20ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le feu sur la terre

Lc 12, 49-53

L’Evangile, frères et sœurs, n’a pas fini de nous surprendre et même de nous étonner… peut-être même de nous scandaliser ! Que de paradoxes, de contradictions apparentes dans ces déclarations de  Jésus ! C’est  le  même  qui  dit :

« Je vous donne la paix », « La paix soit avec vous »,  celui dont on a dit à sa naissance : « Il sera appelé “Le Prince de la paix” » et  dont  les  anges, dans  la  nuit  de  Noël,  chantaient «  Paix aux hommes de bonne volonté » et qui nous assure aujourd’hui : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non… mais la guerre ! ».

Jésus chasse les vendeurs du temple avec une vigueur qui n’a rien de pacifique et ensuite il déclare : « Si l’on veut prendre ton manteau, laisse aussi ta tunique ». Il prêche l’amour de la famille : « Tu aimeras ton père et ta mère » et quelques instants plus tard : « Celui qui vient à moi sans haïr son père et sa mère et jusqu’à sa propre vie n’est pas digne de moi ».

On n’en finirait plus de relever les paradoxes de cette taille et, dans la vie même de Jésus, des manières d’agir qui semblent diamétralement opposées.

Mais, dîtes-moi, dans notre vie, n’est-ce-pas la même chose ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, très partagés ? N’avons-nous pas, nous aussi, des comportements assez différents selon les moments de notre vie, à cause de tendances intérieures que nous ne contrôlons pas parfaitement : tous ces courants opposés qui nous traversent et qui, en fin de compte, forment la richesse de notre personnalité ?

La  Loi  juive  était  gravée  sur  une  pierre :

“Les tables  de la Loi”. C’est commode d’obéir à une Loi qui reste extérieure à soi ! Maintenant ce n’est plus pareil ! L’Esprit évangélique, lui, bat dans un cœur qui oscille comme l’aiguille de la boussole, qui doit mettre du temps à discerner puis à se décider pour une solution qui, la plupart du temps, ne sera ni toute noire, ni toute blanche. C’est ce qui fait toute la différence entre une machine et un homme, entre un ordinateur et un homme, entre une secte et l’Eglise qui, elle, est attentive à toutes les situations humaines, très soucieux de ne rejeter aucune valeur au profit des autres. Tout, absolument tout, ce qui est humain et qui peut valoriser et épanouir l’homme, doit être assumé par l’Eglise qui a ensuite à le sanctifier et à l’intégrer dans une vie spirituelle.

L’Eglise est dans le monde, sans être du monde. Mais parce qu’elle est dans le monde, elle ne doit rien rejeter de ce qui est humain : au contraire, elle doit l’assumer pour le sanctifier, d’ailleurs cette Eglise est comme la torche actuelle du feu de l’Evangile. N’aurions-nous pas tendance, par peur du risque, par crainte de l’aventure, à domestiquer ce feu qui ne doit pas être enclos pour réchauffer un cœur solitaire, mais attisé par le vent de l’Esprit, devenir la tempête de la Pentecôte, pour gagner et brûler toutes les terres païennes, y compris les nôtres ?

N’avons-nous pas oublié un peu trop cette démarche fondamentale du chrétien : le changement, la conversion, le chambardement, la remise en cause… notre monde n’a t- il pas besoin d’être profondément modifié ?

N’est-il pas vrai que le pauvre continue à s’appauvrir et que le riche continue à s’enrichir ? Et que l’air de ce monde devient irrespirable pour beaucoup ? Ne sentons-nous pas la nécessité de changer en nous et autour de nous, plein de choses pour pouvoir devenir heureux ? “S’éclater”, disent les jeunes, il y en a beaucoup parmi nous à qui ça ne risque pas d’arriver tout de suite !
Changer notre manière de prier par exemple ; l’Ecriture dit : « Dieu aime celui qui donne en riant ! ». Donner en riant, prier en dansant, “offrir des fleurs avant le pain” disaient le fondateur des petits frères des pauvres.

Tout cela, frères, n’est pas un programme pour l’an 2000 qui nous permettait d’ici-bas, une certaine tranquillité. C’est  le message  dont nous avons  besoin  aujourd’hui, ce n’est pas demain, c’est aujourd’hui, c’est maintenant, pendant cette messe que nous apportons au Christ Jésus ces sentiments contradictoires qui habitent notre cœur. Devant lui, nous avons à poser nos désirs les plus étonnants ; devant lui aussi, déposons la pesanteur et la sclérose qui nous envahissent parfois.

De lui, nous recevons l’invitation à bouger, mais aussi l’invitation à accueillir ceux qui osent bouger, tous ceux qui osent changer.

L’Esprit souffle sur le feu, non pas pour l’éteindre, mais pour l’attiser. L’Evangile est un feu. L’Eglise n’est pas une bande de bons copains, ni un club de gentlemen, le baiser de paix que nous échangeons n’est pas une mondanité.

Nous, frères et sœurs, comme Jésus, nous devons être des incendiaires. « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » Vous le savez, les agriculteurs, après la récolte précédente, ont l’habitude d’incendier le sol pour le renouveler. « Je suis venu apporter le feu sur la terre ». L’amour, allumé en nos cœurs doit se faire dévorant ! Nous devrions avoir pris  feu : l’amour  n’est-il pas une passion ?

Nous, nous sommes enflammés et l’amour veut tout.

Il est sans partage. Non seulement il ne faut pas éteindre la mèche qui fume encore, mais, précisément, il faut la ranimer, faire reprendre le feu et prendre les risques d’un nouveau brasier.

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