5ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Appelés par le Seigneur

Lc 5, 1-11

« Désormais, je te ferai pêcheur d’hommes ». Telle est la déclaration de Jésus devant Pierre, à genoux aux pieds de Jésus, au milieu de tous ces poissons entassés dans la barque, avec les filets déchirés par la quantité de la prise.

La mer, chez les Juifs, n’a pas bonne réputation. Le peuple hébreu n’a jamais été marin et l’océan, pour eux, même s’il s’agissait d’une bien petite mer, comme celle du lac de Tibériade, signifiait l’inquiétude, le mouvant, l’abîme, la noyade.

La mer était le symbole des puissances mauvaises, le repaire des monstres, si bien que l’apôtre St-Jean, dans son livre de l’Apocalypse, nous décrit le monde merveilleux qui s’accomplira, à la fin des temps, en nous déclarant avec soulagement : « Alors, il n’y aura plus de mer » c’est-à-dire “Les puissances du mal seront définitivement vaincues”. Aussi,  lorsque Jésus déclare à Pierre :

« Désormais, ce ne seront plus des poissons, mais des hommes que tu retireras de la mer », le sens devient plus clair : « Désormais, ce sont des hommes, des femmes, des enfants que tu devras sauver, délivrer du mal, libérer de la mort ».

Nous n’avons pas la même idée de la mer. Il n’y a qu’à voir l’été, les foules qui s’entassent sur les plages, le nombre de planches à voiles et de bateaux, la masse des baigneurs et des skis nautiques. Mais nous savons bien, et les marins pêcheurs plus que d’autres, que la mer reste dangereuse, qu’il y a des noyades, des naufrages, des requins, des tragédies de la mer. Le symbolisme est toujours présent.

Nous aussi, nous voyons toutes sortes de choses qui risquent de nous engloutir et de nous éloigner définitivement de la terre ferme de la foi. En voici quelques exemples.

  • La course à l’argent, le souci d’avoir toujours plus, de gagner toujours plus : n’est-ce-pas la principale préoccupation des gens. On se dit :

” Il faut tenir son rang “,

” Un tel a eu de l’avancement et pas moi “,

” Les voisins ont eu une automobile dernier cri “,

” Ils viennent d’acheter une télévision  à écran plat “,

” Et cette moto que vient d’acquérir le fils de nos amis “,

” Et ce voyage à l’étranger que viennent de faire les cousins “

 et l’on court ainsi vers le ” toujours plus “.

On appelle ça, ” le progrès ” : on s’y noie, on ne pense plus qu’à ça, on fait des heures supplémentaires, on fait travailler sa femme, on se met des crédits et emprunts sur le dos, on n’arrive plus à s’en libérer, à tenir la tête hors de l’eau sans se demander : « Tout cela, qu’est-ce-que le Christ en pense ? »

L’argent, le confort, le bien-être, le matériel n’envahissent-ils pas nos vies comme un raz de marée ? Un tsunami ?

Ils deviennent même le but de notre vie alors que le Christ nous dit : « Ta vie, elle est faite d’abord pour aider les autres, pour vivre en frère avec eux, pour bâtir le Royaume de Dieu qui est aussi le nôtre ». Au lieu de cela, on se noie dans toutes sortes de soucis dont on devient prisonniers.

Jésus dit à Pierre:

« Tu seras  pêcheur  d’hommes » » : tu aideras tes frères à ne pas se noyer dans toutes sortes de préoccupations matérielles dont on  devient  vite  prisonnier. Tu les aideras à se libérer de l’argent qui  n’est  qu’un “moyen  de  vivre” et  non  pas  une ” raison de vivre “.

  • Risques de noyades, pas seulement par l’argent, mais aussi par l’intolérance. Nous devenons de moins en moins tolérants.

Etre tolérant, c’est accepter que d’autres n’aient pas les mêmes idées que nous. Nous n’approuvons pas, mais nous devons respecter les opinions différentes des nôtres. Or, actuellement, une vague d’intolérance submerge nos mentalités. Elle nous rend méprisants, hautains et dédaigneux pour ceux qui ne pensent pas comme nous.

Certes, le combat politique est normal et le pluralisme est une bonne chose. Une confrontation loyale entre des projets divers pour la commune ou pour le pays fait partie d’une règle de conduite chrétienne. Ce qui l’est moins, c’est une lutte à mort entre adversaires où toutes les armes sont bonnes pour dénigrer l’autre et l’abattre, un égoïsme qui nous rend aveugles et sourds aux autres. Oui, nous avons des responsabilités civiques, politiques, communales et Jésus nous dit: « Tu seras pêcheurs d’hommes » c’est-à-dire que tu travailleras à libérer tes frères de toutes leurs chaînes, tout ce qui tend à les engloutir. « Libère-les de l’injustice, de la méchanceté, de la jalousie, de la mesquinerie ».

  • Mais il y a une troisième cause de noyade, pire encore que celle du matérialisme ou celle de l’intolérance, c’est celle de l’indifférence, celle de Pilate qui se lave les mains devant la mort d’un innocent : « Les autres, autour de moi, ça m’est égal, je n’en suis pas chargé », « Je tire mon épingle du jeu »

« Après tout, qu’ils se débrouillent, je n’en suis pas responsable ». Il y a des gens qui sont seuls, d’autres qui sont plongés dans la pauvreté, il y  en  a qui souffrent, qui sont  prêts à se noyer, asphyxiés  qu’ils  sont  par un deuil, une séparation, une addiction, un chômage, une  hostilité,  une  méchanceté.

 

Etre ” pêcheurs d’hommes ” :

– c’est se faire le sauveteur de tous ces hommes en perdition,

– c’est sauver ses frères de toutes ces noyades,

– c’est travailler à les mettre à l’abri de tous ces dangers. Rappelez-vous ces canots, en Méditerranée, où l’équipage au péril de leur vie, va au-devant des immigrés en perdition, pour essayer d’en sauver quelques-uns ; d’ailleurs, quand un bateau est  en  péril, chaque  passager  essaie  de  se  sauver  tout  seul, “chacun pour soi”, alors qu’on devrait, plus encore, se sentir solidaires. C’est ensemble que nous devons nous sauver, nous libérer. « On ne se sauve qu’en essayant de sauver les autres ».

  • Aujourd’hui, Jésus nous dit comme à Pierre : « Je fais de toi un pêcheur d’hommes », je t’embauche pour devenir responsable de tes frères, pour les libérer de leur matérialisme, de leur intolérance, de leur indifférence. « Avance au large », c’est-à-dire : sors de tes petits soucis personnels pour être à l’écoute de ceux qui vivent à côté de toi. Tes petits soucis personnels de confort ou d’argent, c’est si peu de choses à côté des enfants de Calais qui meurent de faim, des prisonniers politiques, des martyrs du Soudan, des milliers de lépreux, des milliers de foyers qui s’entredéchirent, des chômeurs pères de familles qui cherchent un travail, du terrorisme international qui se déchaîne.

Tous, nous devons nous sentir responsables, chacun à notre place. N’oublions pas que lorsque nous paraîtrons devant le Seigneur, ce sera la seule question qui nous sera posée et à laquelle nous aurons à répondre. Le Seigneur nous demandera : « Qu’as-tu fais de ton frère ? » AMEN

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