32ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Fin du monde

Mc 13, 24-32

Vous connaissez, frères et sœurs, le proverbe : “Un arbre qui tombe fait plus de bruit que toute la forêt qui pousse”. Dans cet Evangile de Marc, ce que Jésus annonce, ce n’est pas seulement un arbre qui tombe, ce sont les étoiles qui tomberont du ciel, le soleil et la lune qui perdront leur éclat et les puissances célestes qui seront ébranlées. Seulement, nous devinons bien que Jésus parle ici par images, comme on le faisait souvent, à son époque, quand on voulait parler des catastrophes : guerres, persécutions, déportations.

Pensons aujourd’hui à tous les soubresauts, détresses, conflits que les médias nous rapportent chaque jour, on se demande alors : « Où est Dieu là-dedans ? Que fait-il ? Où allons-nous ? »

Tout cela, c’est l’arbre qui tombe en faisant beaucoup de bruit.

Mais dans la seconde partie de l’Evangile, Jésus attire notre attention sur toute la forêt qui pousse en silence : « Regardez le figuier : dès que ses branches deviennent tendres, vous savez que l’été est proche ; il est là, à votre porte ».

Autrement dit, au milieu des détresses, calamités et bouleversements de toutes sortes, ne vous effrayez pas, ce ne sera pas la mort de l’univers, ni le retour au néant, mais ce seront les signes d’un monde nouveau en train de naître en silence, comme un merveilleux printemps !

Tout ce qui aura précédé n’aura été que douleurs d’enfantement. « Quand une maman enfante, disait Jésus, elle est dans les douleurs, mais quand elle a mis au monde son enfant, elle est tout à la joie de serrer dans ses bras son nouveau-né ».

Les douleurs n’ont qu’un temps, elles passent. Le monde présent passera, si beau soit-il, pour qu’advienne un monde tout neuf, une nouvelle création.

Nous sommes en marche, le monde est en marche vers le but pour lequel Dieu a créé toutes choses. C’est d’ailleurs ce que nous chantons à la consécration : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta Résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire! » Oui, aussi sûrement que le printemps, puis l’été reviennent chaque année, le Seigneur reviendra rénover toutes choses.

Après avoir lu cet Evangile, il y a, me semble-t-il, des recommandations à faire.

D’abord, ne nous affolons pas, quoiqu’il arrive ! C’est vrai : la vie n’est pas un long fleuve tranquille, l’histoire du monde non plus, elle ressemble souvent à un torrent tumultueux et dévastateur. Pourquoi ? Parce que ce monde actuel est un monde inachevé et que notre vie actuelle n’est pas notre vie définitive.

Quand la vie nous apparaît sous un aspect tragique, il ne faut pas nous étonner. Ici-bas, tout est provisoire. Nous-mêmes, nous sommes fragiles, nous le savons bien. IL y a le meilleur et il y a le pire. La vie est un combat qui demande courage et persévérance.

Le monde ne se construit pas sans efforts : le monde de Dieu, non plus !

Pour progresser, pour nous construire nous-mêmes, il faut faire les renoncements nécessaires. Les sportifs le savent : pour réussir, il faut s’entraîner, se dépasser ; à plus forte raison, dans la vie chrétienne.

Bref, quoiqu’il arrive, ne nous affolons pas, gardons confiance et réveillons l’espérance de ceux qui s’affolent.

Sachons aussi préparer les signes du Monde Nouveau qui se construit dès maintenant, ici-bas et travaillons dans ce sens : se mettre au service des malheureux, partager avec les démunis, accueillir, pardonner, rétablir la paix et l’amitié, agir dans un esprit de justice et d’amour.

Tout ça, bien sûr, ça ne fait pas beaucoup de bruit, on n’en parle pas à la télé mais ce sont les bourgeons du Royaume de Dieu qui commencent à s’ouvrir :

 – c’est la forêt qui pousse en silence,

– c’est la brise de l’Esprit-Saint qui vient nous animer,

– c’est le plan de Dieu qui commence à se réaliser.

Jésus revient : il est là, à notre porte. « Attention ! Sois attentif, je suis là près de toi ! » Ai-je assez de foi pour croire à cette parole de Jésus : « Tout ce que vous aurez fait à l’un de ces petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous le faites ».

Vais-je prendre au sérieux cette question, cette seule question, au moment où Dieu pèsera ma vie :

« M’as-tu reconnu, accueilli, aidé, aimé dans cet homme affamé, sans logement, malade ou prisonnier ?

Si Jésus me demande aujourd’hui d’être attentif à sa venue, c’est parce que, déjà, il se tient à ma porte comme Lazare se tenait à la porte du riche, si proche mais si loin de son esprit et de ses yeux. Est-ce-que je sais reconnaître l’appel de Dieu dans les cris des pauvres qui me parviennent à travers ma porte ? Ouvrirai-je la porte à Dieu ?

Vais-je rester spectateur béat de ce Royaume qui se construit ou devenir un acteur engagé pour la faire grandir comme la forêt en pleine croissance ?

Quand vous avez l’impression que tout va mal, levez les yeux vers celui qui y est passé avant vous : Jésus.

C’est sur la Croix, qui semblait son échec définitif, que le Christ fut vainqueur, comme sa Résurrection l’a prouvé. Il l’avait annoncé lui-même en se comparant à la semence : « Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ».

La mort de Jésus le Vendredi Saint et sa Résurrection le jour de Pâques, ça ne fait qu’un. De même, dans notre vie de chrétien, il y a un lien mystérieux entre nos détresses ou combats de chaque jour et ce qui en résulte ensuite, souvent par la suite comme une renaissance, une résurrection. Il ne faut jamais croire que tout est perdu, ni qu’on est plus bon à rien : on peut toujours renaître.

Lorsque quelqu’un a un abcès, on ne se contente pas de mettre un simple sparadrap. Le seul remède efficace, c’est, quand il est mûr, de crever cet abcès. Dans notre humanité, des abcès mûrissent en pleine chair : solitude, fatalisme, injustice, alcoolisme, drogue, assistanat, chômage, prostitution, manque de logement.

Un chrétien ne peut pas rester indifférent devant la misère. La solidarité, a rappelé le Pape, est une obligation. Le signe par lequel on reconnaîtra que nous sommes ses disciples, c’est à l’amour que nous nous portons. La messe nous le rappelle : elle rappelle le mystère de mort, du mal, de la misère que le Christ a porté avec la Croix pour aller jusqu’au jour de Pâques, jusqu’à sa Résurrection, jusqu’au Monde Nouveau.

La misère, la solitude, la détresse : Jésus y est passé avant nous. Rappelez-vous son agonie à Gethsémani. Quand la tempête semble nous submerger, prêtons l’oreille au Seigneur : il est là, tout proche et nous dit : « N’aie pas peur, reprends courage, tiens bon, je suis avec toi ! » AMEN

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