Solennité du Christ Roi (Mt 25, 31-46) par D. Alexandre ROGALA

Les deux derniers dimanches, Jésus nous a mis en garde face à une issue négative possible au jour du jugement. Aujourd’hui, Jésus nous explique comment se passera ce jugement qu’il présidera à la fin des temps. Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il prend place sur le trône de sa gloire et met à exécution son jugement.

Aujourd’hui, l’Église nous invite à réfléchir sur la royauté du Christ. Commençons par nous interroger. Quelle image nous faisons-nous d’un roi ? Peut-être, pensons-nous à une personne ayant tous les pouvoirs sur un territoire et sur ses habitants, prenant des décisions de manière arbitraire selon son humeur…

Mais comme Christ le dit lui-même, « sa royauté n’est pas de ce monde » (cf. Jn 18, 36). L’image de la royauté terrestre que nous venons d’évoquer ne peut donc pas s’appliquer à la royauté du Christ.

Je vous propose d’essayer de comprendre comment le « roi de l’univers » exerce sa royauté à partir des textes que nous propose la liturgie.

La première lecture est tirée du chapitre 34 du Livre du Prophète Ézéchiel. Dans cet extrait le Seigneur se présente à son prophète comme un berger.

Dans le langage de cour du Proche-Orient ancien, « les bergers du peuple » désignaient les rois. Par conséquent, en se présentant comme un berger, le Seigneur révèle au prophète que c’est Lui le véritable roi d’Israël.

Et quel genre de berger, quel genre de roi est le Seigneur ? Écoutons-le:

« La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit » (v. 16)

Le Seigneur est un berger qui prend soin de son troupeau. Le Seigneur est un roi qui met sa royauté au service de son peuple. Et puisque le Seigneur veut faire paître ses brebis « selon le droit », il est nécessaire que quelqu’un assure le rôle de juge.

Dans un autre psaume, le Ps 99, nous lisons que le Seigneur est un roi qui aime la justice, qui est l’auteur du droit, et qui assure en Jacob la justice et la droiture (cf. Ps 99, 4).

C’est pourquoi dans notre texte le Seigneur annonce au prophète Ézechiel un jugement à venir qu’il présidera lui-même: « voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs ».

Nous ne l’avons pas lu aujourd’hui, mais quelques versets plus loin dans ce même texte du prophète Ézéchiel, le Seigneur délègue sa charge à un « nouveau David », « berger unique » qu’il suscite pour gouverner son peuple:

« Je susciterai à leur tête un seul berger ; lui les fera paître : ce sera mon serviteur David. Lui les fera paître, il sera leur berger. Alors moi, le Seigneur, je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu delles. Je suis le Seigneur, jai parlé » (v. 23-24).

Dans le texte d’évangile que nous avons entendu (Mt 25, 31-46), il est question du jugement  dernier annoncé dans la première lecture. Celui-ci sera exercé à la fin des temps, par Jésus, dont l’un des titres est « Fils de David » (Mt 9, 27; 12, 23 etc.). Jésus est donc le « serviteur David » dont nous venons de parler.

Pour prononcer son verdict  ce juge s’appuiera sur ce que les destinataires auront fait, ou n’auront pas fait pour lui. « Il rendra à chacun selon sa conduite » (cf. Mt 16, 27). L’élément clé permettant de comprendre le texte et de se préparer à ce Jugement est le lien qui existe entre le Fils de l’homme et les « plus petits ».

Tout d’abord, « les plus petits » dont il est question dans le texte, n’est pas un groupe défini une fois pour toute. Si dans certaines circonstances, nous sommes en mesure d’apporter de l’aide, dans d’autres circonstances, c’est nous qui avons besoin de recevoir l’aide d’un autre. Pour le dire autrement, il y a des situations, où nous faisons partie de ces « plus petits » dont parle Jésus. C’est la raison pour laquelle, nous devons appliquer la « règle d’or » que Jésus donne à ses disciples: «  tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi » (Mt 7, 12)

Ensuite, la liste qu’énumère Jésus quand ils parlent de ceux qui ont faim, qui ont soif, qui sont nus etc. n’est pas exhaustive. Jésus ne fait que donner quelques exemples. L’amour du prochain et la miséricorde qui sont au cœur de l’évangile, sont exigés partout/en toute situation où des hommes sont dans le besoin.

Enfin, si ce texte peut dans un premier temps nous faire peur à cause de la mention du « châtiment éternel » au v. 46. C’est surtout la volonté de Dieu de sauver tous les hommes qui est soulignée. En effet, Jésus nous dit que le Royaume a été préparé « pour nous » depuis la fondation du monde (v. 34). En revanche, le feu éternel a été préparé, non pas pour les hommes, mais « pour le diable et ses anges » (v. 41). S’il est possible qu’au jour du jugement, certains hommes s’en aillent loin du Seigneur dans ce feu éternel, ce sera en dépit de la volonté de salut de Dieu.

Nous avons vu tout à l’heure que dans le Livre d’Ézéchiel, après s’être présenté comme le véritable roi du peuple d’Israël, le Seigneur annonce qu’il suscitera un prince, descendant de David comme berger unique d’Israël. Il est possible que ce soit l’un des textes en arrière fond de l’extrait de la Première Lettre de saint Paul aux Corinthiens que nous avons entendu en deuxième lecture.

De fait, saint Paul présente Jésus comme un peu comme un prince quand il écrit que « tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance.»  (1 Co 15, 24)

En attendant ce jour où il remettra la royauté au Père Céleste, c’est le Christ qui règne et combat pour nous les « principautés, souverainetés et puissances », c’est à dire toutes les forces spirituelles qui s’opposent à l’Évangile.

À la fin, même la mort sera réduite à rien, et la mission du Christ sera achevé. Pour les « bénis du Père » que le Fils de l’homme placera à sa droite, « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28)

Si la mort a perdu son pouvoir de domination, nous avons la certitude que le jour où nous mourrons ne sera pas la fin de notre vie.

Et en attendant le retour de notre Seigneur Jésus Christ à la fin des temps, « ne craignons aucun mal, puisque il nous accompagne tous les jours de notre vie » (Ps 23). Amen !

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