La Sainte Famille- Homélie du Père Louis DATTIN

   SAINTE  FAMILLE   A 

Matthieu 2, (13-15 ; 19-23)

  

                    Même   si elle n’a que 120 ans (1892), la fête de la Sainte Famille fait partie du paysage liturgique de Noël‘’. La Sainte Famille ‘’, comme on l’appelle, est proposée aux chrétiens comme un modèle à vivre, à leur tour, dans leurs familles.

La famille, c’est, comme dit le dictionnaire, le Père, la Mère, les enfants mais c’est aussi, dans nos mentalités modernes, la structure sociale, l’institution, la cellule de base de la société et c’est ce second sens qui apparait le plus souvent dans les médias où l’on parle de politique de la famille, de la famille éclatée, de famille recomposée, de famille monoparentale. Et alors, dans ce cas-là, la Ste-Famille ne saurait me servir de référence : difficile de présenter comme modèle, un foyer où l’homme n’est pas le père, où la mère est vierge et où l’enfant prétend venir d’ailleurs.

Dans l’Evangile lui-même, il est dit à Joseph : non pas « ‘’Prends ton fils et ton épouse’’ » mais « ‘’ Prends l’enfant et sa mère ‘’ ».   Que de gens anticléricaux ou mécréants, (mécréants= mal-croyants), ont moucaté le couple Joseph-Marie : cela blesse notre sensibilité religieuse mais, c’est vrai, nous sommes ici, en présence d’un mystère de foi et c’est, comme tel, qu’il faut le prendre.  On peut penser, vu le silence des Evangiles sur le sujet, que les relations étaient harmonieuses dans la maison de   Nazareth : ce qui ne veut pas dire, tout comme dans nos familles, qu’elles aient été toujours faciles.  Une imagerie pieusarde et mièvre a trop présenté la Sainte Famille comme des extra-terrestres à cent lieues des difficultés de la vie de tous les jours.

Comme dans toute famille, il y a eu, à Nazareth, des moments de tension, d’incompréhension, (rappelez-vous l’épisode de Jésus au temple, sa fugue, le désarroi des parents, l’explication, la réconciliation).

La sainteté n’est pas la perfection.  Mais on n’imagine pas Jésus, Marie et Joseph autrement que recherchant inlassablement à répondre, au mieux, à ce que  Dieu  attendait  d’eux.  En  cela, ils  sont  nos  maîtres  pour nos familles.

                    Faute de pouvoir s’établir à Bethléem, le pays originaire de Joseph, ils se réfugient, à cause d’Hérode, non pas en Judée mais en Galilée , région cosmopolite où toutes les races étaient mélangées, à Nazareth, le pays de Marie où ils peuvent être à l’abri du pouvoir.

Vie ‘’ cachée ‘’, selon la formule traditionnelle, ‘’ cachée ‘’ parce que menacée dès le départ : rappelez-vous le massacre des innocents.

                    Et pendant plus ou moins 30 ans, Jésus se tait.  Plus ou moins 30 ans de silence pour, plus ou moins 30 mois de parole, le temps de préparer sa mission, d’en mesurer l’enjeu, d’en définir le projet… Le temps surtout de ‘’ VIVRE AVANT ‘’ ce que l’on ‘’ DIRA APRES ‘’.

Dieu n’est pas bavard et ça nous gêne.  Parce que nous parlons beaucoup, nous aimerions que Dieu en fasse autant !  Mais le silence des Évangiles sur la vie cachée de Jésus en dit beaucoup plus que les récits qu’ils auraient pu en faire.

  • Si  nous  savons  écouter  ce  silence  et  l’écouter  dans  la  foi, ce silence, il en dit long sur le sérieux de l’Incarnation.

S’il n’y a rien à dire sur la vie privée de Jésus, c’est qu’elle fut vraiment une vie privée, marquée comme la nôtre par la simplicité et la monotonie du quotidien : un garçon comme les autres, dans une famille sans histoire, dans un trou perdu de Palestine occupée (Nathanaël dira plus tard en apprenant que Jésus est de ‘’ Nazareth ‘’ : « ‘’Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? ’’ »)  Jésus apprend à marcher, manger, parler, lire, écrire, prier, faire la fête, travailler, rendre service, participer à la vie communautaire, respecter les coutumes, les lois, les règlements.

On serait tenté de conclure: « Circulez, y’a rien à voir».  Et quand Jésus, à plus  de  30 ans, commencera  à  connaitre  la  renommée, une certaine réputation ; qui seront les plus étonnés, les plus surpris ? Les habitants de Nazareth : « ‘’ N’est-il pas le fils de Joseph, le charpentier  de Nazareth, le fils de Marie, nous connaissons sa famille’’. »

Il faudrait se dire, et c’est vrai, à propos de nos expériences humaines : « Dieu a connu ça, Dieu a vécu ça, Dieu aussi est passé par là. »  Gommer de nos esprits le mauvais réflexe de nous dire : « Oui, mais il était Dieu ! » pour ne pas vider de son contenu l’expression de notre foi : « ‘’Et il s’est fait homme ‘’».  Il en dit long, ce silence, sur la valeur du quotidien, pour Jésus et pour nous !

Pendant  30  ans, le salut  du monde  s’est  réalisé  dans un enfant qui grandit, dans un adolescent qui s’épanouit, dans un adulte qui prend sa place dans une communauté de famille, de village… autant que dans le prophète qui parle, guérit, fait  ses  miracles, avant  d’être  crucifié et de ressusciter.  C’est  toute la vie de Jésus ‘’ de la crèche au crucifiement’’ = 30 ans et 30 mois qui nous livrent le profond mystère de Dieu-Sauveur.

                     A la lumière de cette vie de Nazareth, mon quotidien à moi, mon ‘’jour le jour’’, prend toute sa valeur.  Dans la foi, rien de ce qui fait ma vie, aussi minime soit-il, aussi insignifiant soit-il, n’est nul, indifférent ou neutre par rapport au Royaume.   St-Paul vient de nous le rappeler : « ‘’Tout ce que vous dîtes, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus’’ ». Un beau cantique nous le rappelle :  « c’est Noël chaque fois qu’on essuie une larme dans les yeux d’un enfant, qu’on dépose les armes, chaque fois qu’on s’entend, qu’on arrête une guerre et qu’on ouvre ses mains, qu’on force la misère à reculer plus loin, dans les yeux du pauvre qu’on visite, sur un lit d’hôpital, dans le cœur de tous ceux qu’on invite pour un bonheur normal ! » Et pas seulement dans l’extraordinaire ou l’exceptionnel ! Mais dans le banal, le monotone, le quotidien ; si bien sûr, j’ai en moi « ‘’les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus’’ », à commencer, bien sûr, par ce lieu privilégié du quotidien : la famille.

L’Evangile  d’aujourd’hui  nous crie  que cette famille,  contemplée avec attendrissement dans la crèche ou à Nazareth, est une vraie famille et non pas je ne sais quelle famille irréelle. Très vite, elle fut jetée sur les chemins des réfugiés de l’exil par la violence de ce temps-là qui était pire que le nôtre.  Je vous l’assure, jeunes foyers ou foyers moins jeunes, vous  qui  vous  battez  contre  des  conditions    difficiles  de vie

( santé, budget, difficultés d’orientation, chômage, dialogues difficiles, conflits de générations), vous pouvez regarder la famille de Joseph et de Marie : comme toutes les familles, un jour ou l’autre, elle a connu des déchirements, des angoisses ; elle a été ballotée dans les tourbillons de l’histoire et nous revient en mémoire le mot célèbre de Péguy : « ‘’Les pères et mères de famille sont les grands aventuriers du monde moderne ‘’ ».

  • Pour nous, comme pour Joseph, quelle responsabilité ! Il lui est dit : « ‘’Lève-toi ! ‘’ » Dieu veut des hommes debout. Dieu suscite, comme en Joseph, des hommes actifs.  Dans cette page d’Evangile où Joseph, chef de famille a tant d’importance, il est à l’avant-scène, en gros plan ; tous les messages du ciel lui parlent. Mais lui, ne parle pas : il agit, il est responsable. On n’a pas une seule parole de Joseph dans l’Evangile : « ’’Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère ‘’ ».

Dieu veut la vie, Dieu veut l’action dans la responsabilité et il nous a confié, à nous, pères et mères de famille, cette tâche de famille, nous, les parents, en première ligne.  Oh ! Pères et mères de la terre, voyez comme Dieu vous désire debout et responsables, même au sein des situations les plus difficiles à vivre.

Prions, pendant cette messe pour que nous puissions, dans nos familles, apprendre à vivre en responsables, au milieu même des difficultés, comme ‘’ la Sainte Famille’’ !

                                                               AMEN

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