32ième Dimanche du Temps Ordinaire – « Donnez, on vous donnera… » (Mc 12, 38-44 ; DJF).

« En ces jours-là, le prophète Élie partit pour Sarepta », une ville située au bord de la mer méditerranée, entre Tyr et Sidon, à proximité de l’actuelle ville libanaise de Sarafand… La veuve que le prophète Elie va rencontrer est donc une païenne… « Il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. » Cette femme est donc de bonne volonté… « Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. » » En disant à Elie « par la vie du Seigneur ton Dieu », elle est donc capable de reconnaître en cet étranger qu’elle voit pour la première fois ‘un homme de Dieu’, un homme qui vit en relation avec Dieu, qui accueille sa Présence dans son cœur et dans sa vie… Cette femme de bonne volonté a donc, elle aussi, le cœur ouvert à Dieu : elle vit dans la vérité, en disant tout simplement à Elie la vérité, « je n’ai pas de pain ». Elle ne lui cache pas également qu’il lui reste « dans une jarre une poignée de farine et un peu d’huile dans un vase ». En disant ainsi la vérité, elle manifeste que son cœur est ouvert au « Dieu de vérité, non pas de perfidie ; il est juste, il est droit » (Dt 32,12). Elle aussi est « juste et droite »… Et puisque le « Dieu de vérité » est « un Soleil qui donne la grâce, qui donne la gloire » (Ps 84(83),12), en donnant « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), « l’Esprit de la gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14), « l’Esprit » de « Lumière » (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) et « de Vérité », il en est bien comme l’affirme le Ps 36,10 : « En toi est la Source de vie, par ta Lumière, nous voyons la Lumière. » Par la Lumière de l’Esprit, elle est capable de reconnaître la Présence de cette même Lumière dans le cœur d’Elie, et ainsi de lui parler en invoquant « le Seigneur ton Dieu », Lui qui est l’Unique Source de cette Lumière… Nous constatons donc avec elle à quel point « la Lumière véritable éclaire tout homme venant dans le monde » (Jn 1,9), se donne à toute femme, tout homme… Et si ces derniers sont de bonne volonté, ouverts à la vérité, justes et droits, ils ne peuvent que l’accueillir même s’ils n’en sont pas conscients… Ainsi en est-il pour toute femme, tout homme, quels qu’ils soient, où qu’ils soient, « de toute nation, race, peuple et langue » (Ap 7,9), tous « créés à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26-28), et donc tous enfants d’un même Papa, cette expression étant caractéristique de la relation « père-fils » dans le Livre de la Genèse (Gn 5,3). Et « Papa » aime tous ses enfants du même Amour, Lui « qui ne fait pas acception des personnes » (Ac 10,34 ; 1P 1,17 ; Rm 2,11 ; Ga 2,6 ; Ep 6,9). Prendre conscience pour soi, par sa Foi au Fils, que Dieu est Père, c’est au même moment prendre conscience qu’il est aussi le Père de toute femme, de tout homme, les aimant du même Amour que Celui que nous accueillons par notre foi, et dans la foi…

« Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » Elie invite donc cette femme à partager le petit peu qu’elle a, cette « poignée de farine » et ce « peu d’huile » que « deux morceaux de bois » suffiront à cuire… Elie ne demande d’ailleurs qu’une « petite galette »… Et cette femme de bonne volonté accepte de partager en trois le tout petit peu qu’elle avait pour deux ! Dans l’Evangile, l’exemple donné par Jésus est encore plus fort, Lui qui remarque cette « pauvre veuve » mettant « deux petites pièces de monnaie » « dans le Trésor », « tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Et se vérifiera, pour elle comme pour la veuve de Sarepta, ce principe : « Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour » (Lc 6,38)…

Dieu est ainsi Celui qui, par l’Esprit, « fait que la rencontre s’accomplit » (P. Jacques Feuillet), entre notamment une personne de bonne volonté qui est dans le besoin, et une personne de bonne volonté qui a, et qui, par sa bonne volonté, est prête à partager ce qu’elle a… Et « l’Esprit » « pousse » et « attire » (Jn 6,44 ; 12,32) l’un vers l’autre comme « il poussa » autrefois Syméon « au Temple » de Jérusalem, de telle sorte que lorsqu’il y arriva, il rencontra Joseph, « un homme juste » (Mt 1,19) comme Syméon (Lc 2,25), Marie « comblée de grâce » (Lc 1,28), « la grâce de l’Esprit » (cf. Hb 10,29), qui portait en ses bras Jésus, le Fils unique, « le Verbe fait chair, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14), c’est-à-dire « rempli d’Esprit Saint » (Lc 4,1)… « Tous remplis d’Esprit Saint » (Ac 2,4) sont ainsi introduits par le Don de Dieu, le Don gratuit de l’Amour, « dans la communion du Saint Esprit » (2Co 13,13), « dans l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3), l’Esprit guidant mystérieusement les uns vers les autres, et poussant celles et ceux qui le peuvent à venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin… C’est ainsi que Dieu, « Papa de tous », prend soin de tous ses enfants… Tel est le Mystère de ce que nous appelons souvent « la Providence »… Par les uns et par les autres, cette promesse de Jésus se réalise alors : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement… Ce sont là toutes choses dont les païens de ce monde sont en quête ; mais votre Père sait que vous en avez besoin. Aussi bien, cherchez son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît » (Lc 12,22-32).

« Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? » demande Jésus à ses disciples. « De rien » dirent-ils (Lc 22,35)… « Les vrais coopérateurs du Christ sont les porteurs de sa charité. L’argent vient si on recherche le royaume de Dieu. Alors tout le reste est donné », écrit Mère Teresa. Et elle raconta un jour ce qu’elle avait vécu au tout début de la fondation de sa congrégation. Elles n’étaient alors que quelques sœurs. Un matin, celle qui était responsable de la cuisine, et devait donc préparer le repas de midi, vint la voir et lui dit : « Mère, nous n’avons plus de riz. » Mère Teresa lui répondit : « Rassemble toutes les sœurs dans la chapelle et allons prier. » Et c’est ce qu’elles firent… Or, pendant qu’elles étaient en prière, quelqu’un se mit à frapper à la porte de la communauté. Une sœur se leva et alla ouvrir. Elle se retrouva face à une femme portant un sac de riz qui lui dit : « Ma sœur, je me suis sentie poussée à venir vous offrir ce sac de riz »… Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’au même moment, toutes les sœurs, en manque de riz, étaient en train de prier pour s’en remettre à Dieu et savoir ce qu’elles devaient faire…

Toutes les femmes, tous les hommes sont donc bien les enfants « d’un seul Dieu et Père de tous, qui est au dessus de tous, en tous » (cf. Ac 17,27-28), et qui s’occupe de tous « par tous » (Ep 4,6). Mais cela suppose bien sûr que sa Présence, et, avec elle, le Don Inconditionnel de son Amour, soient accueillis par des cœurs de bonne volonté, des cœurs justes et droits… Autrement, ce Don ne pourra que frapper à une porte close (Ap 3,20) implorant, silencieusement, par sa seule Présence : « Ouvre-toi » (Mc 7,34)… Ce qui revient à dire : « Repens-toi, convertis-toi, détourne toi du mal, apprends à faire le bien » (Mc 1,15 ; Is 1,16), et donc à donner, à partager avec celles et ceux qui sont dans le besoin…

D. Jacques Fournier

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