17ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN (St Luc 11, 1-13)

La miséricorde de Dieu est infinie. Abraham, qui a eu l’initiative de demander au Seigneur de ne pas détruire les deux villes de Sodome et Gomorrhe s’il y trouve 50 justes, met également, par cette demande, une limite à la Miséricorde de Dieu. Et nous avons tort de mettre une telle limite à sa miséricorde. Lorsqu’il prend conscience qu’il ne pourra peut-être pas trouver 50 justes, Abraham demande de baisser le nombre de justes dans Sodome et Gomorrhe : de 50 à 45, puis à 40, 30, jusqu’à descendre à 20 puis à10 justes. Ce sera insuffisant pour sauver les villes. Abraham est pris à son propre jeu. Il a peur d’abuser de la miséricorde de Dieu, comme si Dieu ne pouvait pas descendre en dessous de 10 justes. Il aurait pu demander de sauver Sodome et Gomorrhe même s’il n’y a aucun juste, mais il n’a pas osé. Il lui fallait en quelque sorte une monnaie d’échange. Il est fort probable que parce qu’Abraham est lui-même un homme juste, marchant toujours avec Dieu, ce dernier aurait probablement accepté de pardonner Sodome et Gomorrhe, sans rien demander en échange. Personne ne peut épuiser la miséricorde Dieu, sa miséricorde est infinie. Ep 3,20 nous donne une idée de la miséricorde de Dieu : « Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir ». Ne croyons donc pas que nous pourrons mettre Dieu en colère si nous lui demandons beaucoup, car Il est toujours prêt à faire encore beaucoup plus que ce que nous pourrons lui demander avec foi. Gn 6,9 : Noé était un homme juste et droit parmi ses contemporains : Noé marchait avec Dieu. Et c’est parce que Noé est juste que Dieu sauve sa famille et renouvelle le peuplement de la terre entière. Rien n’a été demandé en retour. Tel fut le cas également pour Jésus-Christ qui est mort pour tous. Dieu n’a pas mis de condition d’avance pour que le Christ nous rachète. C’est bien par pure miséricorde que le Christ nous rachète de nos fautes en donnant sa vie afin que nous soyons justifiés, ajustés sur Dieu le Père, capables de faire sa volonté, et que nous soyons sanctifiés. Maintenant qu’il s’est sacrifié pour nous, il dépend de nous de le suivre ou non. A ceux qui le suivent, maintenant, il nous demande la foi, de croire en lui, d’avoir confiance en Lui, même si quelquefois il semble ne pas entendre nos prières. C’est parce qu’il a intercédé auprès de son Père, une intercession allant jusqu’au sacrifice de la Croix et à la mort, que l’humanité entière est sauvée. Pour qu’une âme ne soit pas sauvée, il faut que jusqu’au bout, même après la mort, elle dise à Dieu : « je ne veux pas te suivre ». Ce sera alors son dernier mot avant d’aller en enfer. Mais c’est elle qui l’aura voulu. Ce ne sera jamais le désir de Dieu d’envoyer quelqu’un en ce lieu de haine et de division. Au contraire, Dieu veut tous nous sauver.

Et c’est «ensevelis avec lui lors du baptême que nous sommes aussi transformés avec le Christ » pour une vie nouvelle en Jésus-Christ : le baptême a supprimé nos péchés pour nous permettre de renaître d’une vie nouvelle dans le Christ. Le deuxième texte d’aujourd’hui nous dit : « 13 Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui! Il nous a pardonné toutes nos fautes! 14 Il a effacé, au détriment des ordonnances légales, la cédule de notre dette, qui nous était contraire; il l’a supprimée en la clouant à la croix ». Le baptême efface nos péchés. Mais si le Christ est mort pour nous sauver du péché, pourquoi donc péchons-nous encore ? Nous continuons à pécher pour plusieurs raisons : d’abord Dieu nous laisse toujours libres de le suivre ou de ne pas le suivre, il ne peut pas nous obliger à Le suivre, ce serait alors une forme d’esclavage. Ensuite, parce que nous avons le libre choix, nous préférons souvent vivre et profiter des plaisirs de la vie sur terre car la vie est courte et nous finissons alors par tourner le dos au Seigneur pour faire passer toutes sortes de choses de la vie avant Dieu. Mais à ceux qui font le choix de Dieu, le Christ nous donne les moyens de Le suivre : nous avons sa Parole mis par écrit dans la Bible, nous avons ses institutions : l’Eucharistie et le baptême, nous avons la mise en place des structures de l’Eglise avec les Apôtres, les prêtres à la Cène (c’est là que se crée le sacrement de l’ordre car les apôtres deviennent des prêtres), et nous avons la prière du Seigneur, le « Notre Père » appelé encore « oraison dominicale ». Et c’est pour que nous soyons toujours avec Dieu que le Christ nous a appris à prier le « Notre Père ». Parfois certains chrétiens semblent chercher des prières « efficaces ». Le « Notre Père » est la prière la plus efficace qui soit, parce qu’il nous vient de Dieu lui-même en la personne de Jésus–Christ.

D’abord, appeler Dieu notre « Père », c’est une révélation de Dieu lui-même. C’est Lui en la personne de Jésus-Christ qui nous demande de s’adresser à Lui en l’appelant « Père », ou « Notre Père ». Jamais, avant cette révélation, personne n’a appelé Dieu « Père » ou « Notre Père ». Ce qui fait alors de Dieu, un Dieu proche de chacun de nous. Il n’est pas inaccessible, Il est là dans nos cœurs, avec nous, en nous, il a fait de nous sa demeure. Nous sommes Temples de Dieu, c’est là qu’Il habite. A nous de ne pas le mettre dehors par nos péchés. Et l’expression « qui es aux cieux », qui se trouve en Matthieu, ne désigne pas un lieu ou un espace mais une manière d’être qui exprime sa majesté divine (CEC 2794). La prière commence par « Notre Père », le mot « Notre » implique que ce n’est pas la prière d’une seule personne, même quand elle prie séparément chez elle ou ailleurs, mais désigne la prière de l’ensemble de tous les chrétiens qui forment l’Eglise. Chacun de nous fait partie du peuple de Dieu qui est l’Eglise. « Prier le « Notre Père » nous fait sortir de notre individualisme, et pour qu’il soit dit « en vérité », nos divisions et nos oppositions doivent être surmontées » (CEC 2792). Avec le « Notre Père », nous prions Dieu avec les paroles mêmes de Dieu, tout comme la « Prière du temps Présent » qui a été réalisée à partir du Texte Officiel de la « liturgie des Heures » et qui comprend de nombreux psaumes et devient ainsi la prière officielle de l’Eglise, prière dite par la plupart des communautés religieuses et qu’on retrouve au moment des Laudes et des Vêpres. Là aussi, c’est prier Dieu avec les paroles de Dieu.

« Que ton Nom soit sanctifié » signifie d’abord « que la personne même de Dieu soit sanctifiée », « que Dieu soit sanctifié », mais il l’a toujours été puisqu’il est Dieu, et Dieu est source de toute sainteté. Si nous employons cette expression, c’est qu’elle est liée à nos propres comportements et à nos propres actions : Dieu est sanctifié chaque fois que nous faisons la volonté de Dieu en tous les domaines, chaque fois que nous faisons une action qui plaise à Dieu. A ce moment-là, les non-croyants et les critiqueurs de chrétiens qui nous regardent peuvent dire enfin : « vraiment leur Dieu est Dieu ». Pour que Dieu soit reconnu comme Dieu, saint, et source de toute sainteté, il va falloir que les chrétiens soient irréprochables, ou tout au moins qu’ils essaient de l’être, car (CEC 2814) « si nous vivons bien, le nom divin est béni, mais si nous vivons mal, il est blasphémé ». Rm 2,14 : « le nom de Dieu, à cause de vous, est blasphémé parmi les païens ».

« Que ton règne vienne ». « Dans la prière du Seigneur, il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ » à la fin des temps (CEC 2818). Depuis la Pentecôte (descente de l’Esprit Saint sur les Apôtres sous forme de langues de feu), la venue du Règne de Dieu est l’œuvre de l’Esprit Saint qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification ». Mais dès aujourd’hui, nous pouvons prier le Seigneur pour qu’Il règne en nos cœurs : Que ton Règne vienne …pour que le péché ne règne donc plus dans notre corps mortel. Et si le Seigneur règne en nos cœurs, nous recevons des signes de ce règne comme nous le dit Rm 14,17 : « le Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint ». Par ces fruits, chacun peut voir si Dieu règne en son cœur. Lorsque nous avons en nous la paix, une paix durable, une joie intérieure malgré les problèmes de santé ou autres, une justification de tous les instants, c’est à dire « ajustés sur Dieu », « en accord avec Dieu », et donc unis au Christ parce que purifiés des péchés, alors le Seigneur règne dans nos cœurs. Il faut alors continuer à Lui dire tous les jours : « que ton règne vienne ».

« Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ». Jésus-Christ nous dit dans l’évangile d’aujourd’hui : « demandez et l’on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira. 10 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira ». N’ayons donc aucune hésitation à demander au Père, au nom de son Fils, notre pain quotidien. Le Pape François, dans ses « Méditations Quotidiennes » (P.96), dit ceci : « Jésus nous met au défi de la prière et dit ainsi: “Tout ce que vous demanderez en mon Nom, je le ferai pour que le Père soit glorifié dans le Fils”. Si vous demandez quelque chose en mon Nom, “je le ferai”. Ayons le courage d’aller à Jésus et de lui dire: « Et maintenant que tu as dit, fais-le! (puisque je l’ai fait selon tes propres recommandations). Fais que la foi avance, fais que l’évangélisation aille de l’avant, fais que ce problème que j’ai soit résolu…” puisque je les ai demandés en ton Nom, et donne-nous chaque jour notre pain quotidien. CEC 2830 : « Le Père, qui nous donne la vie, ne peut pas ne pas nous donner la nourriture nécessaire à la vie, tous les biens ” convenables “, matériels et spirituels. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus insiste sur cette confiance filiale qui coopère à la Providence de notre Père (cf. Mt 6, 25-34). Il ne nous engage à aucune passivité (cf. 2 Th 3, 6-13) mais veut nous libérer de toute inquiétude entretenue et de toute préoccupation ». Ainsi donc, tous les biens matériels et spirituels nous viennent de Dieu. Et (CEC 283) « la présence de ceux qui ont faim par manque de pain révèle une autre profondeur de cette demande. Le drame de la faim dans le monde appelle les chrétiens qui prient en vérité à une responsabilité effective envers leurs frères, tant dans leurs comportements personnels que dans leur solidarité avec la famille humaine ». Dieu n’a jamais voulu la misère de l’être humain, et c’est pour cela que le Christ nous invite instamment à aider ceux qui sont dans la misère afin qu’eux aussi retrouvent leur dignité, matériellement et spirituellement. Car toutes les misères du monde viennent d’une manière ou d’une autre du péché, et donc de l’éloignement de Dieu. D’où cette demande dans l’évangile d’aujourd’hui : 4 « remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit; et ne nous soumets pas à la tentation ». Nous demandons à Dieu de nous pardonner nos péchés afin que nous soyons nous-mêmes sortis de la misère spirituelle, et que, uni à Lui et rempli d’amour, nous nous tournions comme le Christ vers les autres à la fois pour pardonner, pour aider, pour sauver au nom de Jésus-Christ. Mais Dieu nous pardonnera nos péchés qu’à la condition que nous soyons capables de pardonner aussi ceux qui nous ont fait du tort. Prions Marie pour qu’elle nous aide à demander au Père miséricordieux, avec foi, humilité et simplicité, notre pain quotidien.

 

Claude Won Fah Hin

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