13ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Accueil

Mt 10,37-42

Les lecteurs de ce 13e dimanche nous offrent l’occasion de réfléchir sur l’accueil, sur la “vertu d’accueil”.

La 1ère lecture nous a fait admirer la délicatesse de l’accueil de la Sunamite à l’égard du prophète Elysée. Dans la 3e lecture, celle de l’Evangile, nous entendons le Christ nous dire:

« Qui vous accueille, c’est moi qu’il accueille ».

En ce début de vacances, époque de migrations et de déplacements, nous aurons sans doute l’occasion, soit d’accueillir quelqu’un, soit d’être accueilli à notre tour.

Dans notre quartier, dans notre église, dans nos contacts, nous allons voir des têtes nouvelles, revoir des personnes, parents ou amis que nous avions perdus de vue, et toute cette nouveauté peut provoquer 2 attitudes extrêmes :

   – celle de l’égoïste dérangé dans ses habitudes, avec une attitude de rejet « ils n’ont qu’à rester chez eux », « ce n’est pas moi qui ai été les chercher » : attitude de méfiance et de repli sur soi, voire d’agressivité.

  –   à l’opposé, il y a celui qui est incapable de fermer sa maison, son esprit, son cœur à une demande, une question, un accueil, et sa vie, loin d’en être dérangée, en sera épanouie, dilatée.

Par le partage avec l’autre, sa vie sera illuminée et prendra une autre dimension.

1 – Il y a tout d’abord l’accueil de la porte. C’est l’hospitalité, un art qui est bien caractéristique de cette disposition du cœur de celui qui accueille vraiment : la porte est ouverte et le cœur aussi. Les Orientaux excellent dans cet art, comme cette  Sunamite dont on vient de nous raconter l’histoire. Cet accueil de la porte concerne non seulement l’hébergement des hôtes, mais aussi les multiples services que l’on peut rendre à ceux qui s’adressent à nous : un outil à prêter, un coup de main à donner, un conseil à suggérer, une plainte à entendre, une démarche à faire, un renseignement à fournir. Cela suppose déjà que l’on ne pense plus tellement qu’à soi, mais que l’on soit capable de se mettre à la place de l’autre pour désirer avec lui ce qu’il nous demande. On sort de soi, on se dévoue pour essayer de contenter l’autre, ce qui rejoint l’exigence du Christ dans ce même évangile :

« Celui qui veut garder sa vie, la perdra… celui qui accepte de la perdre à cause de moi, la gardera » et « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche à l’un de ces petits, en sa qualité de disciple, vraiment, je vous le dis, il lui en sera tenu compte ».

2 – Il y a aussi, et ici, nous allons plus loin : l’accueil de l’esprit. Cet accueil-là, on l’appelle souvent “la sympathie” : on essaye d’entrer dans la mentalité de l’autre, de comprendre ses réactions, différentes des nôtres, sa mentalité qui n’est pas la nôtre, sa manière de juger ou d’agir qui ne correspond pas forcément à la mienne. Nous sommes tous différents et pourtant nous avons tous nos qualités : les gens du nord ne sentent pas les choses comme les méridionaux, un musulman ne vit pas et n’a pas les mêmes réactions qu’un chrétien, un noir sera plus sensible à une autre valeur qu’un blanc.

Un jeune n’a pas la même vision du monde que son grand-père, un chrétien ne  réagira pas de le même façon qu’un athée, en telle ou telle occasion et c’est normal et il ne faut pas s’en offusquer.

En face de cette diversité, ce que l’on nomme maintenant “le pluralisme”, certains veulent avant tout affirmer leur identité et se poser en s’opposant. Nous avons alors tendance à rejeter tout ce qui n’est pas conforme à notre manière de penser, à nos manières de faire. Nous sommes normaux et tous ceux qui ne font pas comme nous, qui ne pensent pas comme nous, sont des anormaux. Nous les rejetons, les excluons de notre vie. Nous rejoignons ce refrain de Brassens qui chante « Les gens bien-pensants n’aiment pas que l’on fasse autre chose       qu’eux ». Ils sont la règle universelle et tout le monde devrait s’aligner sur eux : cette attitude s’appelle “le sectarisme”. Nous voudrions mettre tout le monde au même pas : sectarisme qui mène au totalitarisme qui ne veut pas admettre la différence, totalitarisme de droite ou de gauche, comme en Corée de Nord ou en URSS, où il y a un parti unique, une école unique, une presse unique et où l’on n’a, en fin de compte qu’un seul droit : celui de se taire !

Cette étroitesse d’esprit est le contraire de cette ouverture de Dieu qui nous a créés si différents, si dissemblables les uns des autres : diversité de races, de caractères, même les enfants, élevés par les mêmes parents sont si différents ! Et ces différences sont une chance ! Quel ennui, quel drame même si nous étions tous pareils ! Un monde en uniforme !

Opposé au sectarisme, Dieu désire de nous la tolérance. C’est peut-être la qualité dont nous avons le plus besoin à notre époque : savoir accueillir les autres, différents de moi, essayer de les comprendre, les  écouter, même  si je ne partage pas leur

opinion ou leur genre de vie. C’est cela l’accueil de l’esprit. Nous cherchons à découvrir les raisons qui expliquent leur attitude et nous passons de l’uniformité à l’unité. L’uniformité appauvrit, l’unité enrichit car elle me fait découvrir chez les autres des richesses que je ne soupçonnais pas et me donne une  sympathie  à priori pour tout ce qui  est nouveau, différent, insolite, étonnant.

3 – Accueil de la porte, accueil de l’esprit : il nous faut passer au 3e degré de l’accueil, celui du cœur. L’accueil de la porte et celui de l’esprit ne se comprennent et ne s’exercent pleinement que s’il y a accueil du cœur car, en définitive, accueillir :

   c’est donner, se donner,

   c’est, dans son cœur, faire une place à l’autre,

   c’est se gêner, se déranger pour partager avec l’autre,

   c’est donc : savoir renoncer à ses aises, à sa tranquillité, à son confort pour que, celui que l’on accueille puisse aussi bénéficier de ses aises, d’une tranquillité, d’un confort que souvent il n’a pas. Un égoïste n’est jamais accueillant. Vous êtes-vous demandé parfois si vous êtes égoïste ?  Le meilleur test est de vous demander à vous-même : « Serais-je capable d’accueillir, dans ma maison, dans mes idées, dans mon cœur quelqu’un d’autre qui ne me plait pas particulièrement mais qui en a grand besoin ? » Si vous pensez répondre : « oui », c’est bon signe. Tout cet accueil des autres, nous fait rejoindre l’accueil du Christ lui-même dans nos vies.

« Qui vous accueille, m’accueille. Celui ou celle qui accueille un autre, c’est moi, le Christ, qu’il accueille ».

 4 -. Que dire de celui qui, à l’église, dit au Seigneur : «  Seigneur, entrez, venez dans ma vie » et qui, quelques minutes plus tard, va fermer sa porte à celui qui a besoin de lui ?

. Que dire de celui qui, à la communion, tout à l’heure va dire : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison » et qui, dans la même journée, va mettre à la porte de sa maison une personne qui lui demande un service. « Celui qui dit “J’aime Dieu”, nous rappelle St-Jean, et qui n’aime pas son frère qui est à côté de lui, n’est qu’un menteur ».

Accueillir l’autre, l’idée de l’autre, la race de l’autre, l’âge de l’autre, la foi de l’autre, c’est accueillir Dieu dans sa totalité, dans sa diversité et aussi dans son unité : celle de l’amour.

. Non seulement Dieu a accueilli l’homme en détresse mais il a été au-devant de lui, s’est fait homme lui-même, s’est identifié à lui pour pouvoir mieux l’accueillir. Nous chantons aux sépultures « Sur le seuil de sa maison, notre Père t’attend et les bras de Dieu s’ouvriront pout toi ».

Sur le seuil de notre maison à nous, attendons-nous les autres ? Nos bras vont- ils s’ouvrir pour eux ?  AMEN

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