16ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Marthe  et  Marie

 Lc 10, 38-42

« Méfiez-vous ! » « On ne se méfie jamais assez ! »

Notre monde est plein de ce cri. « Méfiez-vous des patrons, méfiez-vous des ouvriers, méfiez-vous des étrangers, des arabes, des voisins, des gendarmes, des voleurs,… que sais-je ».

« Méfiez-vous ! » et si vous n’entendez rien, c’est que, plus subtilement, on vous dit : « Prenez une police d’assurance, achetez un antivol, défendez vos droits ». Derrière toutes ces expressions aussi, il y a la méfiance.

Mais peut-on faire autrement ? Dans un monde de plus en plus malhonnête, combinard et violent, est-il possible de ne pas être méfiant ?

Permettez-moi, avant de vous répondre, de vous raconter une petite histoire. On la raconte, paraît-il, aux petits Chinois qui demandent la différence entre le ciel et l’enfer…

L’enfer, leur dit-on, est un lieu où se trouve un énorme tas de riz délicieusement préparé. Autour, il y a des gens maigres, désespérément maigres, affamés, car, en enfer, on ne peut  manger le riz qu’avec de très grandes baguettes, plus longues que les bras et ces baguettes sont attachées à la main et on a beau tordre sa main dans tous les sens, comme les baguettes sont trop longues, il est impossible de déposer ce qu’elles portent, dans sa bouche.

Le Paradis est aussi, dit-on, un lieu où se trouve un énorme tas de riz délicieusement préparé, comme en enfer. Mais là, les gens sont  joufflus et bien portants. Pourtant, eux aussi, ont de grandes baguettes attachées aux mains, mais ils ont trouvé un truc : renonçant à se nourrir eux-mêmes, ils se servent de leur longue baguette pour nourrir leurs voisins et, comme on est au paradis, personne n’est oublié !

Souvent, on entend dire que la vie est un enfer, que les gens sont méchants, que beaucoup vivent dans la solitude. Alors je pense que nous avons des baguettes aux mains : la voiture, la case, la télé, le lave-vaisselle, les avantages acquis, les vacances, l’argent, la culture. Nous avons trop de choses à protéger : alors nous avons peur des autres. Nous ne leur faisons pas confiance, alors, nous nous isolons et c’est l’enfer !

Pourtant, aujourd’hui, le tas de riz est grand et il y a des richesses  à  partager,  mais  l’envie,  la  jalousie  et  la  méfiance sont là qui plantent la haine partout… et le malheur… En fait, l’homme est ainsi fait qu’il ne peut pas vivre seul : il nous manque toujours quelque chose. Nous avons besoin des autres, et si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain et là, je l’affirme bien fort : sans les autres, nous ne pouvons rencontrer ni Dieu, ni le bonheur.

C’est bien ce qu’avait compris Abraham, dans la 1ère lecture. Il vit dans le désert, il est seul. Trois hommes se présentent : il pourrait les tuer, les voler, au moins se méfier. Non seulement, il les accueille, mais il leur donne ce qu’il a de meilleur. Il leur prépare un festin de roi. C’est déjà bien, mais allons plus loin : en fait, celui qu’Abraham accueille et qu’il ne connaît pas, c’est Dieu, Dieu lui-même.

A chaque fois, nous aussi, que nous accueillons quelqu’un, que notre cœur et nos mains s’ouvrent aux autres, c’est Dieu lui-même que nous accueillons. Jésus nous le rappelle dans l’évangile : « Qui vous accueille, m’accueille », et Dieu répond à l’accueil d’Abraham en accomplissant son désir le plus cher : il aura un fils, Isaac. A l’accueil, Dieu répond par le don. A celui qui saute dans l’inconnu, qui se risque, qui ne se méfie pas, Dieu donne le bonheur.

 Allons encore plus loin : voici maintenant dans l’évangile, Marthe et Marie, les deux sœurs. Marthe accueille Jésus de tout son cœur : l’hospitalité en Palestine, c’est sacré, même si l’on est très pauvre. Marthe veut faire voir au Seigneur tout l’amour qu’elle a pour lui. Jésus a certainement apprécié les allées et venues de Marthe et pourtant, il y avait mieux : c’était l’accueil de Marie, assise aux pieds du Christ.

Jésus nous rappelle dans l’évangile que l’on n’a pas à se soucier de ce qu’on doit dire pour se défendre, de ne pas se soucier pour la nourriture ou le vêtement. Tous ces soucis de la vie qui détournent de l’essentiel. Il y a une rencontre plus belle que celle de Marthe et du Seigneur, c’est celle de Marie avec Jésus. Elle écoute la parole de celui qu’elle accueille, elle sait que Dieu parle par lui, elle sent que Dieu veut nous parler et que l’accueillir, c’est d’abord accueillir son message, sa nouvelle d’amour, l’annonce de sa tendresse. Or, mystérieusement, toute personne a quelque chose à nous dire, si nous l’écoutons vraiment, même une personne ennemie.

Ce que Dieu promet, c’est le bonheur à tous ceux qui, en la personne de l’étranger, s’ouvrent à l’autre, sans méfiance, sans se faire de souci.

« Marie a choisi la meilleure part », dans celui qu’elle accueille, elle entend Dieu et en entendant Dieu, elle n’a plus aucun souci à se faire. Peut-être, vous direz-vous : « C’est impossible ». Dans la vie courante, chacun est bien obligé de se faire du souci et même parfois, de se méfier. C’est vrai, mais ce n’est pas l’idéal et nous devrions essayer de nous en sortir. 

Foi et confiance : ça va ensemble. On met sa foi en l’autre parce qu’on lui fait confiance. Sans confiance, notre foi est vaine. Qu’avons-nous admiré chez un Martin Luther King ? Sa foi, sa confiance et Dieu sait pourtant s’il a eu des épreuves : il en est mort.  Qu’admirons-nous chez la mère Theresa de Calcutta ? Est-ce sa méfiance ? A-t-elle pris une assurance-vie ? C’est son accueil, son respect, son amour des plus petits.

Qu’est-ce-qui nous frappe chez un Jean Vanier qui organise des villages entièrement gérés par des handicapés ? Chez un abbé Pierre qui a construit des milliers de maisons avec les chiffonniers d’Emmaüs pour des milliers de sans-logis ?

Chez Sœur Emmanuelle qui a vécu sur la plus grande décharge des ordures du monde, au Caire, en Egypte ? Elle nous donne la réponse : « Un soir, raconte-elle, j’étais dans ma cabane. J’entendais une chanson. C’était Fauzeya, ma voisine, une femme misérable, vivant dans une saleté indescriptible, battue, ne sachant ni lire, ni écrire. Elle chantait les versets de l’Evangile, les paroles de la vie : elle était sûre de son salut, sûre que le Christ l’aiderait, elle, et ses nombreux enfants ».

Pour elle, comme pour nous, l’échec, le mal, la souffrance, la mort, tout cela est écrasé par la Résurrection ! Avec foi, avec confiance, nous aussi, accueillons les autres. C’est la meilleure façon de recevoir Dieu dans ma maison.  AMEN

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