26ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 “OUI ” ou “NON” ?

Mt 21, 28-32

Nous connaissons tous ces deux enfants aux caractères différents évoqués par la parabole de Jésus : s’ils ne sont pas dans notre famille, ils n’en sont pas loin. Chacun de nous peut mettre un nom sur ce gosse à la “tête de mule”, mais au “cœur d’or”, toujours prêt à se rebiffer tant il a peur que l’on attente à sa liberté, mais qui, sans rien dire, va faire ce qu’on lui a demandé. Il est bien connu aussi cet autre, toujours souriant, facile à vivre, répondant au quart de tour, «oui, papa », «tout de suite, maman », mais que l’on retrouve une heure après, toujours plongé dans sa lecture, sans avoir bougé le petit doigt. Nous-mêmes, nous, les adultes réfléchis et sérieux, nous ne parlons jamais à tort et à travers ? Est-ce-que nous faisons toujours ce que nous avons promis ? Nos paroles sont-elles toujours le commencement d’une action ? Ce que nous faisons est-il toujours en accord avec ce que nous avons dit ?

Il est si facile de parler, de promettre, de rêver, de projeter, de s’enthousiasmer. Il est curieux de constater que ces vaines promesses s’appellent souvent des ” belles paroles “. Les intentions sont belles, généreuses, pleines de dévouement – belles, trop belles, parce qu’elles ne sont suivies d’aucun effet – Et de ces paroles, avec les médias, nous en sommes saturés, rassasiés : paroles des représentants d’aspirateurs, paroles de charlatans à peser au kilo, paroles des hommes politiques avec leurs programmes célestes, paroles des faux prophètes, des philosophes, des pseudo-intellectuels, s’entassent et pourrissent dans nos paquets de journaux ou envolées aux quatre vents, repoussées par les paroles de ceux qui disent le contraire.

Paroles, paroles, paroles : c’est le titre d’une chanson fort connue, qui, elle aussi, sera oubliée à son tour.

Eh bien, dans notre vie chrétienne, malheureusement, c’est, hélas, aussi la même chose. Combien de fois avons-nous dit « oui, Seigneur » sans bouger, bien installés dans nos habitudes et nos routines… Combien de fois nous sommes-nous mis à l’abri de l’aventure évangélique, ne laissant au Père aucune chance de transformer notre cœur de pierre en un cœur de chair vis-à-vis sa grâce qui pourrait nous envahir, nous emporter dans un autre monde, celui de la vie divine ?

Nous nous sommes, au cours des années, tellement endurcis, que nous faisons semblant de ne plus être étonnés lorsque le Seigneur nous dit que les publicains et les prostituées nous précéderont au Royaume des cieux !

Et en fait, aucun d’entre nous, n’est prêt à parier un centime sur ces ‟filles des rues” ou sur ces “moins que rien” : pour nous, ils n’ont aucune chance d’être des signes de l’amour de Dieu ? Notre monde pourtant ne manque pas de pauvres, de petits, de prophètes : échos de la voix du Seigneur. Ce que veut dénoncer le Seigneur, dans cet Évangile d’aujourd’hui, ce ne sont pas les bêtises que nous aurons faites en croyant bien faire, non, le véritable scandale, c’est notre passivité, nos ” oui, Seigneur ” qui sont autant de provocations.

Nous serions déjà des saints, mes frères, de grands saints, si nous avions mis en pratique tout ce que nous avons promis au Seigneur « Seigneur, nous irons jusqu’au bout du monde avec toi ».

 

Nous sommes toujours sur la ligne de départ. Nous rêvons notre vie chrétienne, nous faisons des projets, nous prenons des résolutions, nous disons « marchons, marchons» sans risquer un pas en avant !

Et lorsque, par aventure, certains d’entre nous, prennent au sérieux l’Evangile et qu’ils se détachent de notre groupe immobile : l’abbé Pierre, sœur Emmanuelle, Jean Vanier, père Pedro ou mère Theresa, nous les taxons de témérité, d’utopiques, ou nous disons qu’ils ont de la chance d’avoir ce courage, mais que ce n’est pas pour nous ! Et nous restons sur le bord du trottoir à regarder passer ceux qui ont eu la folie de prendre l’Évangile pour le programme d’une vie réelle. Ils n’ont peut-être rien dit, mais ils ont fait !

Heureusement, frères et sœurs, il est toujours temps de quitter nos chemins de médiocrité, de descendre des échelles de nos valeurs terrestres, de quitter les chevaux de nos grands principes : « Tu parles, tu déclares, tu proclames, tu juges, tu rends des sentences sur les uns et sur les autres, tu réformes le monde au café du commerce avec les amis, tu es toujours en train de graisser l’axe du monde avec des gens intelligents comme toi ». Mais qu’est-ce-que tu fais pour ce monde ? Comment réagis-tu dans des situations immédiates dans lesquelles tu pourrais intervenir ? Seras-tu simplement spectateur et solitaire ou acteur et solidaire ?

Rappelez-vous l’Evangile de dimanche dernier, ‟les embauches à la vigne”. Peu importe l’heure à laquelle nous irons travailler à la vigne : à midi, à trois heures, à cinq heures = la seule chose qui compte c’est d’y aller, c’est de se faire embaucher par le Seigneur au service du Royaume de Dieu, au lieu de rester sur place à bavarder gentiment pendant que les autres travaillent à la vigne.

Le chrétien n’est pas celui qui se contente de dire “oui” au Seigneur, ni celui qui se complaît dans de belles paroles ou de belles promesses, ni celui qui a une ” foi cérébrale” en Dieu.

Le Juste, le Vrai, c’est celui qui ayant la foi, la met en pratique, c’est celui qui passe de la “foi ” aux “œuvres“, du “Dire” au “Faire“, de la “parole” à ” l’action” ; autrement dit : celui qui ‟ vit ce qu’il croit ” .

Tout cela suppose une conversion perpétuelle, une mise en question incessante, une dynamique permanente et donne sa chance à chacun quel qu’il soit et cela à n’importe quel moment, qui que nous soyons :

« Le juste pourra mourir dans la perversité, nous rappelle Ezéchiel, et le méchant en se détournant de sa méchanceté peut sauver sa vie ».

Il n’y a rien de joué d’avance « parce qu’il a ouvert les yeux pendant qu’il en était encore temps, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas : il vivra ! »

Savoir saisir l’occasion de la grâce offerte par Dieu, pour changer, pour se lancer, pour aller suivre enfin l’Evangile : tout homme possède à tout moment la chance de refaire sa vie. La main de Dieu nous est toujours tendue ; à nous de la saisir. Souvent nous nous posons la question, que l’on posait déjà au Seigneur : « Qui donc sera sauvé au dernier jour ? »

Il nous est maintenant facile de répondre : « Tous ceux qui auront mis leur confiance dans le Christ, qui auront mis cette confiance en pratique et qui auront persévéré dans leur projet ».

Mais attention ! Le Salut n’est jamais acquis une fois pour toutes.

Nous pouvons dire ” non ” au Seigneur après lui avoir dit “oui “.

Nous pouvons lui dire ” oui ” après lui avoir dit ” non”.

L’essentiel, c’est de demeurer fidèles à votre foi et de vivre de cette foi pour être sauvé. La foi, sans les œuvres, sans la pratique, est une foi morte qui ne peut sauver personne. AMEN

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