Baptême de Notre Seigneur (Mc 1,7-11) – Père Louis DATTIN

Conversion

Mc 1, 7-11

Quand on est en avion, on oublie vite que l’on vole à 10 000 mètres d’altitude, à plus de 900 km/h et par moins 50°. Et puis tout à coup, sans que l’on s’y attende, et c’est en général le moment où les plateaux-repas sont servis, la voix feutrée d’une hôtesse de l’air vous annonce une zone de turbulence : il arrive alors que ce soit le charivari. Au fond, c’est une bonne occasion de réaliser qu’il n’est tout de même pas ordinaire de braver ainsi l’espace et le temps. Bienheureuse alerte qui nous donne l’occasion de comprendre qu’il faut s’adapter à la situation : attacher sa ceinture, ne plus fumer, arrêter de se promener. Bref, il faut changer de comportement.

Dans ce voyage sur terre qui est notre vie, c’est un peu pareil : passagers distraits, nous prenons de l’âge sans tellement nous étonner de vivre. Il est vrai que beaucoup ont des soucis énormes mais combien se comportent en enfants gâtés, en résignés, en indifférents, et puis voilà que survient un coup dur : une déception cinglante, échec traumatisant, amour manqué, grave maladie, accident. Intensément alors, on réalise le fait extraordinaire d’exister. On voit la vie autrement et la mort aussi. On n’a plus le même regard. On change de mentalité et la vie elle-même change !

Changer de vie” : c’est cela la “conversion”. Puisqu’en ce dimanche, nous célébrons le Baptême : “Baptême de conversion”, voulez-vous que nous nous demandions : « La vie que je mène, (ou qu’on me fait mener), ça mène à quoi ? », « Se convertir, qu’est-ce-que ça veut dire pour moi ? »

On parle souvent de conversion comme si c’était réservé aux non-chrétiens. Or, tout homme, toute femme qui désire vivre en plénitude est appelé à se convertir c’est-à-dire qu’il doit s’interroger sur le sens de sa vie pour se tourner autrement vers la vie, car tous, nous risquons d’être détournés du but de notre voyage sur la terre par des radars qui captent le pire ou le meilleur de nous-mêmes.

Prenons en exemple : le radar de l’argent. Combien mènent une vie pour gagner toujours plus d’argent ! Combien sacrifient une vie de famille ou un bonheur limpide pour une situation, une carrière, une ambition dont ils ne récolteront pas toujours les fruits !

Dans ce cas, se convertir, c’est retourner son cœur vers d’autres valeurs. Il y a, nous dit l’Evangile, des valeurs “qui passent” et celles “qui demeurent“. Il y a des valeurs humaines et des valeurs d’Evangile sur lesquelles il faut miser à tout prix. J’ai une nièce qui a comme situation d’être “analyste financière”. Tout son travail consiste à détecter les valeurs financières qui sont solides et qui ont de l’avenir, de celles qui se gonflent momentanément, mais qui sont hasardeuses ; tout cela pour conseiller “les agents de change ” et leur dire “achetez plutôt telle valeur et débarrassez-vous de telle autre qui n’est qu’une fausse valeur”.

Chrétiens, sommes-nous assez analystes, assez avisés pour faire le tri entre ce qui passe et qui n’est pas pour nous, et ce qui demeure et dont nous sommes toujours preneurs ?

Dans le langage de l’Eglise on appelle ça le “discernement“. Avons-nous assez d’esprit critique pour trier ce qui passe et ce qui doit rester ? On disait autrefois dans un langage populaire qu’il ne fallait pas “confondre les enfants du Bon Dieu avec les canards sauvages”. La télé, les médias, la pub nous ont tellement habitués à prendre des canards sauvages pour des enfants du Bon Dieu !

 

Ayons du bon sens. Ne soyons pas emballés par la dernière mode, la dernière vedette ou la dernière théorie. Soyons analystes, nous aussi.

 Et ne croyons pas qu’une conversion c’est l’affaire d’un jour, ça peut arriver : un St-Paul, un Père de Foucault, un St-François- d’Assise en sont les témoins. Claudel ou Clavel-Frossard ont eu ce genre de conversion spectaculaire : ils ont eu des coups de foudre à la manière d’une grande turbulence de l’Esprit en eux.

Mais l’Esprit de notre Baptême, de notre Confirmation ne souffle pas toujours à “force 9” dans la tempête : Dieu peut être également une petite brise et parler ainsi sans bruit, à tel point que l’on est obligé de faire silence, de s’arrêter de parler, pour l’écouter. Le plus souvent, la conversion est un délai de longue durée qui peut continuer une vie entière. Il faut parfois toute sa vie pour se laisser pénétrer par l’Esprit qui convertit pour que Dieu devienne réellement quelqu’un : quelqu’un de crédible, quelqu’un qui compte pour moi.

Donc, à chacun son bonhomme de chemin ; se convertir, c’est déjà se mettre en marche, prendre le chemin de celui qui est le chemin et petit à petit se laisser faire, se laisser conduire par l’Evangile. Sachez que ça n’ira pas toujours tout seul : il y aura des ruptures. On ne peut pas y arriver du jour au lendemain.

Vous le voyez, se convertir, c’est, sans se cabrer, prendre le pli des Béatitudes, un peu comme les arbres au bord de la mer qui penchent tous vers l’est parce que le vent dominant est à l’ouest. Se convertir, c’est prendre le vent de l’Esprit pour que ce soit lui qui nous donne un cœur nouveau. C’est ouvrir son cœur à Dieu et lui dire : « dispose-le comme vous voudrez ».

Il ne s’agit pas seulement de se défaire de ces défauts de fabrication que sont nos travers de caractère, ces inévitables penchants d’égoïsme, de vanité ou de colère. La conversion traverse tout cela et va bien plus loin ! Il s’agit d’acquérir les réflexes du Royaume, se mettre en forme, être en forme, en forme d’Evangile.

Or ce n’est pas facile car il n’est pas habituel d’avoir un cœur de pauvre, de présenter la joue droite quand on vous frappe sur la joue gauche et en dépit de nos idées généreuses de partage et de solidarité que nous affichons, notre compte en banque, notre épargne, nos vacances, nos loisirs, nos soucis parlent plus fort que les Béatitudes, que les appels de l’Evangile : pas facile de convertir notre cœur !

De nos jours, ce n’est plus le ciel qui se déchire pour faire entendre la voix du Père « celui-ci est mon Fils bien-aimé », c’est la terre, nos cinq continents qui s’ouvrent à nous pour faire sourdre au creux de notre désir de vivre, le murmure de cette source qu’est le Baptême :

   « Dis-moi, à travers ta quête de bonheur

     Quel voyage sur terre veux-tu faire ?…

     Que désires-tu vivre qui t’emmène loin, très loin ?…

     Car, au nom de Jésus-Christ, je te le dis…

     Si tu es sans désir,

     Si tu n’es pas cet homme de désir,

     Que signifie se convertir » ?       AMEN

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