32ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Les 10 Vierges

 Mt 25, 1-13

 

Pour bien comprendre cette comparaison choisie par Jésus, il faut savoir comment se passait une noce à son époque et dans son pays. Pendant les fiançailles, les jeunes gens restaient séparés chacun dans leur maison, chez leurs parents respectifs. Le jour de la noce, les parents de la jeune fille allaient chez ceux du jeune homme pour mettre au point les derniers détails au sujet de la dot. Ces palabres orientaux duraient parfois fort longtemps. D’ailleurs, on n’était pas pressé puisque c’est le soir, tard, à cause de la chaleur, que commençait la fête proprement dite.

Pendant ce temps-là, la mariée attendait dans sa maison, en compagnie de ses demoiselles d’honneur, jusqu’à ce que le futur mari arrive et vienne chercher sa fiancée pour la conduire dans sa maison. C’était alors un cortège joyeux, une procession aux flambeaux qui se déplaçait d’une maison à l’autre.

Mais une fois le cortège introduit dans la maison du mari, on fermait les portes, tout de suite, pour éviter que ne s’introduisent de faux invités, des pique-assiettes et aussi de mauvais plaisants toujours prêts à faire des farces de plus ou moins mauvais goût pendant une nuit de noces.

Et voilà une histoire joliment commencée. Les dix jeunes filles du cortège se préparent : la robe, le maquillage, les bijoux.

C’est le grand jour, ça n’arrive pour elles que deux ou trois fois dans leur vie ! Et, vous savez ce que c’est, un jour de fête ; on est plus ou moins affolé, il règne un climat fiévreux, les autres amies qui arrivent déjà, alors on se dépêche : « Ah ! Ma lampe, où est-elle ? Ouf ! La voilà ! Vite, allons rejoindre les autres ».

Les palabres pour le contrat de mariage ont dû être longs, ce soir-là, un peu plus longs que d’habitude. On attend.

L’époux ne vient toujours pas, alors, on s’allonge, et comme toute la nuit, on va danser, il serait sage de prendre un peu de sommeil à l’avance. Pendant ce temps-là, les lampes continuèrent à brûler, car le fiancé peut arriver d’un moment à l’autre. Et tout à coup, dans la nuit, pas loin de la maison, on entend un cri : « Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! »

Dès lors, entre les demoiselles d’honneur, qui, toutes, se sont assoupies, s’opère un tri décisif. Cinq d’entre elles sont dites ‘’prévoyantes’’, sages, avisées : un qualificatif qui traduit moins une sagesse humaine qu’une intelligence active et efficace du projet de Dieu. Celles-là se trouvent immédiatement prêtes à prendre part, ‘’ lampes allumées’’, au cortège qui s’avance à la rencontre de l’époux.

Par contre, les cinq autres, dites ‘’insensées’’ : c’est plus qu’une simple distraction, c’est une attitude spirituelle ‘’d’oubli de Dieu’’. Est ‘’insensé’’ selon la Bible, « celui qui s’égare sur des chemins qui ne sont pas ceux de Dieu ». Celles-là, n’ayant pas su prévoir une quantité d’huile suffisante, se trouvent prises au dépourvu par l’arrivée soudaine de l’époux, le temps de courir chez le marchand, le cortège a déjà pénétré dans la maison nuptiale et la porte de la salle des fêtes s’est définitivement refermée.

Le sens de cette parabole, vous l’avez compris. Un soir, une nuit : la nuit est dans la Bible le symbole du péché. Le sommeil, lui, est le signe de l’engourdissement spirituel.

Un cri retentira : ‘’Jésus !’’ Il est là ! Il vient te chercher ! Il vient t’emmener, te prendre dans son cortège nuptial qui va célébrer éternellement les noces de Dieu avec l’humanité, noces du Christ avec son Église.

Es-tu prêt ? Es-tu capable de te lever immédiatement avec ta lampe allumée, c’est-à-dire avec une vie intérieure éclairée et nourrie par la pratique évangélique, pour aller à la rencontre de celui, qui, nous le savons, doit venir.

 

Tous les dimanches à la messe, nous disons : « Nous attendons ton retour » et « nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ notre sauveur ».

L’attendons-nous vraiment ? Car là est le problème : « Nous ne savons ni le jour ni l’heure » et nous risquons, nous aussi, de nous endormir, d’être pris à l’improviste.

Sommes-nous vraiment prêts à rencontrer Jésus-Christ quel que soit le moment où il se présente à nous, pas seulement à la fin de notre existence dont nous ne savons pas d’ailleurs, quand elle aura lieu, mais aussi rencontre de lui, avec lui, dès ici-bas, à travers telle personne, tel événement, telle parole de l’Évangile ?

Dans nos moments d’obscurité et de doutes, quand c’est la nuit et que le sommeil ou la lassitude nous gagne, sommes-nous prêts à nous dresser et à dire au Seigneur :

«Tu es là, je t’attendais. Dis-moi ce que je dois faire pour t’accompagner, faire partie de ton cortège : j’ai préparé pendant ma vie, assez de force, assez de lumière, assez de foi pour te tenir compagnie jusqu’à ce que nous arrivions ensemble à la salle du Royaume ?»

Sincèrement, nous préparons-nous à sortir avec joie à la rencontre du Christ qui vient nous chercher chaque jour pour vivre avec lui dans le quotidien, et un jour, celui de notre passage vers lui, quand il viendra nous chercher définitivement.

Pourrai-je dire simplement :

« Mais, bien sûr, Seigneur, je t’attendais, je savais que j’avais rendez-vous avec toi ; aussi tout est prêt ; j’ai eu assez de foi, assez d’amour, assez d’espérance pour ne vivre qu’en toi, pour toi, avec toi ».

Le Seigneur nous rappelle aujourd’hui : « Attention ! Une rencontre, ça se prépare ». Il faut, comme dit la rose au petit prince, « s’habiller le cœur ».

 Notre cœur est-il assez habillé ? A-t-il revêtu la tenue des noces auxquelles nous sommes invités ? Avons-nous préparé assez d’huile spirituelle pour devenir lumière pour les autres ?

‘’Vous êtes la lumière du monde’’. Une lumière, on ne la met pas sous la table, mais dessus, pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.

Chrétiens, nous sommes des porte-lumière : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes pour que, voyant vos bonnes actions, ils puissent, eux aussi, être éclairés et rendre gloire à votre Père qui est aux Cieux ».

Cette rencontre : il faut, et c’est là la leçon de cette parabole, la PREPARER. Nous pouvons la redouter ou la désirer. Peu importe, elle est inéluctable. Il s’agit de la préparer avec soin. Comment ? Par un désir toujours plus ardent d’aller vers Dieu et ceci dès maintenant . Nous avons chanté : « Mon âme a soif du Dieu Vivant ; quand le verrai-je face à face ? » En avons-nous si soif que ça ? Si oui, libérons-nous progressivement de tout ce qui nous détourne de lui et ceci, dans la droiture, la simplicité, la pureté du cœur : on ne met pas de l’eau à la place de l’huile !

Je vous livre pour finir cette belle prière de St-Augustin, elle est l’expression de ce que devrait dire notre cœur aujourd’hui :

« Seigneur mon Dieu, Père, Fils et Esprit Saint,

je t’ai cherché autant que je l’ai pu.

J’ai désiré te voir, j’ai beaucoup travaillé à te rencontrer.

Dieu, mon unique espoir,

permets que je ne me lasse jamais de te chercher ;

mais fais que je cherche ardemment ta face.

Donne-moi la force de te chercher,

toi qui m’as trouvé,

toi qui m’as donné, de plus en plus, l’espoir de te trouver ». AMEN

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