22ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

L’humilité et Le service

Lc 14, 1-7.14

Loïc, un jeune de 18 ans, était breton. Il aimait la mer, le vent, le grand large. A chaque week-end, il partait se promener dans les rochers sur la côte et le soir, il revenait radieux, soulé du bruit des vagues, halé par le soleil qui lui fouettait le visage. Son rêve : il voulait devenir (et pourquoi pas ?) “gardien de phare”. Son père, pharmacien, un petit bonhomme, bedonnant et satisfait, circulait derrière son comptoir entre ses pots de tisanes, les pâtes dentifrices et les couches culottes.

« Rien à faire ! Il sera pharmacien », « Vous êtes bien d’accord mon père, il faut qu’il réussisse dans la vie ».

Le dialogue était rompu depuis longtemps entre le père et le fils. L’avenir : un sujet que l’on n’abordait plus ! C’était une chose classée : il sera pharmacien, si possible de 1ère classe et je voyais mon Loïc devenir rêveur, distrait, “à côté de ses pompes” comme disaient ses camarades.

 Je le fis venir et lui conseillai d’écrire une lettre à son père, de bien lui expliquer ce qu’il désirait faire, ses raisons, ses désirs ; que s’il le voulait absolument, il ferait d’abord des études de pharmacie.

Huit jours après, le père, qui, de son côté avait dû aussi réfléchir et se dire que la vie de son fils n’était pas la sienne, lui envoyait un mot : oh pas grand ! Mais magnifique ! C’était écrit : « Mon fils, fais ce que tu désires : il vaut mieux réussir sa vie que de réussir dans la vie ».

C’est exactement ce que le Seigneur veut nous faire comprendre aujourd’hui. Voulez-vous réussir dans la vie ou réussir votre vie ? Réussir dans la vie :

–  parvenir à tout prix aux premières places dans la société ou dans la profession,

–  passer avant les autres par tous les moyens,

– gagner le plus d’argent possible, à force d’intrigues, de passe-droits et de combines, la course à la présidence, la course “au perchoir”,

–  l’attrait des honneurs et de la fortune,

– être un homme considéré, distingué ; même les enfants sont intoxiqués : « C’est moi le chef ! C’est moi le plus fort ! C’est moi la plus belle ! » « Mon papa à moi, c’est lui qui a la plus belle voiture ! »

Heureux ceux qui s’imposent, ceux qui sont durs en affaires. Mentalités d’aujourd’hui, mentalités de toujours.

C’était déjà vrai au temps du Christ : invité à un repas, il voit les gens se bousculer pour parvenir aux premières places, pour se faire valoir aux yeux des autres.

« Ne va pas te mettre à la 1ère place », « Les premiers seront les derniers ». Que veut- il nous dire ?

A ses yeux, ce qui compte, ce qui fait la valeur d’un homme, ce n’est pas la place qu’il occupe ni les honneurs, les décorations, les titres, la fortune, le rang social, la belle voiture ou la belle case. Ce n’est pas de faire partie des “gens bien”.

Ce qui fait la valeur d’un homme aux yeux de Dieu, c’est d’abord son “ouverture”, c’est sa qualité “d’amour”, sa qualité de “service”, celle dont il fait preuve à l’égard des autres.
Dans le Royaume, les vrais “gens bien”, ceux qui seront les premiers : ce seront les doux, les artisans  de réconciliation  et  de paix, ceux qui ont faim et soif d’une justice meilleure pour tous, et même ceux qu’on critique, qu’on insulte ou qu’on persécute à cause de leurs engagements chrétiens qui viennent gêner les égoïstes, les arrivistes, les sales petites magouilles faites de combines, de pourboires, de piston, de dessous de table et de pots de vin. Peut-être que certains n’auraient pas réussi dans la vie, mais ils auront réussi leur vie parce qu’elle était conforme à leur idéal, à leur conscience, à leur droiture et ils découvriront le vrai bonheur : celui qui est, non pas à côté d’eux mais en eux.

Jésus nous suggère de modifier radicalement notre mentalité. Notez bien qu’il ne reproche à personne de vouloir arriver aux premières places dans la société, dans l’entreprise ou dans la fonction publique, si l’on est doué pour cela mais il nous dit :

« Si tu veux être le premier : que ce soit pour mieux servir, pour mieux aimer, pour mieux mettre tes talents et tes capacités au service d’un monde plus juste et plus humain, pour construire peu à peu un monde  qui soit un avant-goût du Royaume de Dieu. Alors, apprends à te  mettre au service des autres, humblement, gratuitement ». C’est d’ailleurs ce que Jésus lui-même a fait : il était Dieu, il était le premier. Il s’est fait homme, homme ordinaire se mettant au service des pauvres, des publicains, des pécheurs, des malades, les guérissant, les relevant, leur redonnant confiance et c’est parmi eux, qu’il a choisi ses amis. Ça n’a pas plu, c’était même gênant de voir ce type qui aurait pu faire une carrière, s’occuper de ceux dont on ne s’occupe pas.

Aussi Jésus fut-il condamné à mort, crucifié entre deux malfaiteurs, mis à la dernière place et « Dieu l’a élevé dans la gloire au-dessus de tout et lui a donné la première place, en lui conférant le titre de “Seigneur”. Et St-Paul ajoute : « Comportez-vous de même, vous aussi ».

Réussir dans la vie ou réussir sa vie… ? Telle est l’option,

le choix que nous avons toujours à refaire. Tout dépend du sens que je donne à ma vie… La réussir aux yeux des hommes ? Ou la réussir aux yeux de Dieu ?

. Où sont mes valeurs ?

. A quoi est-ce-que j’accorde de l’importance ?

. Au prestige ou au service ?

. A la carrière, fut-ce en marchant sur les autres ?

. Ou à l’ouverture de mon cœur fut-ce en gênant ma promotion ?

. A être admiré, respecté, honoré ? Ou être le serviteur anonyme qui préfère soulager sans être vu, donner discrètement ?

. A regarder sans cesse ceux qui sont au-dessus de moi, pour me hisser à leur niveau et devenir leur égal ? Ou à prêter attention à tous ceux qui sont au-dessous et qui me regardent, attendant de moi, un geste, un peu d’amour, d’attention ?

Réussir ma vie ou réussir dans la vie : il n’y a guère de compromis possible si l’on compare la mentalité d’un “monde mondain” et du “monde chrétien”: il faut choisir et de plus en plus… car nous assistons à une dérive qui va accentuer encore la parole du Christ : « Vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde ». Ne nous enfermons pas dans notre petit monde habituel. Ne vous enfermez pas dans vos relations sociales toujours les mêmes. On se retrouve toujours entre gens du même niveau social, culturel, professionnel, entre gens du même bord.

« Qui se ressemble s’assemble », dit le proverbe.

Ça ne veut pas dire qu’il faut casser notre réseau relationnel, mais  essayons de l’élargir, avoir l’occasion de briser nos cercles étroits dans lesquels nous nous enfermons. Pourquoi ?

1) pour faire comme le Christ qui ne s’est pas enfermé dans un petit cercle social. Il fréquentait tout le monde ! Pauvres et riches, grands et petits, justes et pécheurs. Il nous invite à faire comme lui. Pourquoi ?

2) parce que nous sommes tous frères et que pour un chrétien, il ne peut y avoir d’étranger. Et qu’en pratique, un proverbe nous dit qu’il faut faire effort pour nous rapprocher les uns des autres :

– « Quand je l’ai aperçu de loin, j’ai cru que c’était une bête.

– Quand il est devenu plus proche,

  j’ai vu que c’était un homme.

– Quand je me suis approché encore,

  j’ai vu que c’était mon frère ».            AMEN

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