Du bon usage des biens de ce monde (Luc 11,37-12,34)

En Luc 11,37, Jésus est invité à manger chez un Pharisien, une occasion qui permettra à St Luc d’insérer ici dans son Evangile une série de mises en garde du Christ vis-à-vis de ce mouvement religieux. Leur portée dépassera d’ailleurs le seul milieu des Pharisiens : les chrétiens eux-mêmes devront faire attention à ne pas adopter un tel comportement…

Les sections précédentes ont préparé ce discours de Jésus. En effet, en Luc 11,29, il mettait en garde ceux qui demandent un signe, alors qu’ils ont sous leurs yeux le plus beau signe qui soit : « le Fils de l’Homme » (Luc 11,30), « le Verbe fait chair » (Jean 1,14), ce Fils Unique et Eternel de Dieu qui s’offre au regard de notre foi en son humanité de chair et de sang. Son Corps devient alors « l’Image visible du Dieu Invisible » (Colossiens 1,15), « l’Effigie de sa substance » (Hébreux 1,3)… Par contre, ne pas discerner en Lui « le resplendissement de sa Gloire » (Hébreux 1,3 ; cf. 2Corinthiens 4,1-6) est le signe d’un cœur aveuglé, conséquence de ce péché dont nous sommes tous blessés. Mais la permanence de cet aveuglement en présence de Jésus est encore le signe d’un refus de se convertir. Le Christ est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29), Il est cette Lumière qui est marie-madeleinevenue nous rejoindre « pour que quiconque croit en lui ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la Lumière de la Vie » (Jean 12,46 ; 8,12). Il est « l’Astre d’en Haut » qui a voulu « visiter » les habitants des « ténèbres et de l’ombre de la mort », pour que nous puissions retrouver avec Lui « le Chemin de la Paix », de la Lumière et de la Vie par « la rémission de nos péchés » (Luc 1,76-79 ; Jean 14,6 ; Actes 26,12-18). Mais pour que le Christ puisse agir, il attend que nous lui remettions de tout cœur toutes ces zones d’ombre qui nous habitent encore et ceci ne peut se faire qu’avec le désir sincère de changer, avec son aide, notre comportement. Ainsi, ceux et celles qui persistaient à ne pas reconnaître en Lui le Sauveur du monde (Matthieu 1,20-21 ; Marc 16,15‑18 ; Jean 3,16-17 ; 4,42 ; 10,9 ; 12,47 ; Luc 2,25-32 ; 3,1-6 ; 19,5‑10 ; Actes 2,21 ; 4,10‑12 ; 15,7‑11 ; 16,30-31 ; Romains 1,16-17 ; 10,9-13 ; Ephésiens 2,4-10 ; 1Thessaloniciens 5,9‑10 ; 2Thessaloniciens 2,13-14 ; 1Timothée 1,15-16 ; 2,3-7 ; 2Timothée 1,6-11 ; Tite 2,11-14 ; 3,4-7) manifestaient par leur attitude leur refus de se convertir. Autrement, en se confiant entre les mains du Médecin de nos âmes (Marc 2,13-17 repris par Matthieu 9,9-13 et Luc 5,27-32 ; cf. « l’œil malade » en Luc 11,34), ils seraient vite passés avec Lui de la nuit à sa Lumière, de la tristesse à sa Joie (Jean 15,11), de la mort à sa Vie (Jean 11,25-26). Alors s’ils ne voient pas « la clarté de la lampe », qu’ils s’interrogent pour savoir si « la lumière » qu’ils croient avoir en eux n’est pas en fait « ténèbres » (Luc 11,35)…

Beaucoup parmi les Pharisiens tomberont dans cette attitude que Jésus dénonce ici. Ils lui demanderont en effet « un signe » (Luc 11,16 ; Marc 8,11-12 ; Matthieu 12,38-39 ; 16,1-4 ; En St Jean, « les Juifs » sont les responsables religieux du Peuple Juif, et donc notamment certains Pharisiens : Jean 2,18 ; 6,30), alors qu’ils refuseront de reconnaître en son humanité le signe de la Présence de Dieu en ce monde (Matthieu 1,22 ; Jean 10,30 ; 14,10-11 ; 20,28). Ils prétendaient « voir » alors que leur cœur était plongé dans les ténèbres (Jean 9,40-41), ils se présentaient aux hommes sous une belle apparence, alors qu’ils n’étaient pas habités par le désir sincère d’aimer Dieu de tout leur cœur. Ils avançaient à visages couverts : « Hypocrites »[1], leur dira Jésus (Luc 12,1 ; Matthieu 6,2.5.16 ; 15,7-9 ; 22,18 ; 13,15.23.25.27.29)…

Mise en garde contre les Pharisiens et les Docteurs de la Loi (Luc 11,37-12,12)

Ablutions rituellesInvité par un Pharisien, Jésus entre donc chez lui et se met à table. Mais il omet sciemment les ablutions rituelles que les Pharisiens observaient avant de prendre leurs repas : en effet, « les Pharisiens, et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être lavé les bras jusqu’au coude, conformément à la tradition des anciens, et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, et il y a beaucoup d’autres pratiques qu’ils observent par tradition » (Marc 7,3-4). Ils tenaient en effet pour pécheurs et donc impurs tous ceux et celles qui n’obéissaient pas parfaitement à la Loi de Moïse et à la Tradition des Anciens, un ensemble de 613 commandements à l’époque de Jésus. Et quiconque touchait un pécheur, même par mégarde, devenait impur à son tour… Or Jésus venait d’être en contact avec une foule et un démoniaque (Luc 11,14) ! Mais il aura toujours horreur de ces barrières que les hommes, dans leur orgueil, dressent entre eux. Et les Pharisiens le faisaient en se servant de la Loi de Moïse, une Loi pourtant « sainte, juste et bonne » (Romains 7,12). Mais leur vanité s’en était emparée : ils croyaient bien la connaître, ils se flattaient d’avoir une conduite exemplaire, d’être les guides des aveugles, les éducateurs des ignorants (Romains 2,17-20), Mépris Pharisienset pourtant, ils méprisaient tous ceux et celles qui ne pensaient pas ou qui ne vivaient pas comme eux (Jean 7,49). Dans la multitude de leurs pratiques, ils avaient oublié l’essentiel : la justice, la Miséricorde et la bonne foi (Matthieu 23,23 ; 12,7 ; 9,10-13). Aussi, le Christ va-t-il s’opposer à leur attitude : non, l’homme ne peut pas prétendre devenir juste par ses seuls efforts à bien pratiquer la Loi. D’ailleurs, s’il est honnête avec lui-même, il ne pourra que reconnaître que, tôt ou tard, il désobéit à cette Loi et fait ce qui est mal (Jean 7,19 ; Romains 2,21-24). Mais c’est là, en fait, que tout commencera pour lui : s’il accepte en vérité son impuissance et sa faiblesse, il découvrira alors que Dieu est avant tout Miséricorde (Romains 9,16) et que son seul désir est que nous devenions par sa grâce ce que nous sommes incapables de devenir par nous-mêmes : des femmes et des hommes « justes », vivants de sa Vie et habités par la Lumière et la Force de son Esprit…

Jésus RembrandtJésus supprimera donc « cette Loi des préceptes avec ses ordonnances » qui, mal comprise, contribuait à élever des barrières entre les hommes (Ephésiens 2,14-18) et pour bien le signifier, il accomplira des gestes que « la Tradition des Anciens » interdisait au nom d’une soi-disant ‘pureté’ (Une tradition qu’il dénoncera comme étant souvent contraire à la volonté de Dieu : Matthieu 15,1-9) : il touchera les malades considérés à l’époque comme des êtres impurs[2] (Marc 3,10 ; 6,56), les lépreux (Matthieu 8,3), les aveugles (Matthieu 9,27-29 ; 20,30-34), les sourds (Marc 7,32-35), une femme ayant des pertes de sang (Luc 8,43-48), une pécheresse (Luc 7,36-39), le cercueil d’un mort (Luc 7,12-15) et il se laissera toucher par les foules (Luc 6,17-19)… Pour lui, en effet, ce qui importe, c’est d’être le plus humain possible, ce qui ne peut se réaliser que si nous nous faisons proches les uns des autres : et les prisonniers et les malades seront visités, les affamés nourris, les pauvres habillés (Matthieu 26,34-40)…

Jésus va donc inviter ce Pharisien à une démarche de vérité. Et ce qui compte, aux yeux de Dieu, ce n’est pas l’extérieur, l’apparence, mais l’intérieur, le cœur, car c’est du cœur que naissent les désirs qui seront ensuite à la base des actions posées. Si un désir est bon, il entraînera une action bonne et elle manifestera aux yeux de tous que, de fait, ce désir était bon. Mais si un désir est mauvais et s’il n’est pas écarté et chassé tout de suite par la prière (Romains 8,13), il ne pourra qu’entraîner une action mauvaise (cf. Matthieu 7,15-20). Or beaucoup parmi les Pharisiens étaient des « hypocrites », « des docteurs de mensonge qui séduisaient le peuple par des faux-semblants de piété tout en poursuivant des fins intéressées »[3] avec un cœur « plein de rapacité et de méchanceté ». Ils étaient prisonniers de leur égoïsme : prendre pour soi au mépris de l’autre. Pour échapper à cette spirale infernale, Jésus proposera une dynamique inverse, celle de l’amour de l’autre dans la remise de soi à Dieu. « Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous », dit-il à ce Pharisien (Luc 11,41 ; 12,33), dans la certitude que notre Père du ciel sait de quoi nous avons besoin pour vivre. Et si, nous promet Jésus, nous cherchons d’abord son Royaume et sa justice, en donnant notamment à ceux qui sont dans le besoin, alors « tout le reste vous sera donné par surcroît » (Luc 12,29-30). C’est ainsi que du point de vue de l’égoïsme, il s’agira de « perdre notre vie ». Mais si nous acceptons de mourir à nous-mêmes, nous trouverons avec le Christ « la vraie Vie » du Royaume et des enfants de Dieu (Luc 9,23-25), celle que le Père nous donne par son Fils (Jean 5,26 et 5,39-40 ; 6,47) et l’action de l’Esprit Saint (Jean 6,63), en surabondance (Jean 10,10)…

red rose

De plus, comme l’indique la TOB, il est aussi possible de traduire Lc 11,41 par : « Donnez plutôt en aumône ce qui est dedans, et alors tout sera pur pour vous ». L’expression « ce qui est dedans », peut donc aussi être comprise comme renvoyant à nos richesses intérieures que le Christ nous invite à mettre en œuvre pour le bien de tous ceux et celles qui nous entourent . Il s’agira alors de partager non seulement ce que nous pouvons avoir, mais encore ce que nous sommes. Comme l’écrit St Pierre : « Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez le au service des autres, comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes : si quelqu’un a le don de parler, qu’il dise la Parole de Dieu ; s’il a le don du service, qu’il s’en acquitte avec la force que Dieu communique. Ainsi en toute chose, Dieu recevra sa gloire par Jésus Christ » (1Pierre 4,10‑11)…

« Heureux alors celui qui gardera cette parole de Jésus et qui la mettra en pratique » (Luc 11,28 ; 6,20-24). Mais « malheureux ceux qui font le péché et le mal, car ils se font du tort à eux-mêmes » (Tobie 12,10) : « souffrance et angoisse en effet pour quiconque commet le mal » (Romains 2,9). « Comprends donc et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu » (Jérémie 2,19). Et c’est, hélas, ce que beaucoup de Pharisiens avaient fait. Jésus les regardera alors avec tristesse et compassion : « Malheureux[4] êtes-vous, Pharisiens »… Et il donnera quelques exemples qui manifestent leur abandon de Dieu…

Pressoir antiqueLe premier d’entre eux concerne « la dîme » : la Loi invitait en effet à donner « le dixième » de ses récoltes principales, notamment « de blé, de vin et d’huile » (Néhémie 13,5.10-13 ; Deutéronome 12,17 ; 14,22-24). Mais pour être sûrs de bien agir, les Pharisiens appliquaient ce principe à toute plante cultivée, même en quantité insignifiante, comme la menthe, allant jusqu’à discuter de la dîme sur les plantes sauvages dont on pouvait éventuellement se servir ! Ce scrupule sur le détail poussé à l’extrême manifestait leur ambition de ne jamais être pris en faute, et donc indirectement leur orgueil… Et tout en discutant de façon interminable sur ces questions, ils laissaient de côté l’essentiel : « la justice et l’amour de Dieu » (Luc 11,42) Eux qui se prenaient pour l’élite religieuse d’Israël, Jésus les qualifiera d’infidèles (Jean 8,31-47) ! Eux qui jugeaient si facilement telle ou telle personne en la qualifiant de « pêcheur » et donc « d’impure », ce sont eux en fait qui sont impurs, et de la pire impureté qui soit[5], car ils prétendent être des hommes religieux, ils se présentent comme tels, ils ont belle apparence, ils aiment à « occuper les premiers rangs dans les synagogues » (Matthieu 23,1-7 ; 1Timothée 1,7), et ils ne vivent pas l’amour de Dieu ! Pire, « ils chargent les hommes de fardeaux accablants » en enseignant les multiples obligations de leurs traditions, et « ils ne les touchent pas eux-mêmes d’un seul de leurs doigts » (Luc 11,46) ! Par contre, ceux qui essayent de porter ces fardeaux inhumains sont vite découragés et ils finissent par abandonner ce Dieu dont les exigences semblent impossibles à mettre en pratique. Ces Pharisiens leur ont ainsi fermé l’accès au Royaume des Cieux (Luc 11,52 ; Matthieu 23,13), alors qu’il leur est pourtant grand ouvert. Aussi, leur dira Jésus, « venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau (de la Loi), et vous trouverez le repos, car mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Matthieu 11,28-30 ; Jean 7,37-39 ; 17,24)… En effet, si nous acceptons de marcher à sa suite, notre joug, nous révèle-t-il, sera avant tout « son joug » au sens où Lui-même portera avec nous notre fardeau… Et l’impossible deviendra possible …

Le second comportement que Jésus dénonce fait appel « à une importante tradition orale juive concernant la persécution et le meurtre des prophètes par le Peuple d’Israël. L’ouvrage des « Vies des Prophètes » rapporte ainsi qu’Isaïe fut scié en deux, que Jérémie mourut lapidé par le peuple, Amos assommé » (cf. Hébreux 11,32-40)… En mentionnant le premier meurtre, celui d’Abel[6] (Genèse 4,8-10), et le dernier que la Bible nous transmet, celui de « Zacharie qui a péri entre l’autel et le sanctuaire » (Luc 11,51 ; 2Chroniques 24,20-22), Jésus fait allusion à toute cette histoire sanglante… Et ses interlocuteurs y entreront à leur tour en tuant « le prophète par excellence », ce Fils que le Père leur avait envoyé pour leur salut (Marc 12,1-12) ! Eux qui avaient pourtant reconnu la valeur des prophètes du passé en les Tombe d'Absalomhonorant par des tombeaux somptueux, ils agiront finalement comme leurs pères qui les ont tués… Et pourquoi ? Parce qu’ils auront refusé de se laisser remettre en question par Celui qui dénonçait leurs erreurs… Pourtant, son seul but n’était pas de les humilier ou de les écraser, mais de leur permettre à eux aussi de retrouver avec Lui le bon Chemin qui conduit par la vérité à la Lumière de l’Amour, au Salut et à la Vie (Matthieu 23,37)… Qu’ils profitent donc de ce temps que Dieu, dans sa patience, nous offre pour que nous puissions tous nous convertir (2Pierre 3,9 ; Romains 2,4). Qu’ils s’engagent dans une démarche de Vérité en Présence de ce Père des Miséricordes qui ne désire que notre bien ! Mais hélas, leur manque d’humilité les entraînera dans une logique opposée à celle du Christ, celle de la violence et de la mort (Luc 11,53-54)…

Jésus mettra donc en garde ses disciples contre l’hypocrisie, cette attitude double qui présente au dehors une belle apparence alors que la réalité du cœur est tout autre. Certes, ils auront toujours à se convertir, à renoncer au mal pour choisir le bien, à faire mourir les œuvres de péché par la force de l’Esprit (Romains 8,13). Ce sera leur chemin de Croix, à la suite du Christ… Mais qu’ils essayent de l’accepter avec courage, en reconnaissant en vérité leurs incapacités, leurs limites et leurs faiblesses. Avec le Christ, elles deviendront en effet les lieux privilégiés où se manifesteront sa Miséricorde, sa Force, son Soutien et sa Lumière (2Corinthiens 12,7-10)…

Mais si Jésus a été refusé, ses disciples le seront aussi… Si Jésus a été persécuté, ses disciples le seront aussi…Mais qu’ils ne craignent pas toutes ces souffrances qui leur arrivent du fait de leur foi en Lui : Dieu ne les oubliera pas (Luc 12,6-7)… Ils ont du prix à ses yeux (Isaïe 43,1-4). Il leur enverra le Saint Esprit qui viendra les soutenir, les consoler et les Bandeau-st-Espritaider à tenir bon au milieu des persécutions de toutes sortes (Luc 12,11-12). Et le Christ se déclarera ensuite pour eux devant les Anges de Dieu (Luc 12,8). Notons bien par contre que St Luc ne dit pas que ce même Jésus reniera celui qui l’aurait renié ici-bas : il emploie une forme passive, « sera renié », sans en préciser le sujet… Jésus en effet ne juge jamais, il ne condamne jamais (Jean 12,47). Dans la Lumière de la Vérité, ce sont les hommes qui se jugeront eux-mêmes et qui regretteront amèrement tous leurs manquements (Jean 3,16-21 ; Luc 13,28)… S’ils pouvaient donc dès maintenant tout offrir à la Miséricorde Toute Puissante et repartir avec elle dans la bonne direction !

Cette Miséricorde de Dieu, qui nous invite au repentir et à la conversion, est en effet sans limites : « Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis » (Luc 12,10) et ce pardon lui sera communiqué par l’Esprit Saint qui vient du Père, cet Esprit par lequel le Père accomplit toute chose dans nos vies… Mais celui qui refusera en toute conscience cette action de l’Esprit ne pourra pas, bien sûr, bénéficier du Pardon de Dieu qu’Il lui apporte… Tel est le péché le plus grave, « le blasphème contre le Saint Esprit », un péché rarissime, du moins, espérons le…

Faire confiance à la Providence de Dieu (Luc 12,13-34)

Jeune homme richeLa question d’un homme sur un partage de biens familiaux avec son frère amène Jésus à mettre en garde contre « la cupidité, l’avarice », ce désir insatiable d’accumuler pour soi sans penser aux autres et à leurs besoins. Et pour illustrer son propos, il prendra l’image « d’un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté ». Le pronom personnel « mon, ma, mes » intervient alors sans cesse : cet homme ne pense qu’à lui, il est enfermé dans son égoïsme… De plus, il croit que l’abondance des biens matériels peut être un fondement stable sur lequel il pourra construire une longue vie de bien-être et de bonheur… Mais il a oublié une donnée de base : personne ne peut, « en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie » (Luc 12,25). Il ne sait si, demain, il sera encore en vie ou en bonne santé… Et s’il meurt, qui aura ses biens ? Dans sa logique égoïste, tout sera perdu… Mais si, par contre, il avait aidé de ses biens ceux qui étaient dans le besoin, il aurait été « riche » de tous ces dons en se présentant devant Celui qui a dit : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40)… Ainsi « celui qui amasse pour lui-même perd tout », tandis que celui qui « cherche le Royaume et sa justice » en acceptant de vivre le partage « se fait un trésor inépuisable dans les cieux » (Luc 12,33-34). De plus, il goûtera, en aimant, à quel point « le Seigneur est bon » (Psaume 34(33),9) puisque tout amour authentique vient de ce Dieu qui est Amour (1Jean 4,8 ; 4,16) et qui s’offre déjà, dès maintenant, dans la foi, à nos cœurs…

Dieu-AmourMais ce détachement vis-à-vis des biens matériels, pourtant nécessaires à la vie, ne peut se vivre qu’à la lumière de l’Amour et de la proximité de Dieu (Matthieu 4,17 ; 6,8). Certes, il ne s’agit pas d’une invitation à tomber dans la paresse et l’oisiveté en attendant tout du ciel (2Thessaloniciens 3,10-12). Mais le Christ nous invite à faire de notre mieux dans la certitude que nous ne sommes pas seuls : Dieu s’occupe de nous (Philippiens 4,4-7) et il ne permettra pas que celui qui met toute sa confiance en lui manque du nécessaire… Le Christ va alors évoquer les deux besoins fondamentaux de tout homme : la nourriture et le vêtement. Et il va appeler ses disciples à s’abandonner avec confiance entre les mains de leur Dieu et Père : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » (Luc 12,22-23). En effet, « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Deutéronome 8,3 ; Proverbes 9,1-5 ; Sagesse 16,26 ; Jean 6,32s). Le mystère de sa vie est à chercher avant tout en Dieu (Genèse 2,4b-7)…

Great tit ,Parus major

Pour illustrer ses paroles, Jésus va alors prendre deux exemples. Le premier visera la nourriture, avec ces oiseaux qui, contrairement à l’homme de la parabole précédente, « ne sèment pas, ne moissonnent pas, et n’ont ni cellier ni grenier » (Luc 12,24). Certes, ils ne restent pas sans rien faire, cherchant à droite à gauche de quoi manger, mais ils ne manquent de rien… « Dieu les nourrit »… Jésus avait déjà dit auparavant qu’aucun passereau « n’est en oubli devant Dieu. Soyez donc sans crainte, vous valez mieux qu’une multitude de passereaux » (Luc 12,7). Et ici, il conclut : « Combien plus valez-vous que les oiseaux » (Luc 12,24)…

Lys

Le second exemple concernera le vêtement, et il sera pris cette fois du monde végétal. « Les lis ne filent pas, ils ne tissent pas, pourtant Salomon dans toute sa gloire ne fut pas vêtu comme l’un d’eux ». Alors, « si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, combien plus le fera-t-il pour vous, gens de peu de foi ».

 

 

La conclusion est claire : « Ne cherchez pas ce que vous mangerez et ce que vous boirez, ne vous tourmentez pas … Votre Père sait que vous en avez besoin ». Une seule chose est en fait nécessaire en cette vie : « Cherchez le Royaume des Cieux et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Ainsi celui qui peut travailler collaborera par son courage et sa peine à ce que cette promesse de Dieu s’accomplisse pour lui, et s’il reçoit en surplus, il pourra partager avec celui qui est dans le besoin. Alors, il participera encore par son aumône à l’œuvre de Dieu « qui comble de biens les affamés » (Luc 1,53) par les hommes et les femmes de bonne volonté… Et dans la fragilité de cette existence, nous savons très bien que celui qui peut donner aujourd’hui sera peut-être demain celui qui remerciera son prochain de l’aider à passer un cap difficile… St Paul exhortait aussi les Corinthiens à l’entraide fraternelle : « Songez-y : qui sème chichement moissonnera aussi chichement ; qui sème largement moissonnera aussi largement. Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son cœur, non d’une manière chagrine ou contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. Paris Surréalistes+annexesDieu d’ailleurs est assez puissant pour vous combler de toutes sortes de libéralités afin que, possédant toujours et en toutes choses tout ce qu’il vous faut, il vous reste du superflu pour toute bonne œuvre, selon qu’il est écrit : « Il a fait des largesses, il a donné aux pauvres ; sa justice demeure à jamais » » (2Corinthiens 9,6-9 ; cf. 8,13-15). Et à Timothée, il écrivait : « Aux riches de ce monde, recommande… de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires, mais en Dieu qui nous pourvoit largement de tout, afin que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles œuvres, donnent de bon cœur, sachent partager ; de cette manière, ils s’amassent pour l’avenir un solide capital, avec lequel ils pourront acquérir la vie véritable » (2Timothée 6,17-19). Et par ces quelques lignes, nous découvrons à quel point St Paul résume tous les points principaux de notre passage en St Luc…

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)Ainsi, Jésus invite à mettre à la première place dans notre vie la recherche du Royaume. Et cette recherche, si elle s’accomplit sincèrement et de tout cœur, ne pourra qu’être comblée, car il ajoute juste après : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32). Et ce « Royaume est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17), un mystère de communion et de vie avec Celui qui, « de tout son cœur et de toute son âme » (Jérémie 32,40-41), veut nous combler de sa Vie et nous introduire ainsi auprès de Lui, dans l’Amour (Jean 14,1-3 ; 17,24)… Le message de Luc 12,32 est donc identique à celui de Luc 11,9-13 : « Cherchez et vous trouverez… Car celui qui cherche trouve… Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du Ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! ». Cherchez le Royaume, il vous sera donné… Demandez l’Esprit, il vous sera donné, et avec Lui, vous trouverez le Royaume, ce mystère de communion avec Dieu dans l’Unité de l’Esprit (Ephésiens 4,3 ; 2Corinthiens 13,13)…

Et ce cadeau n’est surtout pas réservé à une élite. Il est le don gratuit que le Christ, dans sa Miséricorde, est venu offrir aux pécheurs pour leur donner de trouver avec lui le vrai Bonheur (Luc 6,20-23 ; 9,33 ; 10,23-24 ; 11,28), la vraie Paix (Jean 14,27), le vrai Repos (Matthieu 11,28-30), la vraie Vie (Jean 14,6)… Nous le savons bien, nous ne sommes pas dignes de le recevoir (Matthieu 8,8 ; Luc 7,6-7). Mais nous découvrons chaque jour, avec une énorme gratitude, à quel point le Christ n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Et là où la misère abonde, la grâce surabonde, car rien, absolument rien, ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur (Romains 5,20 ; 8,31-39 ; 1Timothée 1,12‑17). Car qu’est-ce qu’un pécheur, sinon celui qui cherche le bonheur sur un chemin de déviance, ou fait la dure expérience de son esclavage dans le mal et de son impossibilité à s’en sortir tout seul. Dans les deux cas, il ne peut que connaître la déception, la souffrance, la tristesse… Et le Seigneur, de son côté, loin de le juger et de le condamner, se fera encore plus proche de lui pour lui redire son Amour, l’inviter à reprendre courage et à repartir à sa suite sur le chemin de la vraie Vie. Car Dieu ne désire qu’une seule chose pour chacun d’entre nous : que nous puissions connaître avec Lui la Plénitude de la Vie par le don de Esprit Saintl’Esprit (Ephésiens 5,18). Heureux alors celui qui acceptera de se lancer dans cette aventure… Telle était la certitude et le bonheur de St Paul : « Je me sens pris dans cette alternative : d’une part, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable ; mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien » (Philippiens 1,23-24). Et que fera-t-il pour notre bien ? Il nous invitera à chercher avant tout « les réalités d’en haut », car là, est la vraie Joie : « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire » (Colossiens 3,1-4 ; cf. Romains 6,1-11 ; Jean 17,22-23).

Telle était aussi l’expérience de St Pierre qui tressaillait déjà de joie, dans la foi, en recevant les dons du Père des Miséricordes : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance…Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves » (1Pierre 1,3-7 ; cf. Jean 3,27-29). Puisse cette expérience être aussi la nôtre !

                                                                                                                 D. Jacques Fournier

[1] Un des sens d’hypocrite (upokrithé” en grec) est « acteur, comédien », car autrefois, tous les acteurs au théâtre jouaient avec un masque.

[2] On croyait en effet que toute maladie ou infirmité était « la punition » que Dieu, dans sa justice, envoyait aux hommes pécheurs (cf Jean 9,1-3) et donc impurs…

[3] Note de la Bible de Jérusalem pour Matthieu 7,15.

[4] Ce terme « malheur », ou « malheureux », reviendra ici six fois, et traditionnellement, le chiffre « six » est symbole d’imperfection !

[5] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 697 : « Une tombe est un objet particulièrement impur du fait du cadavre qu’elle recèle ; si rien ne signale sa présence à la surface du sol, le passant marche dessus sans le savoir et contacte une impureté grave (Nombres 19,11-16) ».

[6] Id. p. 698 : « Dans la tradition orale, c’est parce qu’il avait affirmé que Dieu était juste et ressusciterait les morts que Caïn, son frère, l’avait tué ».

Fiche n°15 – Lc 11,37-12,34 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.

image_pdfimage_print

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Question antispam * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.

Top