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ (cf. Tt 2, 13). Mais ce désir du retour du Christ à la fin des temps ne distrait pas l’Église de sa mission dans ce monde présent, il l’y engage plutôt. Car depuis la Pentecôte, la venue du Règne est l’œuvre de l’Esprit du Seigneur ” qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification.   Que le règne de  Dieu arrive dans le monde et dans nos cœurs pour que nous soyons tous sanctifiés en Dieu. Les trois dernières demandes concernent les intérêts de l’homme. – Dans cette prière, le disciple se situe  comme un pauvre qui reçoit tout de Dieu, aussi bien sur le plan matériel (le pain de chaque jour)  que sur le plan spirituel (le pardon  des péchés). Enfin, cette prière exprime l’humilité du fils qui n’a pas la présomption de croire qu’il peut se réaliser tout seul et qui demande à son Père la force de ne pas céder aux tentations du Mal et surtout d’avoir la force de les affronter, comme Jésus, l’épreuve de la souffrance et de la mort.  « Notre pain quotidien » – CEC 2831 Le drame de la faim dans le monde appelle les chrétiens qui prient en vérité à une responsabilité effective envers leurs frères, tant dans leurs comportements personnels que dans leur solidarité avec la famille humaine. CEC 2835 Cette demande, et la responsabilité qu’elle engage, valent encore pour une autre faim dont les hommes dépérissent : ” L’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu ” (Dt 8, 3 ; Mt 4, 4), c’est-à-dire sa Parole et son Souffle. Les chrétiens doivent mobiliser tous leurs efforts pour ” annoncer l’Evangile aux pauvres “. Il y a une faim sur la terre, ” non pas une faim de pain ni une soif d’eau, mais d’entendre la Parole de Dieu ” (Am 8, 11). C’est la mission du chrétien que de faire connaître notre Dieu au monde et de les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.  « Notre pain de ce jour » c’est aussi le sacrement de l’eucharistie. L’Eucharistie est notre pain quotidien. C’est une force d’union : elle nous unit au Corps du Sauveur et fait de nous ses membres afin que nous devenions ce que nous recevons… Ce pain quotidien est encore dans les lectures que vous entendez chaque jour à l’Église, dans les hymnes que l’on chante et que vous chantez.

pardonner– « Pardonne-nous nos péchés ».  CEC 2838 : notre demande ne sera exaucée que si nous avons d’abord répondu à une exigence, celle de pardonner nous aussi à ceux qui nous ont offensés.  CEC 2810 « …Nous ne pouvons pas aimer le Dieu que nous ne voyons pas si nous n’aimons pas le frère, la sœur, que nous voyons (cf. 1 Jn 4, 20). Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme, sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père ; dans la confession de notre péché, notre cœur est ouvert à sa grâce. Souvent, le chrétien, celui qui ne reconnaît jamais son manque de pardon, continue à réciter « pardonne-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé », tout en sachant parfaitement que cela n’est pas vrai dans sa vie quotidienne.  Cela s’appelle l’hypocrisie et il est toujours possible de changer cette attitude avec la grâce de Dieu.  Dans la parabole du débiteur impitoyable (Mt 1821-35),  celui qui n’a pas pardonné est livré à des tortionnaires. CEC 2843 : Mt 18,35 : ” C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur “. C’est là, en effet, ” au fond du cœur ” que tout se noue et se dénoue. Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession ». L’esprit Saint a le pouvoir de nous convertir.

tentation1

–  « Ne nous laisse pas entrer en tentation » (Michel Hubot : « Grâce et Miséricorde » – P.147) : « Ce que nous demandons à Dieu, c’est de nous donner la force de ne pas céder à la tentation,  de ne pas céder à la séduction du Mal, au découragement dans les épreuves, à ne pas pactiser avec le Malin qui cherche à défigurer l’homme et à le détourner de sa vocation de fils de Dieu ». CEC 2846. Nos péchés sont les fruits du consentement à la tentation. Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans le combat ” entre la chair et l’Esprit “. Cette demande implore l’Esprit de discernement et de force. CEC 2847 : «  L’Esprit Saint nous fait discerner entre l’épreuve, nécessaire à la croissance de l’homme intérieur (cf. Lc 8, 13-15 ; Ac 14, 22 ; 2 Tm 3, 12), et la tentation, qui conduit au péché et à la mort (cf. Jc 1, 14-15). Nous devons aussi discerner entre ” être tenté ” (qui n’est pas un péché) et ” consentir ” à la tentation (qui est un péché). Dans notre prière, demandons le discernement de la tentation (afin de reconnaître toute tentation qui peut nous mener au péché) et aussi la force de lutter immédiatement contre cette tentation qu’on a pu discerner. Le discernement démasque le mensonge de la tentation : apparemment, son objet est ” bon, séduisant à voir, désirable ” (Gn 3, 6), alors que, en réalité, son fruit est la mort ». Le tentateur nous fait miroiter de bonnes choses agréables, pour  mieux nous mener au  péché. Tout le monde sait que l’on n’attrape les mouches avec du vinaigre. CEC 2849 Or un tel combat et une telle victoire ne sont possibles que dans la prière. C’est par sa prière que Jésus est vainqueur du Tentateur, dès le début (cf. Mt 4, 1-11) et dans l’ultime combat de son agonie. Et le Pape François le sait très bien quand il nous dit dans ses « Méditations quotidiennes » (2/9/2013) : « Pour qu’il y ait la paix dans une communauté, dans une famille,  dans un pays, dans le monde,  nous devons commencer par être avec le Seigneur (c’est-à-dire le Christ, et personne d’autre). Et là où se trouve le Seigneur, il n’y a pas d’envie, il n’y a pas de criminalité, il n’y a pas de jalousies (dans le cas contraire, c’est que le Seigneur n’est pas avec vous). Là où il y a le Seigneur, il y a fraternité ».  CEC 2849 La vigilance du cœur  est rappelée avec insistance. Mc 13,9 : « soyez sur vos gardes » ; 13,23 : « Pour vous, soyez en garde : je vous ai prévenus de tout »; 13,33 : « Soyez sur vos gardes, veillez, car vous ne savez pas quand ce sera le moment ». L’Esprit Saint cherche à nous éveiller à cette vigilance  (1Co  16,13) : « Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, soyez forts »; Col4,2 : « Soyez assidus à la prière; qu’elle vous tienne vigilants, dans l’action de grâces ; 1Th 5,6 : « ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres » ; 1P5,8 : « Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer ».  On ne peut pas dire que nous ne  sommes pas prévenus.

–  C’est une invitation à persévérer dans la prière, à être « têtu dans la prière », comme il est dit dans l’Évangile d’aujourd’hui,  jusqu’à ce que nous  nous ayons ce dont nous avons besoin.  Dieu ne nous accordera pas toujours aussi facilement les dons, les grâces ou les bienfaits que nous lui demandons. Surtout après chaque prière, n’allez pas vérifier dans les jours qui suivent si vos prières ont été exaucées. Priez et oubliez. Priez de nouveau et oubliez. Prier encore et oubliez. Cela signifie que vous faites une confiance totale en Dieu qui finira par vous exaucer un jour ou l’autre, mais à sa manière. C’est Lui qui décidera du moment où Il nous exaucera et de quel type de grâce nous avons besoin. Priez tant que votre prière n’est pas exaucée à condition que ce que vous demandez s’accorde avec la volonté de Dieu. Jc 5,16 : « La supplication fervente du juste a beaucoup de puissance ».perséverez

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