24ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Le pardon

 Mt 18, 21-35

A la fin d’une réunion publique, l’orateur donne souvent la parole à la salle. Alors, quelques fois, des auditeurs posent des questions, parfois longues et compliquées, auxquelles l’orateur répond aussi de manière longue et compliquée. Résultat : un ennui poli dans la salle.

Et puis, parfois, surgit une question si simple, si naïve qu’elle fait sourire et voilà que le conférencier, pour rester dans le ton, donne une réponse, si simple, si limpide, qu’on se dit que ce naïf a rendu service à toute l’assemblée. Merci donc à St-Pierre, aujourd’hui, d’avoir posé cette question à Jésus. Pour nous, chrétiens de vieille souche, la question prête à sourire :

« Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? »

Quelle idée de compter les pardons ! Mais la question n’est pas sotte, puisque nous-mêmes, sans vouloir calculer, nous disons à l’autre : « C’est la dernière fois que je te le dis ! », « Pour une fois, je passe, mais gare à toi maintenant ».

Autrement dit, dans notre langage, nous donnons au pardon une chance, peut-être deux. Mais notre patience a des limites. Nous ne voulons pas passer pour des poires. Nous ne voulons pas être des dupes. Il arrive, comme on dit “que le vase déborde” : « Non, c’est assez. Je t’avais prévenu, tu vas me payer ça ! »

Il m’est arrivé, à propos des absences au catéchisme, de dire « une fois ça passe ; deux fois, ça lasse ; trois fois, ça casse ». Je n’ai pas été jusqu’à trois fois !

Alors, « oui, Seigneur, jusqu’où devons-nous aller ? » Ce serait facile d’avoir un règlement et un compteur à pardons… au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable. Or, Jésus nous répond : « Soixante-dix-sept sept fois sept fois ! » autant dire « encore et encore, sans cesse et sans limite, indéfiniment ».

L’énormité de la somme qu’il remet totalement à celui qu’il convoque : 10 000 talents = 60 millions de francs or, somme fantastique, extravagante. Pour vous donner un point de repère, l’historien Flavius Joseph estime qu’au temps de Jésus, les deux provinces de Galilée et de Pérée payaient 200 talents d’impôts, c’est-à-dire le 50e du chiffre cité par Jésus.

Quel est donc ce roi pour avoir des débiteurs d’une telle somme ? Avec de telles dettes, il n’y a plus qu’une chose à faire, selon la loi païenne du temps : qu’on le vende lui-même, sa femme, ses enfants, ses biens ; l’enfer, quoi ! Le serviteur, inconscient, on ne sait, ou bien renseigné sur la bonté de son maitre, demande et obtient grâce ! Remise totale : « C’est fini ! On n’en parle plus ! »

Deuxième acte : voici notre homme libéré, pardonné, qui rencontre un homme qui lui doit cent pièces, une broutille ! Parlons en euros : 0 million d’un côté, 100 euros de l’autre.

On voit le rapport ! L’autre ne peut pas rembourser : en prison !

Troisième acte : le scandale éclate. On va dire au roi ce qui vient de se passer. Le coupable est châtié après avoir été gracié :

 « Ainsi fera Dieu à l’égard de celui qui ne pardonne pas à son frère ».

Qui donc est Dieu qui exige le pardon de l’autre pour pardonner à son tour et à tout coup ? Il est celui qui peut annuler la dette aussi considérable soit-elle, aussi énorme que soit la faute.

Pour Dieu, il n’y a de faute qu’il ne consente à remettre, qui ne reçoive pas son pardon : encore faut-il le demander, encore faut-il surtout montrer soi-même sa capacité de pardonner aux autres.

« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ” ».

Dans la première lecture, Sirac le sage disait la même chose : « Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait, alors, à ta prière, tes péchés te seront remis » et il nous explique cela par l’alliance, cette Alliance nouée entre nous et Dieu :

« Pense à l’Alliance du Très-Haut et oublie l’erreur de ton prochain ».

Curieuse alliance, si l’on y réfléchit bien: habituellement, une alliance est un traité d’assistance et de défense mutuelles. Mais Dieu n’a nul besoin d’être assisté ni défendu mais il a besoin que l’amour qu’il donne soit répercuté. Les termes de l’Alliance sont donc les suivants :

« Je t’aime, et toi, si tu m’aimes, prouve-le en aimant ton prochain ».

« Je te pardonne, et toi, prouve ta reconnaissance en pardonnant à ton tour, aux autres ».

Au fond, dans cet Evangile, il n’est question que de 2 vérités essentielles : le pardon de Dieu et le pardon des autres.

* Tout d’abord : le pardon de Dieu. La 1ère vérité est que l’homme a besoin du pardon de Dieu, comme nous le disons au début de chaque messe :

« Reconnaissons que nous sommes pécheurs »,

« Seigneur, prends pitié ! »,

« O Christ, prends pitié ! »,

« Dis seulement une parole et je serai guéri ».

Devant le Seigneur, prêt à nous pardonner, est-ce que nous reconnaissons notre péché ? Est-ce-que nous connaissons même notre péché ? Ou bien est-ce-que nous vivons de compromis louches : « Les affaires sont les affaires », ou bien « Y’a pas de mal à ça », « Les autres en font autant, pourquoi pas moi », « Dieu n’en demande pas tant » ?

Dans un mouvement de réconciliation, allons-nous vers le Seigneur lui demander son pardon dans la prière, dans le Sacrement de Pénitence ? Le péché abaisse, le remords tue, mais le repentir libère et le pardon remet debout. Pour retrouver la paix et la liberté intérieure, nous avons besoin du pardon de Dieu.

* 2e vérité aussi importante que la précédente : si l’homme a besoin du pardon de Dieu, il a aussi besoin du pardon des autres. Le pauvre malheureux, avec sa petite dette de 100 euros, a besoin, lui aussi, d’être pardonné. S’il n’a pas obtenu, à son tour, le pardon de l’autre, il reste enchaîné et sa vie est brisée : nécessaire pardon d’homme à homme, de créature à créature.

Est-ce-que nous le pratiquons avec la même générosité que Dieu ? Cherchons-nous à pardonner comme Dieu pardonne à nous-mêmes ? Savons-nous répercuter sur les autres, sur nos proches, la grâce que Dieu nous a faite ?

 Voyez-vous, avoir été pardonné par Dieu (et cela vous est arrivé combien de fois ? Plus de sept fois ?), c’est, pour vous, devenir responsable du pardon des autres parce que nous avons été pardonnés nous-mêmes, nous sommes porteurs de pardon pour l’autre.

Si un jour ou un autre, vous consultez en vous-même pour décider si vous ne calez pas ou si vous pardonnez, à ce moment-là, rappelez-vous tout ce qu’a fait le Père pour vous !

Rappelez-vous la Croix de Jésus pour vous : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Rappelez-vous toutes ces absolutions reçues, à chaque fois que vous êtes allés vous réconcilier avec Dieu… et alors, que nous pardonnions « comme nous sommes pardonnés », nous qui avons beaucoup plus à nous faire pardonner par Dieu qu’à pardonner aux autres.

C’est vrai, ce n’est pas facile car ce n’est pas humain, c’est divin. « Soyez bons, vous autres, parce que moi je suis bon ! » Adoptons, peu à peu, les mœurs de Dieu. Entrons dans sa mentalité, c’est le meilleur moyen de devenir comme lui.

Comme lui, ayons plus d’amour que de mémoire.

Aimons assez pour tout oublier comme lui. AMEN

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