2ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Cana

Jn 2, 1-11

Avez-vous remarqué, frères et sœurs, que le 1er miracle accompli par Jésus, fut précisément un miracle non utile, non nécessaire, non rentable, mais simplement un petit geste pour que la vie soit agréable et heureuse.  Le 1er miracle eut lieu au cours d’un repas de noces : il ne s’agit nullement d’un accident grave, d’un malade à sauver ou d’un mort à ressusciter. Non ! Tout simplement : « Tiens ! Il n’y a plus de vin ! ». C’est tout… avouez que pour le salut du monde, c’est une bricole, un détail sans importance.

Jésus, vous êtes tous bien d’accord, est venu sur la terre pour des affaires autrement plus sérieuses… alors ? Un grand miracle, ce 1er miracle ? Peut-être le plus grand et le plus significatif ! Le plus lourd de sens pour faire voir et expliquer ce que Jésus est venu faire parmi nous. Et le Christ, sur la demande de Marie, va le faire, pour que, dans une petite noce de campagne, les convives, ayant déjà bu, un peu plus qu’on n’avait prévu, puissent être dans la joie jusqu’au bout, sans histoire, sans regrets, sans ombre au tableau de cette journée de fête… pour que l’ambiance y règne jusqu’à la fin.

Si nous sommes un peu surpris, c’est que nous nous faisons parfois une idée fausse de notre religion et des désirs du Christ pour nous. Pour beaucoup, en effet, souvent parmi les jeunes qui n’ont pas eu encore le temps d’approfondir : religion est synonyme d’embêtant, d’ennuyeux, de sérieux, il faut “bien se tenir”, il ne faut  pas  sourire !

Ils s’imaginent qu’être chrétien, c’est entrer dans un vaste réseau d’obligations, de menaces, de commandements, avec du “permis” et du “défendu”, participer à une entreprise de salut où la joie et la fête ne sont pas de mise, et puis… il doit s’agir d’abnégation, de renoncement. Bref, “du pas drôle du tout”. Quant au bonheur, il n’en est guère question pour aujourd’hui… ce sera peut-être pour demain… ou pour après-demain, et encore, si tout va bien !… pour le ciel, mais pas pour la terre !

Or, nous avons envie, et c’est normal, de vivre cette vie sur la terre de la façon la plus agréable qui soit : pourquoi ne pas se distraire ? S’amuser ? Etre en vacances et se divertir, organiser des fêtes ? Rarement, j’ai entendu des jeunes dire que la vie chrétienne, c’était le “pied”.

Et toutes ces personnes se font une fausse idée de leur christianisme : ils choisissent de se réjouir, de se réunir et de faire la fête en dehors même de toute religion, tout comme ils ont choisi de servir Dieu, sans joie.

C’est justement ce que Jésus attaque par ce miracle. Il ne veut pas cette séparation absurde, sacrilège entre le bonheur et Dieu, entre la joie et la vie chrétienne, entre la vie d’ici-bas et la vie divine. Dieu me donne tout, tout à la fois : mon âme et mon corps, le ciel et la terre, la nature et la grâce, le plaisir et le bonheur et il veut et il désire notre bonheur et il n’est jamais plus heureux lui-même que lorsqu’il nous voit heureux, épanouis à notre tour et lui rendant grâce, dans la joie, de tout ce qu’il nous a offert.

St-Irénée ne se trompait pas quand il affirmait : « La gloire de Dieu, c’est-à-dire sa joie, sa plus grande satisfaction, c’est l’homme vivant », vivant :

– en plein épanouissement de son corps,

– en plein épanouissement de son esprit,

– en plein ouverture de son cœur,

– en plein accueil de la vie spirituelle.

Un homme “bien dans sa peau” et content de sa condition d’homme et de tout ce que son Créateur et Sauveteur lui a donné. C’est nous, parfois, qui nous nous privons de la meilleure partie de notre vie en considérant, à tort, les plaisirs de la vie comme des vols, comme des tranches que l’on prélève indûment et avec une sorte de revanche au lieu de les accueillir comme des dons de l’amour de Dieu. Nous sommes encore imprégnés d’une religion doloriste, grave, tendue et sans joie telle que le jansénisme d’hier et d’avant-hier nous l’avait transmis !

Sommes-nous de ceux, qui, parce qu’ils savent qu’ils sont sauvés par Jésus-Christ, que Jésus-Christ les a tirés de la mort, et qu’ils sont promis à un avenir magnifique, nagent dans la joie, sont plein d’espérance et d’optimisme et n’hésitent pas à fêter et à célébrer, et pas seulement à l’église, cette foi au Christ qui est le secret de leur joie et de leur bonheur le plus profond ?

Si le monde devient triste, morose et qu’il montre un visage qui ressemble à une porte de prison, c’est parce que le monde se paganise, qu’il n’a pas de véritable espérance et qu’il va chercher dans les horoscopes ou chez des tireurs de cartes, une joie qui ne peut se trouver qu’en Jésus-Christ !

Sommes-nous de ceux qui ont le courage de vivre une vie pleinement humaine et pleinement religieuse, sans séparer les deux ? Jésus a vécu cela, lui, sans faire de séparation. Il a été pleinement homme et pleinement Dieu. Notre tort, c’est de croire que pour lui ressembler, il faudrait devenir tout autre que ce que nous sommes : devenir plus célestes, plus angéliques. Nous n’avons pas à jouer les bêtes que nous n’en sommes pas, pas plus que les anges que nous ne sommes pas non plus !

         Le vrai moyen pour nous de ressembler davantage à Jésus (car dans notre vie chrétienne, il ne s’agit que de cela), c’est de devenir plus homme, incarné comme Jésus l’a été.

 

Et si quelqu’un vient dire « J’aime trop la vie de famille, les joies de ce monde, je suis plus heureux dans la nature qu’à l’église, donc  je ne suis pas assez religieux parce que je suis trop humain !», je lui répondrai simplement qu’il a mal compris ce qu’était sa vie chrétienne et que c’est tout simplement parce qu’il n’est pas assez humain, c’est-à-dire pas assez ressemblant à Jésus, le prototype de tout homme, qu’il n’a pas encore senti en lui, cette unité profonde de l’humain et du divin.

Si nous étions, comme le Christ, plus humains, plus généreux, plus tendres, plus attentifs aux autres, plus délicats comme le fut Jésus aux noces de Cana, nous aurions en commun avec lui tous ces sentiments, qui créent en nous notre valeur intime, et avec les autres, une fraternité, une amitié, source de toute vie communautaire qui nous ferait dire : « Le ciel, c’est les autres », alors que Sartre, lui, coupé du Christ, affirmait : « L’enfer, c’est les autres ».

Jésus, lui, n’attend pas la mort des gens pour les rendre heureux : il désire que nous le soyons déjà, maintenantà présent, cette année, aujourd’hui. Il a souffert à la pensée que deux jeunes gentils mariés allaient être ennuyés le jour de leurs noces. Il a pensé au dépit de tous ces braves invités obligés de baisser le coude et de cesser de boire en plein milieu du repas !

Il change l’eau en vin avec la même tendresse avec laquelle pour nous, pendant cette messe, il va changer le vin en son Sang et le pain en son Corps, pour que nous puissions davantage être unis à lui et participer à sa vie.

Jésus se soucie de l’homme : il sait que ce sont nos petits bonheurs terrestres qui nous permettent d’entrevoir et de goûter à l’avance cette joie totale que nous vivrons demain.

Nous aussi, soucions-nous des autres, de leurs petits problèmes, afin que maintenant notre vie soit déjà plus heureuse, plus humaine. En le faisant, nous participons au travail et au bonheur de Dieu.  AMEN

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