3ième Dimanche de Carême – Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

La mort est injustifiable

figuier stérile 4Ce passage de l’évangile nous intrigue beaucoup parce qu’il nous semble qu’il répond, ou en tout cas qu’il traite de l’une des questions que nous nous posons le plus souvent. Au fond, ce qui était arrivé ce jour-là, c’est ce qui arrive encore de nos jours : Pilate qui fait massacrer des Galiléens en train d’offrir un sacrifice parce qu’il y voit un signe de révolte et de rébellion vis-à-vis de l’autorité romaine qui occupe le pays, une tour qui s’écroule et fait dix-huit victimes. Ce genre d’accident, ce genre de massacre dans une dictature ou un pays en guerre, nous les connaissons, c’est ce qui fait la chronique de nos journaux. Et la plupart du temps nous avons envie de poser la question : « Mais pourquoi y a-t-il des choses pareilles ? »

A l’époque de Jésus, la réponse qui venait sur les lèvres de tous ses contemporains ou presque, c’était très simple. C’était que ces gens qui avaient rencontré la mort d’une façon prématurée, l’avaient rencontrée de façon méritée à cause de quelque péché connu ou secret. Et par conséquent la mort prématurée, cette mort accidentelle avait une raison et une explication, qui plus est, une explication religieuse puisqu’il s’agissait de gens pécheurs. Et, (c’est sans doute pour cela que cette parole de Jésus nous a été rapportée), la réaction de Jésus est extrêmement ferme. Il veut couper court radicalement à ce genre d’interprétation, car pour Jésus, la mort c’est précisément l’injustifiable. Il n’y a pas de raison à la mort. La mort, cela ne s’explique pas. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas l’attribuer à Dieu et le livre de la Sagesse dit explicitement : « Dieu n’a pas fait la mort ». Et les prophètes n’ont cessé de dire que « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ». Dieu ne veut pas la mort du pécheur, même s’il est pécheur. Il ne faut pas qu’il meure car Dieu n’a qu’un désir, c’est le désir qu’il vive. D’une certaine manière, pour Dieu, la réalité de la mort est encore plus étrangère que pour nous.

Autrement dit, ce que le Christ veut dire à ses contemporains c’est ceci : « N’allez pas attribuer à Dieu un châtiment qu’il imposerait à certains parce que ces gens l’auraient mérité en fermant leur cœur à Dieu. La mort, ça ne s’explique pas, pas plus que ne s’explique notre péché comme manque d’amour à Dieu ». Lorsqu’on touche à ces réalités comme le péché ou comme la mort, on touche à proprement parler l’inexplicable, l’injustifiable. Et c’est pourquoi le Christ dit simplement cela : « N’allez pas jouer avec des réalités vis-à-vis desquelles vous n’avez rien à dire ». Effectivement on reste en silence devant le mystère de la mort, tout comme le Christ Lui-même a été conduit à la mort, « comme un agneau qui n’ouvre pas la bouche ». Le grand mystère de la Passion du Christ, c’est son silence devant la mort. À aucun moment on ne peut lui prêter cette pensée qui nous vient parfois à l’esprit : oui, le Christ savait l’avenir et il savait qu’il ressusciterait et qu’au fond, la passion et la mort n’étaient qu’un mauvais moment à passer. À aucun moment, le témoignage des évangiles ne nous permet de dire ou de penser une chose pareille. Le Christ a vécu la mort dans ce silence absolu. La seule chose qu’il ait dite, c’est de témoigner de ce qu’il est, mais il n’a jamais parlé de sa mort en expliquant sa mort.

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C’est cela que nous devons, nous aussi, garder dans notre cœur. Nous devons garder dans notre cœur une attitude de silence devant la mort. Le mystère même de la mort nous renvoie à ces données les plus obscures de notre existence, là où notre péché se mêle à notre fragilité, là où notre péché, parce qu’il est un refus inexplicable de l’amour de Dieu, a changé de façon tout aussi inexplicable le passage de notre vie sur la terre à notre vie dans le cœur de Dieu. Cependant il y a une chose que le Christ dit de la mort, ce n’est pas une explication de la mort, mais c’est une conclusion que nous devons tirer. La mort, la mort des autres est pour nous le signe de l’exigence de la conversion. Et c’est très profond et très beau. La mort, quelle qu’elle soit, malgré son aspect le plus déroutant, malgré son aspect le plus inacceptable et le plus injustifiable est encore une réalité qui doit nous ramener au cœur de notre existence, c’est-à-dire nous tourner vers Dieu. Déjà dans notre vie, tout est occasion de nous tourner vers Dieu même si notre péché nous fait profiter de cette vie pour nous détourner de Dieu, mais il y a des moments où, paradoxalement, ce qui pourrait, en soi, le plus nous détourner et nous révolter contre Dieu est en réalité un appel à la pénitence et à la conversion. Sur ce point encore, c’est pure grâce.

En ces jours où nous pouvons faire plus intense notre prière pour tous ceux qui nous sont chers et qui sont morts dans la paix du Seigneur, que notre regard sur la mort soit un regard de vérité. Non pas donner ces pseudo-justifications : « Il est mort parce que… », mais garder ce silence du Christ au moment où il marche vers sa Croix et savoir précisément que la seule réponse à la mort n’est pas une réponse qui explique. C’est une réponse par laquelle l’éternité de Dieu fait irruption dans le cœur même de notre fragilité et de notre temps. Là même où nous nous éprouvons le plus destinés à la mort, c’est là que le mystère de la grâce surabondante de Dieu fait irruption et d’abord dans cet acte même de la conversion. AMEN.

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