28ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le jeune homme riche

Mc 10, 17-30

En écoutant cette lecture de l’Evangile, beaucoup auront l’impression d’avoir reçu un choc en plein cœur. L’Evangile, ça dérange; l’Evangile, ça décoiffe, ça décape.

Saint-Paul, ailleurs, dans la 2e lecture, nous a dit : « La Parole de Dieu est une épée à deux tranchants qui pénètre jusqu’aux jointures de l’âme ». Avouez que ce n’est pas toujours agréable d’entendre : « Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux qu’à un chameau d’entrer par le trou de l’aiguille ». Et cette regrettable histoire du jeune homme riche nous dérange, nous met mal à l’aise.

Il est sympathique cet homme (ce jeune homme précise Matthieu) : il arrive, après avoir couru, tout essoufflé, se jeter aux pieds de Jésus. Il a vraiment un désir au cœur. Visiblement, il en veut, et poli, par-dessus la marché: « Bon maitre ! ».

Jésus le calme :

«Tu m’appelles “bon”, mais Dieu seul est bon! » 

« Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

Déjà, il nous montre le bout de l’oreille : il aime l’argent. Il parle “d’héritage” : vocabulaire de la finance et de l’intérêt.

« Tu connais les commandements ? Ne pas léser le prochain ».

« Oh, là-dessus, je n’ai rien à me reprocher. Mes parents sont des gens bien, bienfaiteurs de la paroisse, dans les œuvres, dans les mouvements et je suis moi-même “bien élevé” ».

Du coup, Jésus intrigué, le regarde et il s’aperçoit que c’est vrai « posant son regard sur lui, il l’aima ». « Ah ! Quel bon garçon ! On pourrait peut-être en faire un prêtre, un évêque, un cardinal ! Quelle magnifique recrue il va faire! Voilà un futur 13e apôtre ».

 Alors Jésus n’hésite pas et il propose aussitôt : « Allons, ne rigole pas, une seule chose te manque : liquide tout ce qui t’empêche de décoller, ton compte en banque, tes propriétés. Donne tout aux pauvres et puisque tu veux investir pour le ciel, viens, suis-moi ! » C’est ce qu’avait fait St-François d’Assises.

Mais le jeune homme refuse. Le tragique de cette scène, c’est que Jésus ne fait pas un seul geste pour le récupérer. Il ne dit pas : « Tu ne donneras qu’une partie de tes biens, on s’arrangera avec l’économe de l’Evêché ! » Non, Il le laisse partir, il respecte sa liberté. Oh ! Bien sûr ! En faisant demi-tour, il n’est pas damné, mais il a loupé le coche.

Jésus jette un regard circulaire sur la foule qui l’entoure, sur les disciples médusés : « Les richesses, voyez-vous, c’est un terrible obstacle pour découvrir se trouve l’essentiel ».

 « Mes enfants, il est plus difficile à un riche d’aller dans le Royaume qu’à un chameau de passer par le trou de l’aiguille ». Heureusement, il ajoute, pour ne pas nous décourager :

« Oui, pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ».

Ouf ! Pour nous, parce que cet Evangile nous concerne ! Si nous nous comparons avec la plus grande partie des habitants du monde, nous sommes tous riches : un pauvre de la Réunion serait, avec les mêmes revenus, un riche, en Inde ou au Bengladesh ou en Haïti.

Des Malgaches, des Comoriens, des Mahorais le savent bien qui viennent s’installer ici : ils ne se trompent pas d’endroit. Un Rmiste ici gagne deux fois plus qu’un Mauricien, cinq fois plus qu’un Malgache.

J’ai envie, ce matin, de reprendre trois phrases de ce texte merveilleux et de vous les offrir :

1 – « Jésus, le regarda et l’aima ». Vous aussi, il vous regarde et vous aime, comme le jeune riche. Un curé ne fait pas souvent des compliments à ses paroissiens : il les exhorte à plus de rigueur et d’exigences. Bien mieux, les paroissiens, pendant l’homélie se font parfois attraper à la place de ceux qui ne viennent pas et que le curé ne voit pas. Eh bien, aujourd’hui, j’ai envie de vous dire, vous, les pratiquants du dimanche : « Vous êtes formidables ». Pourquoi ? Parce que vous avez le courage de faire l’effort de vous déranger pour une messe du dimanche. Parfois, vous avez été tentés de trouver une bonne excuse pour ne pas venir, les bonnes excuses de ceux qui n’y vont pas… et puis, vous y êtes allés quand même, comme le jeune homme riche. Vous avez été attirés, aspirés par lui.

Alors, à chaque fois, Jésus est touché de votre geste et il jette sur vous un regard d’amour. En outre, même s’il est bon de critiquer ceux qui pratiquent, vous faites partie de ceux qui ont une certaine moralité et Jésus est touché de votre droiture et puis, vous avez un désir de mieux faire. Ça vous arrive d’écouter les lectures et même les homélies et de vous laisser interroger et de vous remettre en question, vous êtes venus ici avec un désir profond de rencontrer Jésus, et il est touché de votre réponse à son invitation.

2 – Et pourtant une chose vous manque : Jésus regarde l’état de votre cœur et il a envie de vous dire, comme au jeune riche,

« Croyez-moi, vous pouvez mieux faire », ce que marquent les professeurs sur les bulletins de notes trimestriels, sur le livret scolaire “Peut mieux faire”, “Peut tellement mieux faire”. Ah, si vous vouliez ! Ne sois pas rassasié, ne sois pas satisfait, ne dis pas : “c’est assez”, ne dis pas : “Dieu n’en demande pas tant !”.

Nous avons encore à découvrir que les biens terrestres, même s’ils sont nécessaires, peuvent nous détourner de l’essentiel : les sommets auxquels nous sommes appelés. Rappelons-nous qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir et qu’il nous faut nous désinstaller pour trouver notre vrai centre de gravité : Dieu lui-même.

Nous ne sommes pas programmés pour le provisoire de notre existence terrestre, nous sommes programmés pour l’absolu, en fonction de Dieu lui-même : ce qui explique nos faims et nos soifs d’ici-bas, faims et soifs d’une source meilleure, sinon nous sommes des frustrés, des insatisfaits, “en manque”.

 3 – Jésus vous regarde et vous aime. Une seule chose vous manque. Vendez tout.

Essayez donc de faire la différence entre vos vrais besoins, ceux qui, obtenus, vont vous épanouir et les faux désirs qui ne sont que des mirages de la consommation. Nous sommes un peu comme des montgolfières que l’on voit dans certaines fêtes : elles ne demandent qu’à s’élever, à monter, mais elles sont maintenues sur terre par tous les filins qui les retiennent au sol. Ce sont des ballons “captifs“. Nous aussi, nous devenons “captifs” par tous ces fils à la patte qui nous empêchent de décoller et qui nous empêchent de prendre notre envol ! Ces filins qui nous retiennent au sol :

  • – la peur de Dieu: si je me laisse faire par lui, où va-t-il nous conduire ?

  • – la paresse: on est déjà tellement pressés, sur-occupés dans la société : « Que Dieu n’en rajoute pas ! »

  • – mais surtout, l’argent et tout ce qu’il procure : le confort, le kit: les marques – le gadget – les modes, toute la batterie de tout ce qui n’est que fantaisie, surplus, superflus.

Oui, l’Evangile a raison : c’est difficile d’être riche et d’être pleinement chrétien. On le voit bien avec toutes les affaires financières : les traders, les banques véreuses, les comptes en Suisse, les paradis fiscaux, Wolkswagen ou Cahusac, la crise et les faillites : quatre millions d’euros, en France, chaque année, partent en fumée de cigarettes, 150 millions de bouteilles de champagne.

Frères et sœurs, recherchons le vrai bonheur. Souvent, nous passons à côté parce que nous nous sommes trompés de but. Repérons les filins qui nous empêchent de décoller.

Coupons-les et notre vie pourra s’élever vers Dieu, qui lui, est capable de tout nous donner. AMEN

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