Fr Denis FOUCHER, OP (3 février 1946 – 1° janvier 2022), « Entre dans la joie de ton Seigneur » (Mt 25,21).

Fr Denis FOUCHER, OP (3 février 1946 – 1° janvier 2022),

« Entre dans la joie de ton Seigneur » (Mt 25,21).

         Au dernier trimestre de l’année 2008, Fr Denis Foucher, Dominicain, arrivait à la Réunion. Il avait soixante deux ans… Il avait enseigné la Théologie au séminaire d’Antsirabé et accepta l’invitation à animer les journées du Groupe Cycle Long à Bagatelle consacrées plus spécialement à la Théologie. Il désira alors rencontrer le P. Daniel Woillez qui, à l’époque, assurait déjà ces cours sur St Denis, pour voir comment tout cela se mettait en place… Il m’avait écrit ceci : « Ma rencontre avec le Père Daniel Woillez s’est très bien passée. Je vois mieux ce que je dois faire pendant le prochain cycle de théologie et envisage donc de pouvoir répondre plus facilement à plusieurs propositions à partir du mois de février pour le « Mystère de l’Eglise » et du mois de mars pour le reste… Je peux commencer soit le 8, soit le 15 soit le 22 février. L’avantage du 15 serait, entre autres choses, que je pourrais aller voir le 8 comment le Père Woillez organise un dimanche. Mais je n’en fais pas un empêchement pour ne pas commencer le 8 si vous le souhaitez vraiment »… Humilité, disponibilité… Il était très apprécié… Il intervint ainsi pendant deux ans, puis sa communauté l’invita à retourner en métropole…

               Voici, le 2 janvier, ce qu’a écrit à son sujet Fr. Hervé Ponsot, qui l’a bien connu…

          « Le frère Denis Foucher nous a quittés pour le ciel soudainement et à pas de loups, avec la discrétion et l’humilité qui l’ont toujours caractérisé, ce 1er janvier 2022. Il allait avoir 76 ans, et souffrait depuis quelques années d’une maladie dégénérative, proche de celle d’Alzheimer, qui le limitait terriblement dans son expression, mais ne l’empêchait pas d’être très présent à la vie commune ou aux offices religieux. Il était là, très pieux, fidèle, souriant, accueillant, mais sans pouvoir communiquer.

          Nous nous sommes connus à son arrivée dans le couvent de Toulouse, qui a coïncidé avec la mienne fin 1974. Il venait du monde scientifique » (Ingénieur des Ponts et Chaussées), « et de celui de la non-violence : il en vivait, mais déjà en parlait peu. Il n’était pas d’un tempérament très expansif. Si ma mémoire ne me trahit pas, je crois me souvenir qu’il avait fait avant son arrivée à Toulouse un pèlerinage à Jérusalem, en partie (ou la totalité ?) à pied. C’était de fait un excellent marcheur, et il l’a plus tard souvent montré dans les montagnes des Pyrénées : un vrai cabri !

          Nous avons donc commencé notre noviciat ensemble, le 31 mai 1975, sous l’égide du frère Jean-René Bouchet, et avons prononcé nos vœux temporaires l’année suivante, le 10 juin 1976. Nos chemins se sont ensuite séparés, mais ils se sont croisés ou unis pour des sessions, et plus longuement au fil des études à Toulouse. Nous avons été ordonnés prêtres ensemble le 28 juin 1980 : célébration mémorable qui, autour de six frères, avait rassemblé 1500 invités dans l’église du couvent de Toulouse.

          Il n’est pas facile de « dire Denis » : il ne laissait pas de grandes traces là où il passait, mais se signalait partout par sa gentillesse et son attention aux autres. J’ai parlé de discrétion et d’humilité, car Denis était plutôt petite souris que bon géant. Je me suis demandé s’il fallait voir là un héritage familial, lié à sa naissance et sa vie en Algérie, une période dont il n’a jamais vraiment parlé, et je l’attribue donc plutôt à un trait de caractère personnel : voulant bien faire, très scrupuleux, il doutait et hésitait facilement.

          Avec cela, en toute obéissance religieuse, il a pourtant ajouté au fil du temps de multiples cordes à son arc, mais sans en privilégier une qui l’oriente et le fixe durablement : il a plutôt choisi de répondre aux attentes que l’on mettait en lui et qui correspondaient à sa disponibilité. Il fut donc aumônier d’étudiants ou curé de paroisse à Toulouse, en formation en langue arabe à Rome dans le fameux Pisaï, aumônier d’étudiants à La Réunion, responsable de l’église conventuelle à Bordeaux, enseignant au séminaire à Tananarive, puis Antsirabé, dans une certaine solitude dominicaine pendant laquelle il avait entrepris de maîtriser la difficile langue malgache, aumônier dans divers secteurs à Marseille où il vient de s’éteindre comme une bougie peu à peu consumée.

 

          Quand un proche nous quitte après avoir souffert, comme ce fut aussi le cas du frère Rémy Bergeret en mai 2021, nous disons volontiers, non sans raison : il connaît enfin le soulagement et la paix. On ajoutera parfois que l’on a « gagné » un nouvel intercesseur au ciel. Mais on ne peut échapper pour autant à la tristesse de l’absence !

Triste, un mot qui se lit dans les réactions en ligne suite à l’annonce de la mort de Denis, mais qui n’est pas le mot qui revient le plus souvent et que j’ai moi-même employé : « gentil ». Non pas de cette gentillesse que l’on associe à l’absence de personnalité, mais de cette gentillesse communicative, qui marche au même pas que la douceur et qui devrait inspirer chacun de nous. Elle n’aime rien tant que la discrétion, celle que Denis a manifestée dans sa vie comme dans son départ pour le ciel. »

        

Et voici l’homélie que Fr Manuel Rivéro donna de son côté le 10 janvier à la Cathédrale de St Denis :

          « Les funérailles de notre frère Denis FOUCHER ont eu lieu ce matin au couvent des Dominicains de Marseille.

          Merci, Seigneur, pour les dons accordés au frère Denis et pour tout ce que nous avons reçu de Toi à travers lui. Nous implorons aussi le pardon pour ses péchés.

          « Elle a du prix aux yeux du Seigneur, la mort de ses amis » (Psaume 116,15). Le frère Denis est né dans la banlieue d’Alger le 3 février 1946. Il a grandi en Algérie. Etudiant à Paris, il a réussi sa formation d’ingénieur des Ponts et Chaussées.

          Ayant connu l’Ordre des prêcheurs dans la capitale française, il est arrivé au couvent de Toulouse pour commencer son noviciat en 1975. Nous avons été novices ensemble. Objecteur de conscience, attaché à la non-violence, le frère Denis s’est bien entendu avec le frère Jean-René BOUCHET (1936-1987), maître des novices, qui avait fait la guerre d’Algérie et qui nous partageait la cruauté de ce conflit marqué par des tortures pratiquées aussi par l’armée française. La Providence se manifeste dans les rencontres décisives entre l’esprit du maître des novices et les chercheurs de la volonté de Dieu avec leur histoire. Le frère Denis hésitait souvent et longtemps avant de prendre une décision. Le frère Jean-René a sut le rassurer et l’accompagner comme il le fit envers moi-même. Dans les Cévennes, notre maître des novices avait appris la langue castillane auprès des gitans d’origine espagnole qu’il affectionnait. Les enfants gitans lui avaient fait connaître dans la vie quotidienne la langue de Cervantés qu’il prononçait sans accent tout en commettant quelques erreurs de grammaire.

          Au terme de nos études en théologie, nous reçûmes l’ordination presbytérale ensemble le 28 juin 1980 avec quatre autres frères : Didier, Dominique, Hervé et Nicolas-Jean.

          Compte tenu de son enfance en Algérie, les responsables de la formation avaient proposé au frère Denis de suivre des études en langue arabe au PISAI à Rome, ce qu’il fit avec régularité.

          En 1984, nous nous retrouvâmes à Marseille pour le projet de refondation du couvent. Une bonne partie des frères de la Province de Toulouse pensait qu’il fallait fermer le couvent de la rue Edmond Rostand qui après avoir connu des heures de gloire avait sombré dans des conflits destructeurs. Le chapitre provincial de Montpellier désigna six frères pour cette opération risquée de renouveau du couvent : les frères FREMIN, LASSEGUE, SIBRE, FOUCHER et moi-même. Le frère MERIGOUX qui avait été aussi déposé avec nous ne nous avait pas rejoint pour des raisons personnelles. De 1984 à 1985, nous étions au couvent de Marseille deux communautés distinctes avec deux supérieurs différents. Temps difficile mais qui s’avéra fécond pour l’avenir de la vie dominicaine dans la cité phocéenne. Le frère Denis FOUCHER y fit preuve d’abnégation et d’endurance. Aumôniers de l’université des sciences dans deux campus différents, nous avons œuvré ensemble. Les étudiants ne cachaient pas leur admiration pour ce ministère vécu de manière fraternelle : « C’est rare de voir travailler deux prêtres ensemble ! », disaient-ils.

          Musicien, chantre, rigoureux dans son travail, serviable, le frère Denis a accompli différents ministères dans les églises conventuelles et dans l’apostolat du Rosaire, comme Secrétaire général du Pèlerinage du Rosaire à Lourdes et en tant que directeur national des commissaires et des hôtesses de ce Pèlerinage dominicain qui a lieu au mois d’octobre dans la ville de sainte Bernadette.

          Il a aussi passé sept ans au séminaire d’Antsirabé (Madagascar), de 2001 à 2007, comme enseignant en théologie sans oublier sa mission d’accompagnateur spirituel dans l’équipe des formateurs de ce séminaire interdiocésain qui accueille plus de cent séminaristes chaque année. Plusieurs prêtres malgaches m’ont fait part de l’aide spirituelle décisive reçue de la part du frère Denis au cours de leur formation.

          Humble et discret, homme de prière et austère, le frère Denis savait écouter et soutenir les vocations chrétiennes et sacerdotales. Pendant son séjour malgache, il devint l’aumônier national des Equipes du Rosaire de Madagascar en y apportant des formations théologiques.

          Ces dernières années, avant que la maladie ne l’empêche d’exercer des apostolats, le frère Denis participait à la pastorale catholique de la prison des Baumettes.

          Monsieur Jean-Louis DULOT, responsable provincial des Fraternités laïques dominicaines de la Province de Toulouse, a tenu à exprimer sa reconnaissance envers le frère Denis FOUCHER : « Frère Denis a été pour moi un guide lorsque j’ai commencé à fréquenter les frères dominicains. C’est lui qui m’a fait connaître les fraternités et qui a pris les premières initiatives en vue de créer une nouvelle fraternité à Toulouse ».

               La Réunion a bénéficié pendant deux ans du ministère du frère Denis à la cathédrale et à la Fraternité Sainte Rose de Lima de La Plaine des Palmistes. C’est pourquoi Mgr Gilbert AUBRY a envoyé un courriel pour manifester sa proximité : « Je m’unirai en intention à votre eucharistie. Il a eu un grand rayonnement à La Réunion et à Madagascar. Dans la miséricorde du Seigneur qu’il ait la joie de participer au banquet éternel du Royaume des cieux.

          Bien en communion avec tous les membres de la Communauté Saint Guillaume COURTET ».

          Comment ne pas penser en ce jour de son passage vers le Père aux paroles de Jésus dans la parabole des talents (Mt 25, 14s) ? « C’est bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Seigneur ! ».

 

 

 

 

 

Et ce même 10 janvier, Christian Foucher, son frère, a donné ce témoignage à la fin de la célébration qui avait lieu au couvent des Dominicains de Marseille :

Denis, notre frère,

 

Te voilà étendu devant nous dans ton dernier sommeil, sous les voûtes de cette grande et majestueuse église où tu priais et te recueillais tous les jours. Comment dire simplement, dans l’émotion qui nous étreint tous, tout ce que tu as été pour moi ?

 

 

Tu es né deux ans avant nous, ma sœur jumelle et moi, sous le soleil d’Alger. Huit années d’une enfance qu’on pourrait qualifier d’heureuse vont unir notre trio à l’ombre du trio de nos aînés. Mais en 1954 débutent alors les « évènements d’Algérie », en réalité une guerre toujours plus cruelle et traumatisante. Elle impressionne ton cœur d’enfant puis ta réflexion d’adolescent, divise la famille et influe certainement sur tes choix futurs comme sur les miens. Ta piété précoce, dont nous étions les témoins privilégiés,  se nourrissait sans doute de ce contexte dramatique.

Alors que cette guerre se termine avec les bouleversements qu’on connaît, tu es envoyé à Paris chez des amis de la famille pour poursuivre une scolarité très prometteuse. Tu passes brutalement du soleil d’Alger et de la chaleur familiale à la solitude face à l’écrasante pression d’une grande capitale. C’est du moins l’idée que je m’en fais alors. Je perds mon compagnon, mon confident de tous les jours, mais je partage aussi, à travers les lettres que tu nous écris régulièrement, beaucoup d’éléments de la vie que tu mènes, difficile mais passionnante , qui commencent à nourrir mon admiration pour toi. Brillant élève de terminale puis de classe préparatoire au lycée Louis le Grand, tu intègres l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées. Mais tu ne nous a jamais dit la somme de sacrifices, de renoncements qu’il t’a fallu consentir pour arriver là.

A la sortie de cette école, ta voie semble toute tracée, entre aisance matérielle et responsabilité professionnelle. Tu la suis pendant deux  ans, mais je sais, à travers les discussions que nous avons quand tu descends nous voir en Provence, que tu te poses beaucoup de questions,  cherches beaucoup en toi-même et envisages déjà un changement radical dans ta vie.

Un premier tournant va te donner un début de réponse : tu accomplis durant deux ans tes obligations de service national dans le cadre d’un service civil d’objecteur de conscience, mettant en cohérence tes convictions chrétiennes de non-violence et ton rôle de citoyen. Sur ce plan je suivrai ta voie, deux ans plus tard, mettant mes pas dans les tiens qui t’ont conduit au Service Civil International. Loin de reprendre ensuite une carrière confortable, tu t’investis une année supplémentaire dans un Comité de Coordination pour le Service civil que tu as contribué à fonder et que tu diriges, en même temps que tu milites dans une association de solidarité avec les travailleurs immigrés vivant dans des bidonvilles à Nanterre. Nous étions  impressionnés par le courage de ton engagement, mais tu en parlais, peu, avec un naturel et une humilité qui t’ont toujours caractérisé depuis.

S’ouvre alors pour toi, cette même année, une voie nouvelle que tu avais commencé à explorer dans un groupe de réflexion autour du Père Haim, « La Route à Jérusalem », qui voulait ouvrir les pistes d’un rapprochement entre les trois religions monothéistes. Tu as partagé avec moi beaucoup de tes réflexions autour de ce projet. En octobre 73 tu prends avec un autre jeune volontaire la route du Moyen-Orient. Elle commence en réalité par une étape maritime. Mais la guerre du Kippour qui vient d’éclater vous bloque à Chypre de longues semaines. C’est vraiment mal parti pour votre projet, pourtant vous réussissez à rejoindre le Moyen-Orient et à commencer votre périple, le plus souvent à pied. Tu y fais beaucoup de rencontres, au Liban principalement, travailles sur des chantiers de volontaires, médites beaucoup, visites de nombreux couvents ou monastères. Mais tu ne nous parles pas beaucoup alors de cette expérience, tes lettres sont très espacées. Peut-être as-tu vécu le sentiment d’un échec, ou au contraire trouvé dans cette confrontation avec une triste réalité l’argument ultime pour sauter le pas. Au bout de huit mois tu rentres en France : tu as définitivement arrêté ton choix , l’engagement dans un ordre religieux.

Nous sommes en juin 74, tu as 28 ans et tu vas entrer chez les Dominicains, non sans avoir sans doute encore vécu quelques mois d’indécision. Après six années d’études et d’un cursus  qu’il m’est difficile de décrire, tu es ordonné prêtre à Toulouse avec cinq autres frères. J’y ai éprouvé le sentiment d’un aboutissement pour toi.  Nous étions désormais en retrait, mais quoi de plus naturel ?   Les vingt années qui suivent sont d’une telle intensité dans tes fonctions et sacerdoces que je ne me risquerai pas à les rappeler, le frère Hervé Ponsot l’ayant déjà fait avec une telle clarté.

Denis, tu nous paraissais parfois hésitant, indécis sur des choix de vie quotidienne ou d’engagements mineurs. Mais quelle force de caractère, quelle disponibilité, quel sens du sacrifice et de la mission sacerdotale ces multiples fonctions et engagements traduisent-ils ! Tu trouvais dans ta foi les ressources physiques et morales pour les assumer en même temps ou tour à tour, tu nous le disais toujours quand on te retrouvait. En même temps tu appliquais vis-à-vis de ta propre famille ces vertus de tolérance et de fraternité chrétienne, cherchant à maintenir ou rétablir des relations parfois distendues par l’éloignement géographique ou des choix de vie différents. Tu étais d’une constitution assez frêle, tu poussais parfois l’humilité jusqu’à l’effacement mais tu étais tenace, méthodique, comme t’y avait préparé sans doute ta formation scientifique durant tes années parisiennes.

En 2000, on t’a vu partir pour une très longue mission à Madagascar. J’étais inquiet, tu étais déjà fragile physiquement. Pourtant  tu as tenu huit ans durant lesquels tu nous a régulièrement envoyé des lettres circulaires sur ton apprentissage de la langue malgache – mais tu n’as jamais été doué pour les langues étrangères ! –  sur tes missions d’enseignant, de responsable de l’aumônerie des équipes du Rosaire. On y sentait aussi parfois – tu restais toujours pudique sur tes impressions – ta confrontation douloureuse avec la violence, la misère, les injustices d’un des pays les plus pauvres du monde. Ta sensibilité, ta douceur tirée de la non-violence ont dû en souffrir. Mais tu aimais ce pays, et quand tu revenais nous voir lors de tes quelques congés, tu me parlais plutôt de la situation politique à Madagascar, des enjeux électoraux, des transports à risques dans les taxis-brousse, des vols de bétail, du retournement des morts. Devant les paysages paisibles des Alpilles où l’on marchait, je t’écoutais, retrouvant les impressions connues 40 ans auparavant en Algérie ou en Provence face à un frère qui me parlait et m’impressionnait beaucoup.

A l’été 2008 tu quittes définitivement Madagascar pour t’établir deux ans à La Réunion. Nous étions soulagés, nous savions que tu allais te refaire une santé. Mais quand tu es rentré en 2010, tu étais quand même affaibli, très amaigri et encore plus fragile.

Tout à droite, Fr Denis Foucher

Pourtant tu t’es à nouveau investi dans d’autres missions auprès de tes frères du couvent de Marseille. La proximité géographique nous permettait de nous voir beaucoup plus souvent et de t’y suivre plus facilement. Ton dernier sacerdoce, le plus dur sans doute vu ton état de santé, t’a conduit comme aumônier à la prison des Baumettes. Nous étions toujours plus inquiets mais tu as tenu bon plusieurs années. Les premières atteintes de la maladie t’ont finalement forcé à y renoncer, et tu en as été très malheureux.

Denis, ces dernières années ont été douloureuses pour toi, de plus en plus conscient de décliner. Tu te sentais inutile, tu souffrais toujours plus de tes difficultés à trouver les mots, de ne plus pouvoir communiquer, de ne plus pouvoir tenir d’homélies, suivre les conversations de tes frères au réfectoire. Nous souffrions de te voir souffrir. Parler au téléphone avec nous était devenu une épreuve, mais tu voulais tellement garder le lien…Tu commençais à être hésitant dans  la marche, un peu craintif, alors que tu as toujours été un  marcheur si endurant lors des randonnées en montagne que je te proposais. En août 2015 encore tu grimpais le Grand Galibier à plus de 3200 m, le vertige seul t’ayant arrêté à moins de 100 mètres du sommet. Le frère Jean-François, au dévouement admirable, dont tu me disais souvent qu’il était extraordinaire, c’étaient tes mots,  t’a entouré de ses soins et de sa présence tout au long de ce déclin.

Tu craignais par-dessus tout de devoir quitter cette communauté, d’être arraché à tes frères dominicains. Je le savais, tu me l’avais fait comprendre. La pneumonie t’a brutalement arrêté sur cette descente qui ne pouvait qu’être  toujours plus douloureuse. 

Denis, tu as fini ta route à Jérusalem. Ton corps est encore là devant nous, entouré de tous tes frères dans la majesté impressionnante de cette nef, et tu nous laisses dans une immense tristesse. Mais tu continues à vivre en moi, en nous, présents ou absents en ce jour, nous qui t’aimions tant.

                                                                                                             

                                                                                                           Christian

  

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