L’adresse du Livre de l’Apocalypse (Ap 1,4-8)

               Jean, aux sept Églises d’Asie. Grâce et paix vous soient données par  Il est, Il était et Il vient , par les sept Esprits présents devant son trône, et par Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre. Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen. Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. Oui, Amen! Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. Oui, Amen !

 7 églises de l'apocalypseJean s’adresse donc « aux sept Eglises d’Asie » qui seront énumérées par la suite : Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée. Il est possible de repérer ces villes sur les cartes que nous trouvons à la fin de nos Bibles.

L’Asie Mineure, l’actuelle Turquie, est essentiellement concernée, mais avec le choix de ce chiffre sept, symbole de perfection, c’est toute l’Eglise, l’Eglise Universelle, qui est visée…

            Avec « grâce » et « paix », Jean fait allusion aux salutations habituelles des Grecs et des Juifs. A l’époque, depuis l’invasion de tout le bassin méditerranéen par le grec Alexandre le Grand (4° siècle avant JC), le monde connu se partageait entre « les Juifs » et ceux qui avaient été marqués par la culture grecque, « les Grecs ». Parler de Juifs et de Grecs revient donc à évoquer le monde entier… Et c’est ce que Jean fait ici, avec une allusion au salut grec « Khaïré » par un mot très proche, « kharis, grâce », et au salut Juif, « Shalom, paix ! ». Tout homme est ainsi invité à recevoir gratuitement du Christ Sauveur cette « grâce » qui est « paix » (Jn 14,27). Avec Lui et par Lui, « la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée » (Tt 2,11), pour que « la paix du Christ règne dans nos cœurs » (Col 3,15). Telle est « la Bonne Nouvelle de la Paix » (Ep 6,15). Alors, « à vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ » (Rm 1,7 ; 5,1 ; 15,33 ; 16,20 ; 1Co 1,3 ; 2Co 1,2 ; 13,11 ; Ga 1,3)…

            Et de fait, cette Paix est donnée ici en premier lieu par Celui qui est Source de tout et qui est nommé « Il est, il était et il vient ». Jean fait ici allusion au Nom divin révélé à Moïse en Ex 3,13-15 : « Je suis qui je suis » ou « Je suis ». Or, en hébreu, la langue de l’Ancien Testament, cette forme verbale du verbe être peut très bien se traduire, selon le contexte, par un présent, un imparfait ou un futur[1], c’est-à-dire par « je suis », « j’étais » ou « je serai »… Avec « Il est, il était et il vient », Jean reprend ces possibilités à la troisième personne du singulier, en changeant la dernière. Celui qui sera, c’est Celui qui vient avec son Fils et par Lui…

            Et son Fils « Jésus[2] Christ[3], est le Témoin Fidèle » (Ap 1,5) du Père et de la Vérité de ce Mystère de Communion qu’il vit avec Lui et qu’il est venu nous proposer. Et il est aussi « le Premier Né d’entre les morts » (Col 1,15-20), par sa Résurrection qui inaugure la résurrection à venir de tous ceux et celles qui auront cru en Lui. Il sera alors « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29), Lui qui « ne rougit pas de nous appeler ses frères » (Hb 2,11 ; Mt 12,48-49 ; 25,40 ; 28,10 ; Jn 20,17). Il est enfin « le Prince des rois de la terre », « le très haut parmi les rois de la terre » (Ps 89(88),27-30), notamment par sa Résurrection et son Ascension au plus haut des Cieux, quand le Père lui a donné « le Nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au Nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,9‑11 ; Ep 1,18-23)…

 

            ESTE TRINITEn Ap 1,4-5, Jean évoque donc le Père, « Il est, Il était et Il vient », le Fils, « Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre », et aussi l’Esprit Saint avec « les sept Esprits présents devant son trône ». Le chiffre sept évoque à nouveau la Plénitude, ici celle de l’Esprit Troisième Personne de la Trinité… Comme nous le disons dans notre Crédo : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire »… Et notons la place où il intervient en Ap 1,4-5 : entre le Père et le Fils… Il est en effet l’Amour qui unit le Père au Fils, Celui par qui le Père donne tout à son Fils, Celui par qui le Fils reçoit tout du Père… Et il en sera de même pour nous tous, si nous l’acceptons. C’est l’Esprit Saint, Troisième Personne de la Trinité, qui, par notre foi au Fils, nous communique en effet tous les dons que le Père veut nous transmettre, et ces dons ne seront que participation à la Plénitude que le Fils reçoit de toute éternité de son Père par ce même Esprit. Jésus dit ainsi à son sujet : « (L’Esprit Saint) recevra de ce qui est à moi, et il vous le communiquera » (Jn 16,14). Comme le Fils, c’est donc par l’Esprit Saint que nous sommes engendrés à la vie nouvelle et éternelle en fils et filles de Dieu… Et c’est toujours ce même Esprit qui nous transmet les charismes que nous serons ensuite invités à mettre au service de nos frères (1Co 12,11)… L’Esprit Saint est ainsi Celui par qui nous recevons tout du Père. Et ces donc reçus nous établissent en communion d’Etre et de Vie avec le Père, avec le Fils, avec tous ceux et celles qui mettent leur foi dans le Fils, mais aussi avec tous les hommes de bonne volonté qui, en suivant des chemins de vérité et de justice, ouvrent leur cœur à Celui-là seul qui est Vérité (Jn 14,6 ; 14,17a ; 17,3) et Justice…

 

            Toute l’œuvre du Christ est ensuite résumée en quelques lignes… « Il nous aime »… On peut noter le présent, un présent éternel qu’il nous est déjà possible d’accueillir dès aujourd’hui dans le présent et l’invisible de la foi. Et ce présent est participation à l’éternel présent de cet Amour que le Père vit avec son Fils : « Le Père aime le Fils » (Jn 3,35 ; 5,20)… Et le Fils répond à l’Amour du Père par l’Amour : « Il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que j’agis conformément à ce que le Père m’a prescrit » (Jn 14,31). Or, qu’est-ce que le Père lui a prescrit, quelle est sa volonté ? Manifester l’Amour de Dieu jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie, pour que le monde le reconnaisse, l’accepte et puisse se détourner, avec Lui et grâce à Lui, de ce mal qui le détruit… Le Père a ainsi envoyé son Fils dans le monde avec comme but ultime : que le monde soit sauvé… « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». Ainsi, « je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné » (Jn 3,16-17 ; 6,38-39)… Et le Fils a accompli (Jn 19,30) ce Salut du monde en s’offrant Lui-même jusqu’au bout, ne cessant de répondre à tout le mal qu’on lui faisait par de l’amour… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34)… « C’est pour vous », dira St Pierre, vous qui avez contribué à sa mort d’une manière ou d’une autre, « que Dieu a ressuscité son Serviteur et l’a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,26). Ainsi le Fils, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13,1), « jusqu’à l’extrême de l’amour », précise en note la Bible de Jérusalem, en vivant sa Passion, sa mort et sa résurrection pour chacun d’entre nous. « Il nous a ainsi aimés » (Jn 13,34 ; 15,9 ; 15,12) en nous révélant l’Amour du Père et en prenant sur Lui toutes les conséquences de nos fautes pour que nous puissions avoir part à sa Vie et à sa Gloire, ce dont nous étions justement privés par suite de nos fautes (Rm 3,23 ; 6,23 ; Ep 2,4-10). Par amour, il a donné sa vie pour chacun d’entre nous (Jn 15,13) en prenant sur lui nos infirmités (Mt 8,17) et en portant sur le bois de la Croix les conséquences de nos fautes (1P 2,21-25). Lui qui n’avait jamais péché (Jn 8,46), il est ainsi devenu « péché pour nous afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (1Co 5,21)… Grâce à son offrande, si nous l’acceptons, « nous sommes lavés de nos péchés par son sang » (Ap 1,5) qui « purifie notre conscience de toutes les œuvres mortes que nous aurions pu accomplir » (Hb 9,14). C’est ainsi que le Christ nous a aimés… Ressuscité, il continue de nous aimer en intercédant pour nous auprès du Père (1Jn 2,1-2) et en actualisant jour après jour les fruits de sa Passion et de sa Résurrection dans nos vies par le don de l’Esprit. Avec Lui et par Lui, Il vient se proposer à tout homme de bonne volonté, pour s’unir à lui et le soutenir dans sa vie. Et cela se vérifie tout spécialement dans l’épreuve et la souffrance, fussent-elles les conséquences de nos péchés. Inlassablement, l’Agneau de Dieu se proposera pour prendre sur Lui sa brebis perdue (Lc 15,4-7 ; Jn 14,1-3), pour enlever son péché (Jn 1,29) par l’œuvre purificatrice de l’Esprit (1Co 6,9-11), pour porter avec elle sa souffrance et la remplir ainsi de la Lumière et de la Force de sa Présence. Mais accueillir cette Présence compatissante du Christ ne peut qu’être au même moment synonyme de renoncement à tout ce qui peut s’opposer à sa Lumière, à sa Vérité et à son universelle Bienveillance…

 paix

            « Il a fait de nous une Royauté de Prêtres » (Ap 1,6). Le Christ Lui-même est Roi (Jn 18,37 ; Mt 21,5 ; 25,31-40 ; 1Co 15,22-28) par l’Esprit qui l’habite en Plénitude, un Esprit de Lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pu saisir (Jn 1,4-5), un Esprit de Paix qui désire régner au cœur de tout homme pour faire de Lui un artisan de Paix (Col 3,15 ; Mt 5,9), un Esprit d’Amour et de Vie qui se révèle plus fort que le mal et la mort (Ps 117(116) ; Rm 5,15-21). En se faisant homme, il a voulu s’unir à nos ténèbres pour régner en elles et nous donner ainsi de pouvoir bénéficier de sa Lumière et de sa Vie. Lui qui n’avait jamais commis de faute, il a voulu assumer notre nature humaine blessée par le péché, ce que St Paul appelle notre « condition d’esclave » (Ph 2,6-11), pour régner en elle et nous permettre de partager ainsi sa Liberté (Jn 8,31‑36 ; Ga 5,1), sa Gloire (Rm 3,23 ; Jn 17,22-23) sa Plénitude (Jr 2,5 (TOB) ; Col 2,9-10), et sa Joie (Jn 15,11)… C’est donc par cette union de Miséricorde avec nous qu’il élève ceux et celles qui acceptent de le recevoir (Lc 1,52), et qu’il les fait asseoir sur son Trône de Lumière (Lc 22,28-30 ; 2Tm 2,12)…

Il leur donne ainsi de participer à sa Royauté et à son Sacerdoce, les deux n’étant que l’expression de son Amour. « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu », écrivait St Paul aux chrétiens de Rome, « à vous offrir vous‑mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rm 12,1). Cette aventure sera possible grâce à l’action de l’Esprit Saint qu’ils ont reçu au jour de leur baptême. C’est Lui qui, petit à petit, fera mourir en eux le mal qui les habite (Rm 8,13) et leur permettra de faire le bien (Ga 5,16 ; 5,22-25). Il leur donnera de se donner, comme le Christ, au service de leurs frères et sœurs en humanité… « La mort du Christ fut en effet une mort au péché, une fois pour toutes », et maintenant, Ressuscité, « sa vie est une vie à Dieu » (Rm 6,10). Or tous les croyants ont été unis à la mort et à la Résurrection du Christ par leur baptême (Rm 6,1-11). Tout leur travail consistera donc à laisser l’Esprit du Christ les associer à cette mort au péché que le Christ a vécu « une fois pour toutes » et pour nous tous, afin que notre vie soit comme la sienne, une vie pour Dieu et pour nos frères. « Ainsi, vous de mêmes », écrit encore St Paul, « considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu dans le Christ Jésus » (Rm 6,11). Et encore : « L’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts », sous entendu, au péché. « Et il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus égoïstement pour eux‑mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,14-15). En vivant pour le Christ, ils vivront alors pour le Père et pour tous leurs frères les hommes, car la volonté du Père est notre salut à tous… Voilà ce qu’affirme ici le Livre de l’Apocalypse : grâce à son Amour de Miséricorde, en nous lavant de toutes nos fautes par son sang, le Christ a fait de nous, et continue de faire de chacun d’entre nous, « une Royauté de Prêtres pour Dieu son Père » (2Co 5,16-21). Ainsi, en laissant le Christ accomplir en eux son œuvre de mort au péché et de communication de la Vie nouvelle et éternelle, les chrétiens s’offrent en fait à l’action de l’Esprit Saint. Ils reçoivent alors des dons, des grâces, des charismes qu’ils sont invités à mettre en œuvre au service de leurs frères, pour que le projet d’amour de Dieu sur chacun d’entre nous s’accomplisse le plus pleinement possible. En s’offrant eux-mêmes à l’Esprit, ils contribuent ainsi, grâce à la Force de ce même Esprit, au retour et à l’offrande à Dieu de la création tout entière (Rm 8,18‑22). « Prêtres, unis au Christ Prêtre » grâce à son Amour de Miséricorde, « ils offriront à Dieu l’univers entier en sacrifice de louange » (Note de la Bible de Jérusalem pour « Royauté de Prêtres ») … Ils rendront grâces pour tant de grâces reçues, et ils oseront laisser éclater leur joie… « A lui la Gloire et la Puissance pour les siècles des siècles ! »

L’auteur termine enfin avec une allusion au retour du Christ (cf. Lc 21,27), soit au dernier jour du monde, soit à notre dernier jour à tous. « Chacun alors le verra, même ceux qui l’ont transpercé » (Ap 1,7 ; Jn 19,37). L’allusion à la Passion est claire, mais elle déborde aussi le seul événement historique. Le Christ est toujours persécuté dans les chrétiens qui souffrent en raison de leur foi (Ac 9,1-6), et nous tous, de par notre péché, nous participons, d’une manière ou d’une autre, au mystère de son rejet, de sa mise à l’écart et de sa mort au monde… Alors, « sur lui se lamenteront toutes les races de la terre » (Za 12,10)… La vision est encore universelle : toute la famille humaine est concernée, tous les hommes et toutes les femmes « de toute race, langue, peuple et nation »[4] que le Christ « a racheté au prix de son sang » (Ap 5,9-10 ; 7,9-10). Et cette notion de « lamentation », première étape de la conversion, ouvre à l’espérance de l’accueil du salut par cette multitude que Dieu n’a jamais cessé d’aimer, un salut « qui est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau » (Ap 7,10)… D’ailleurs, juste avant cette « lamentation » sur « celui qu’ils ont transpercé », Dieu promet, dans le Livre de Zacharie, d’envoyer l’Esprit : « Je répandrai sur la Maison de David et sur Jérusalem un Esprit de grâce et de supplication » (BJ), « un Esprit de bonne volonté et de supplication », traduit la TOB qui précise en note : « Transformation intérieure qui place l’homme dans une attitude de confiance et d’ouverture à Dieu »… « La lamentation » sur « celui qu’ils ont transpercé » apparaît alors comme le fruit de l’œuvre de l’Esprit dans le cœur des pécheurs… L’Esprit, en nous révélant notre misère, nous pousse ainsi à demander à Dieu ce qu’il veut nous donner : le salut…

Le Père, aujourd’hui encore, continue donc, par son Fils Ressuscité et par l’Esprit, de chercher toutes les brebis perdues de ce monde jusqu’à ce qu’il les retrouve (Lc 15,4‑7). « Je me tiens à la porte et je frappe : si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Ap 3,20)… « Zachée », et nous tous avec lui, « descend vite » dans la vérité de ta vie blessée, « car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi » (Lc 19,1-10), pour te guérir et connaître la joie de te voir tel que j’ai voulu que tu sois de toute éternité : « à l’image du Fils » (Rm 8,28-30), rempli de sa vie (Jn 10,10), de sa Lumière (Jn 12,46 ; 8,12), de sa Gloire (Jn 17,22-23) …

Dès que cette porte du cœur commence à s’ouvrir, à consentir à la Présence de Celui qui ne cesse de venir à notre rencontre, l’Esprit manifeste aussitôt l’intensité de l’Amour et de la Miséricorde du Père, il enveloppe de sa Tendresse le fils prodigue (Lc 15,20), et laisse éclater la joie des retrouvailles. Sur cette misère acceptée et offerte, « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils », le Père pourra verser en surabondance l’Eau Vive de l’Esprit qui lave, purifie, vivifie… C’est ce qu’évoque Zacharie après la « lamentation » rencontrée précédemment : « En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem, pour laver péché et souillure » (Za 13,1). « Le péché » et « la souillure », qui avaient provoqué, en les reconnaissant, cette « lamentation », sont vite lavés par cette « fontaine ouverte »…

Cette prophétie de Zacharie s’est pleinement accomplie, non seulement pour « la maison de David et les habitants de Jérusalem », mais encore pour « toutes les tribus de la terre ». Du côté transpercé du Christ crucifié ont en effet jailli des Fleuves d’Eau Vive en signe de cette grâce donnée en surabondance aux pécheurs (Jn 19,33-35 ; 7,37‑39 ; Rm 5,20).

 

« « Je suis plein d’allégresse dans le Seigneur,

mon âme exulte en mon Dieu,

car il m’a revêtu des vêtements de salut,

il m’a drapé dans un manteau de justice,

comme l’époux qui se coiffe d’un diadème,

comme la fiancée qui se pare de ses bijoux ». 

Alors, Jérusalem, ta justice jaillira comme une clarté,

et ton salut comme une torche allumée. 

Alors les nations verront ta justice,

et tous les rois ta gloire.

Alors on t’appellera d’un nom nouveau

que la bouche du Seigneur dictera. 

Tu seras une couronne de splendeur dans la main du Seigneur,

un turban royal dans la main de ton Dieu, » 

(« une Royauté de Prêtres pour ton Dieu et Père »)…

« Comme un jeune homme épouse une vierge,

ton bâtisseur t’épousera.

Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse

que ton Dieu éprouvera à ton sujet »…             

 

                                                                                  (Is 61,10-62,5 ; Ap 1,6)

 

 

        fils prodigue  Souvenons-nous du Fils prodigue… Dès qu’il commence à dire à son Père ce qu’il n’avait cessé de répéter tout le long du chemin du retour,  « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi », le Père le coupe et ne lui laisse pas le temps de dire la suite : « Je ne mérite pas d’être appelé ton Fils, traite-moi comme l’un de tes serviteurs ». Il n’est pas question qu’il ne le regarde plus comme son fils ! Il est son fils, désiré et attendu depuis toujours et pour toujours ! Aussi, dit-il à ses serviteurs, « Vite, apportez la plus belle robe et revêtez l’en »… Si cette robe est « la plus belle » que Dieu possède, elle ne peut qu’être la sienne, une robe de Splendeur, de Majesté et de Gloire… Tel est « le vêtement de salut » : « le manteau de justice » et « le diadème » qui évoque la participation à la Justice et à la Royauté mêmes de Dieu… Le résultat sera « clarté », « gloire » par le don de « l’Esprit de gloire » (1P 4,14), création « nouvelle » car renouvelée par le Don de l’Esprit (2Co 5,17-18 ; Tt 2,4-7), et enfin joie, « joie de l’Esprit » (1Th 1,6), joie des sauvés qui ont reçu l’Esprit (1Th 4,8) et joie de Dieu à qui appartient la Plénitude de l’Esprit (Jn 4,24 ; Ep 3,18 ; 5,18 ; Col 2,9-10)…

            Alors, « Oui, Amen ! », un mot qui, en hébreu, signifie : « C’est vrai, c’est du solide, on peut faire confiance », comme l’écrit St Paul en 1Tm 1,12-17 : « Elle est sûre cette parole » (BJ), « elle est digne de confiance » (TOB), « elle mérite d’être pleinement accueillie par tous » (TOB), « elle est digne d’une entière créance » (BJ) : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier » ». Alors, « Oui, Amen ! », que cette Parole déjà accomplie dans le cœur de Dieu (Ps 103(102),1-5.10-13), déjà accomplie dans le cours du temps et de l’Histoire par la mort et la résurrection du Christ (Jn 19,30 ; Rm 4,23-25 ; 5,8 ; 8,31-39 ; 1Co 15,3-8 ; Ga 1,3-5 ; 2,19-20 ; Ep 2,4-6 ; 5,1-2 ; 5,25-27 ; Col 1,21-22 ; Tt 2,11‑14), s’accomplisse maintenant en plénitude dans le cœur de tous les hommes… Que tous osent s’ouvrir à cette Miséricorde, à cette Tendresse, à cette Bonté qui ne désire qu’une seule chose : notre Plénitude et notre Vie à tous…

         Et cette déclaration se termine en Ap 1,8 par ce qui ressemble à une signature de Dieu le Père en personne : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, « Il est, Il était et Il vient », le Maître-de-tout ». Nous retrouvons l’expression déjà rencontrée en Ap 1,4. Et Dieu se présente aussi comme « l’Alpha et l’Oméga ». Or, alpha (a) est la première lettre de l’alphabet grec, et oméga (v) la dernière… Dieu est ainsi Celui qui Est au commencement, et Celui qui est à la fin, l’Eternel Présent à ce monde qu’il a créé (Jn 1,4 ; 1,9) en vue de notre naissance à la vie éternelle… Jean reprend ici un titre déjà apparu dans le Livre d’Isaïe : « Qui a agi et accompli ? Celui qui dès le commencement appelle les générations ; moi, le Seigneur, je suis le premier, et avec les derniers je serai encore… Ainsi parle le Seigneur, le roi d’Israël, le Seigneur Tout Puissant, son rédempteur : Je suis le premier et je suis le dernier, à part moi, il n’y a pas de dieu » (Is 41,4 ; 44,6 ; cf. 48,12).

Enfin, « Tout Puissant » (environ 170 fois dans la traduction grecque de l’AT dont 60 dans le seul Livre de Zacharie) renvoie non seulement à la Puissance créatrice du Roi de l’Univers mais aussi à la Toute Puissance de sa Miséricorde (Lc 1,49-50) qu’aucune de nos misères ne peut mettre en échec dans la mesure où nous la lui offrons avec un désir sincère de repentir…              

 alpha omeg                                                                                                D. Jacques Fournier

 

[1] Il suffit pour s’en convaincre de comparer les traductions pour Ex 3,12 (BJ : « Je serai avec toi » ; TOB : « Je suis avec toi »), Ex 3,14 (BJ : « Je suis celui qui est » ; TOB : « Je suis qui je serai ») ; Ex 4,15 (BJ : « Moi, je serai avec ta bouche » ; TOB : « Et moi, je suis avec ta bouche »)…

[2] Lorsque l’Ange Gabriel annonça à Marie qu’elle allait « être enceinte  et enfanter un fils », il lui indiqua le nom qu’il fallait donner à l’enfant : « tu l’appelleras du nom de Jésus » (Lc 1,26-33). « Jésus » (Yéhoshua ou Yeshua en hébreu) signifie « Yah(vé) sauve ». Or Yahvé, dans l’Ancien Testament, est le Nom du Dieu de l’Alliance (Ex 3,13-15, traduction Bible de Jérusalem), Celui qui dans le Nouveau Testament s’est révélé comme étant « Notre Père ». Le nom de « Jésus » renvoie donc au Père en tant qu’Il nous sauve. Avec son Fils et par Lui, Dieu le Père en personne vient sauver tous les hommes, ses enfants…

[3] « Christ » vient du verbe grec « kriô » qui signifie « oindre, enduire » ; « kristos » sera donc « celui qui a reçu l’onction ». Le mot « Messie » a exactement la même signification, mais lui vient de l’hébreu, la langue de l’Ancien Testament. « Massah » signifie « asperger, oindre », et « massiah » ou « messiah », « celui qui a reçu l’onction ». Dans l’Ancien Testament, le roi était « l’Oint du Seigneur » par excellence, celui que Dieu avait « élu » pour gouverner son Peuple. L’onction d’huile lui était appliquée par un homme de Dieu, prophète ou prêtre. Le roi David, par exemple, fut oint par le prophète Samuel (1 Sm 16,1-13). Et sur la base de la promesse faite par Dieu à David en 2Sm 7,16, les Juifs, à l’époque de Jésus, attendaient ce Messie « Fils de David », qui devait, du moins le pensaient-ils, rétablir la royauté en Israël en chassant l’occupant romain (Lc 24,21 ; Ac 1,6). Mais Jésus accomplira toutes ces prophéties en se manifestant par sa Parole, les signes accomplis, sa mort et sa Résurrection, comme le Roi vainqueur du mal et de la mort. Et il désire que nous soyons tous les heureux bénéficiaires de sa victoire…

[4] Nous l’avons noté : quatre termes sont employés. Or « quatre » symbolise l’universalité déjà évoquée par les mots employés : « toute race, langue, peuple et nation »… L’auteur souligne ainsi à quel point « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6).

 

 

     

 

 

 

  

 

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