L’Annonciation à Marie (Lc 1,26-38)

          Annonciation 3 Basilique du Rosaire LourdesLe sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, (27) à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

            (28) L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

            (29) A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

            (30) L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. (31) Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. (32) Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; (33) il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

            (34) Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »

            (35) L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. (36) Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. (37) Car rien n’est impossible à Dieu. »

            (38) Marie dit alors : “Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

            Alors l’ange la quitta.

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Introduction

Selon son habitude, Luc commence par bien situer ce passage dans le temps et l’histoire, en précisant l’époque, les circonstances historiques et les personnages concernés :

  • Le temps : L’Ange Gabriel est envoyé à Marie le sixième mois après la conception de Jean-Baptiste. Nous sommes donc toujours « aux jours d’Hérode, roi de Judée » (Luc 1,5), vers l’an 5-6 avant JC (Se souvenir de l’erreur de datation de Denys le Petit en 533, à Rome. Or ses calculs sont à l’origine de notre calendrier actuel…).

  • Les circonstances historiques : l’action se déroule en Galilée, dans la ville de Nazareth. Or, tout ce qui venait de la Galilée était regardé avec mépris par les docteurs de la Loi : « Es-tu de la Galilée, toi aussi ? », disent-ils à Nicodème qui tentait de défendre Jésus. « Etudie ! », la pire insulte qu’un Pharisien pouvait entendre lui, qui, chaque jour, lisait et étudiait la Loi. Et Nicodème était en plus un notable et un Maître ! « Tu verras », poursuivent-ils, « que ce n’est pas de la Galilée que surgit le prophète » (Jean 7,45-52). Et c’est vrai, la naissance du Messie devait se produire à Bethléem (Michée 5,1). Mais Dieu se servira d’un recensement ordonné par l’empereur romain César Auguste (Il régna de 30 à 14 avJC) pour que sa prophétie s’accomplisse (Luc 2,1‑7)… De plus, la ville de Nazareth elle-même, écrit André Marie Gérard (Dictionnaire de la Bible p. 980), « bourgade ignorée de l’Ancien Testament… et du monde antique », était méprisée : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jean 1,46) se demande Nathanaël, originaire de Cana en Galilée (Jean 21,2) !

            Dieu agit toujours ainsi : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu » (1Corinthiens 1,27-29).

        P1010618Fresque de l’Annonciation ; Basilique du Rosaire, Lourdes.

Le regard de Dieu n’est pas celui des hommes. Nous, nous jugeons selon les apparences, Dieu Lui regarde les cœurs (Isaïe 11,3; Matthieu 23,27-28; Jean 7,24). Nous, nous aimons si souvent ce qui est éclatant, hors du commun, extraordinaire… Dieu, de son côté, aime ce qui est humble, discret, petit… Ainsi Jésus, « doux et humble de cœur » (Matthieu 11,28-30), vrai Dieu mais aussi homme parmi les hommes, ira s’installer plus tard non pas dans la prestigieuse capitale d’Israël, Jérusalem, mais à Capharnaüm, une autre petite ville inconnue de cette Galilée si peu appréciée par « les grands » de son époque (Matthieu 4,12-17)…

            Lorsque Dieu vient se faire chair dans notre histoire, Il le fait donc au cœur de nos humbles réalités quotidiennes, dans une famille toute simple, habitant une ville toute simple, dans une maison toute simple, au cœur des activités les plus simples de la vie… Et Dieu agit toujours comme cela aujourd’hui… Lorsque, pour croire en lui, les hommes demandent à Jésus d’accomplir des choses extraordinaires, il se désole (Jean 4,48 ; Luc 11,29-32 ; Marc 8,11-13), car en fait, ils sont aveugles : ils ont en effet, sous leurs yeux, le Fils éternel de Dieu en personne ! Quoi de plus extraordinaire ? Et ce grand miracle de l’Incarnation se renouvelle à chacune de nos Eucharisties : par la Puissance de l’Esprit Saint, le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Seigneur (Luc 22,19-20 ; 1Corinthiens 11,23-25 ; Jean 6,48-58)! Savons-nous le reconnaître présent en ces humbles signes ? Consolons-nous : les disciples eux aussi ont eu du mal à reconnaître le Fils de Dieu en personne sous les apparences de cet humble menuisier de Nazareth (Marc 6,52 ; 8,17‑21 ; 8,33 ; 9,32 ; cf 6,1-6 ; Jean 6,41-42), et pourtant : « Qui m’a vu a vu le Père » leur disait Jésus (Jean 14,9).

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Mais comme tout le monde, ils avaient le cœur endurci par le péché (Isaïe 6,9‑10 (voir note en fin de document) ; Jérémie 5,21). Tels étaient les disciples de Jésus, tels nous sommes aujourd’hui. Cela nous encourage à persévérer à sa suite, lui qui est venu non pas pour les justes mais pour les pécheurs (Luc 5,31-32). Allons donc à lui tels que nous sommes, offrons-lui tout et faisons lui confiance en remettant nos cœurs entre ses mains… Comme pour ses Apôtres autrefois, il nous guérira petit à petit, Il ouvrira nos yeux (Luc 24,31), il augmentera en nous la foi (Marc 9,24), il veillera sur elle au cœur même de ses défaillances (Matthieu 14,22-33 ; Luc 22,31-32 ; Jean 17,11-12 ; 2Timothée 1,12-14) et il nous apprendra à reconnaître sa Présence non pas hors de nos humbles réalités quotidiennes, mais au cœur de celles-ci. Dieu travaille en elles, par elles, avec elles… C’est ainsi qu’Il aime habiter notre Histoire et s’offrir à notre foi (Matthieu 24,24-25). Ainsi le Père est déjà là, dans le secret, lorsque l’on se retire dans sa chambre pour prier (Matthieu 6,6). Jésus, de son côté, nous a promis de ne pas nous laisser orphelins : il viendra vers nous (Jean 14,18 ; 14,1-3 ; 17,24), de telle sorte qu’il sera avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Matthieu 28,20)… De plus, peu avant sa Passion, il nous a aussi promis d’envoyer un autre Défenseur, l’Esprit de Vérité, pour qu’Il soit avec nous à jamais (Jean 14,15-18). Ainsi, Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Saint Esprit, tous les trois sont déjà là, présents à notre vie, et ils frappent à la porte de nos cœurs pour demeurer avec nous (Apocalypse 3,20 ; Jean 14,23)…

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  • Les personnages 

Marie, Μαριάμ (Mariam) en grec, µy:r“mi (Miryam) en hébreu, a deux origines possibles (André Boulet, Petite catéchèse sur Marie, Mère du Christ et Mère des hommes (Ed. Saint Paul ), p. 40) :

     1 – La sœur de Moïse s’appelait Miryam (Nombres 26,59). Ce nom peut donc provenir de l’égyptien « mir » qui signifie « la bien-aimée, l’aimée » et « yah » est la première syllabe du Nom divin « Yahvé ». Miryam signifierait alors « la bien-aimée de Dieu ».

        2 – Miryam pourrait aussi venir du syriaque « mar », un mot qui désigne « l’épouse du Souverain ». Myriam signifierait alors « la Princesse ». St Jérôme traduisait ainsi le nom de Marie par « la Dame »…

            Ne choisissons pas entre les deux : Marie est vraiment « la bien-aimée de Dieu », sa petite Princesse…

             Lorsque l’Ange vient à sa rencontre, elle habite à Nazareth, dans la maison de ses parents. Selon la tradition, ils s’appelaient Anne et Joachim… Elle était alors toute jeune, entre douze et treize ans…. Peu avant, comme c’était la coutume à l’époque, elle avait été fiancée à un homme plus âgé qu’elle, Joseph, de la maison de David. On l’appelait ainsi car il avait comme lointain parent le plus grand roi de l’histoire d’Israël, le roi David (Il régna de 1010 à 970 avant JC)… Joseph était donc venu demander à ses parents la main de Marie, et tous avaient accepté… Une petite fête avait suivi, et depuis, tous les proches de Marie, ses amis, ses voisins, l’appelaient déjà « la femme de Joseph », même si la grande cérémonie du mariage n’avait pas encore eu lieu… En général, elle se déroulait un an après ! Pendant tout ce temps, la jeune fiancée demeurait dans la maison de ses parents, et ce n’est qu’au jour de son mariage que son mari la conduisait chez lui… Pour l’instant, Marie n’habite donc pas encore avec Joseph… Elle vit chez elle, et comme elle le dira elle-même, « elle ne connaît pas d’homme » (Luc 1,34), c’est à dire, elle est toujours vierge…

            Quant à l’ange c’est la deuxième fois qu’il intervient en St Luc : nous l’avons déjà rencontré lors de l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste à Zacharie, son père (Luc 1,19 ).

 « Salut… » ou plutôt « Réjouis-toi… »

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            Le premier mot de l’Ange Gabriel à Marie est « Χαῖρε », « Kaïré », une salutation courante dans le monde grec (En Israël, la salutation habituelle est « µ/lv;, Shalom, paix »; le Christ ressuscité saluera ainsi ses disciples : « Paix à vous » (Jean 20,19 ; voir aussi Jean 20,21.26 ; Luc 24,36 ; Matthieu 10,12-13 ; Luc 10,5)). Mais souvenons-nous que Luc est un homme de culture grecque qui écrit pour des personnes de même culture, notamment Théophile, un nom grec qui signifie « aimé de Dieu » ou « qui aime Dieu ».  « Kaïré » correspond donc à notre « Salut ! » ; on la retrouve en Matthieu 26,49 ; 27,29 ; Jean 19,3 et Marie comprendra bien cette parole de l’Ange comme une salutation (Luc 1,29).

            St Jérôme la traduira en latin « Have », une traduction qui a donné notre « Avé Maria »…

L’Ange « salue » donc bien Marie par un petit mot courant, plutôt matinal pour certains, bref, tout simple et rempli de tendresse… Néanmoins, si fréquent que puisse être ce « salut » dans la bouche des hommes, il s’agit tout de même ici d’une Parole de Dieu adressée à Marie. Sa portée dépasse donc notre simple « bonjour », aussi chaleureux soit-il… Marie ne s’y trompe pas : elle « réfléchit »… Après l’instant de la surprise, elle se demande ce que veut dire cette salutation. Déjà, dans la foi, elle cherche à comprendre (Luc 1,29 ; 2,19 ; 2,51) Demandons à Marie la grâce d’être comme elle, attentive à l’action de Dieu dans notre vie, et cherchant toujours à mieux le connaître et à mieux comprendre ce qu’il désire accomplir pour chacun d’entre nous…

Beaucoup pensent donc qu’il faut interpréter ici « Kaïré » non pas comme une banale salutation, mais comme une invitation à la joie car le sens premier de « Kaïré », qui vient du verbe « Χαίρω, kaïrô, se réjouir », est : « Réjouis-toi ! ». Et de fait, juste après, Marie dira à Elisabeth, en se rappelant cet instant unique vécu avec l’Ange : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur… Oui, désormais, toutes les générations me diront bienheureuse » (Luc 1,46-50)…

JESUS-CHRIST_EST_JOIEAu début de son Evangile, St Luc insiste beaucoup sur la joie (Luc 1,14 ; 1,44 ; 1,47 ; 1,58 ; 2,10) et sur la miséricorde de Dieu, un mot qui intervient cinq fois dans le premier chapitre (Lc 1,50 ; 1,54 ; 1,58 ; 1,72.78 ; le chiffre « cinq » dans la Bible est symbole de la Parole de Dieu : les dix Paroles (2×5) ; Jésus, en Lc 9,10-17, qui nourrit cinq mille hommes (l’ensemble du Peuple d’Israël invité à trouver le chemin de la vie en obéissant à la Parole de Dieu) avec cinq pains multipliés (désormais, la Parole de Dieu nous est pleinement révélée et donnée par Jésus, le Fils). Ici, avec ce mot miséricorde répété cinq fois, la Parole qui nous est tout spécialement adressée est révélation de Dieu en tant qu’Amour Miséricordieux, Lui qui veut le salut de tous les hommes (Jean 3,16-17 ; 1Timothée 2,3-6). Et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 135,6). A nous maintenant de nous laisser faire, de nous laisser aimer, de nous laisser pardonner, purifier, vivifier en lui offrant jour après jours toutes nos misères et toutes nos fautes… Et il ne se lassera pas d’être “l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde” (Jn 1,29).

Ce mot “miséricorde” disparaît ensuite pour ne revenir qu’une seule fois dans une invitation à agir nous aussi comme Dieu agit, c’est-à-dire « avec miséricorde » (Luc 10,36-37 ; Matthieu 9,13 ; Luc 6,36). Par cette insistance, que nous ne devrons pas oublier par la suite, St Luc souligne combien toute action de Dieu pour nous s’enracine dans l’Amour de Miséricorde qu’il nous porte, un Amour qui ne peut que semer gratuitement la joie dans notre vie, si nous l’accueillons…  Et c’est bien ce que fera Jésus dans tout l’Evangile (Luc 8,13; 13,17; 19,6 ; 19,37; 24,41 ; 24,52), déclarant « heureux » ceux qui l’accueillent (Matthieu 5,1-12 ; 11,6 ; 13,16 ; 16,17 ; 17,4 ; 24,46 ; Luc 11,27-28 ; 12,37-38 ; 12,43 ; Jean 13,17 ; 20,29).

            ESPRIT SAINT 1Ouvrir son cœur à Dieu, accueillir son projet de salut sur l’humanité, collaborer étroitement à sa mise en œuvre, est donc pour Marie une très grande joie, un bonheur profond, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne connaîtra pas d’épreuves. Elle devra hélas en supporter beaucoup de la part des hommes, mais Dieu sera toujours avec elle pour l’encourager, la consoler, la soutenir… En 2Corinthiens 1,3-11, la Bible de Jérusalem écrit en note : « Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien: souffrance et consolation, mort et vie, pauvreté et richesse, faiblesse et force. C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort ».

            De plus, avec ce « Réjouis-toi » lancé par l’Ange, St Luc fait très certainement allusion à tout un ensemble de textes de l’Ancien Testament où le Peuple de Dieu est invité à se réjouir du Salut offert par le Seigneur. Dans ces lignes, Israël est nommé du nom de sa capitale, Jérusalem, ou encore par l’appellation « Fille de Sion », Sion étant le nom de la colline de Jérusalem au sommet de laquelle le Temple avait été construit. Regardons quelques uns de ces passages :

 joie-300x225                        1 – Sophonie 3,14-17 (écrit vers 630 avant JC) ; « Réjouis-toi » intervient au tout début (L’Ancien Testament a été écrit en hébreu. Mais nous retrouvons le mot grec kaïré dans la traduction grecque réalisée à Alexandrie au 3° siècle avant JC. On l’appelle « la Septante ». Le Nouveau Testament, écrit en grec, cite très souvent l’Ancien Testament à partir de la Septante.). La raison profonde de cette joie nous est donnée par deux fois : « Dieu, le Seigneur, est au milieu de toi » (3,15 et 3,17). Le verbe est au présent : le Dieu Tout Autre, le Très Haut, Celui que nul ne peut voir sans mourir (Exode 33,18-23) est dès maintenant présent au milieu des hommes, une Présence que seule la foi peut accueillir. Dans son amour, il a déjà « pardonné » toutes les fautes d’Israël, et donc « enlevé » toutes les condamnations qui pesaient sur eux (3,15 ; cf. Psaume 103,11‑12 ; Colossiens 2,14). Il ne leur reste plus qu’à accueillir ce pardon, à s’ouvrir à sa tendresse et à sa miséricorde… De plus, présent au milieu d’Israël, Il ne restera pas sans rien faire : il sera pour eux un Roi régnant avec sa Toute Puissance, ce qui lui permettra d’emporter la victoire finale sur tous leurs adversaires. Les verbes sont alors au futur : « tu ne verras plus de malheurs…, il te sauvera…, il te renouvellera »… Certes, pour l’instant, les épreuves ne manquent pas, mais le Seigneur combat avec eux et pour eux. Qu’ils se réjouissent donc de ce salut que Dieu leur promet ; il viendra, ce n’est plus qu’une question de temps, et ce jour-là, Dieu Lui-même se réjouira de leur bonheur : « il exultera pour toi de joie, il dansera pour toi avec des cris de joie » !

Marie - Musée de Sens 2

                        2 – Zacharie 9,9-10 (écrit vers 500 avant JC). « Réjouis-toi » intervient là aussi au tout début. Israël est invité à la joie, car Zacharie lui annonce la venue imminente d’un roi : « Ton roi vient vers toi ». Le verbe est à nouveau au présent : ce Roi arrivera bientôt, sa venue est certaine. Il sera humble, juste et victorieux. Avec lui et par lui, le projet de Dieu s’accomplira, un projet de paix. Tous les hommes pourront en bénéficier, « jusqu’aux extrémités de la terre ». Telle sera bien la Mission du Christ Sauveur qui entrera à Jérusalem assis sur un petit âne (Matthieu 21,1-11). Et sur sa croix, Pilate fera écrire : « Celui-ci est le roi des Juifs » (Luc 23,38). Et c’est vrai : Jésus est bien ce Roi (Jean 18,37) humble (Matthieu 11,29) et victorieux du Prince de ce Monde (Jean 12,31-32) : avec Lui sa Vie l’emporte sur toutes nos morts (Jean 5,24), son pardon triomphe de toutes nos fautes (Colossiens 2,12-14 ; 3,13 ; Hébreux 8,10-12 ; 1Jean 1,9 ) et nous donne d’avoir part à sa propre Paix (Jean 14,27 ; Colossiens 3,15 ), une Paix synonyme de Plénitude (Romains 15,13 ; Colossiens 2,9-10 ; Ephésiens 3,19 ; 5,18 ; Jean 1,16). Accueillie dès maintenant par la foi, Dieu veut qu’elle règne dans nos cœurs (Philippiens 4,4-7) pour que nous puissions devenir des artisans de paix (Matthieu 5,9) qui travailleront eux aussi à « supprimer les chars de combat, à briser l’arc de guerre », pour que cesse toute violence, et que le Royaume de Dieu grandisse parmi les hommes (Romains 14,17)…

            Sophonie et Zacharie annoncent bien à eux deux tout ce qui s’est réalisé avec le Christ : Dieu était avec Lui (Jean 8,28-29), instaurant avec Lui et par Lui son Royaume (Matthieu 12,28 ; Marc 1,15 ; Luc 12,32 ; 22,29), agissant et parlant avec Lui et par Lui (Jean 5,19; 12,49-50; 14,10-11), offrant par lui son pardon (2Corinthiens 5,19), sa Vie (Jean 6,57) et sa Paix…

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                        – Zacharie 2,14-15 : la Fille de Sion est invitée à se réjouir, car Dieu, par amour pour son peuple, prend l’initiative de venir habiter au milieu de lui. Ce jour là, « des nations nombreuses… seront pour lui un peuple ». Cette dernière formule renvoie à l’Alliance que Dieu a conclue avec Israël sur la base de la Loi donnée à Moïse (Exode 20,1-17 ; Deutéronome 26,16‑19 ; Jérémie 24,7; 31,33; 32,38-41; Baruch 2,35; Ezéchiel 11,17-20 ; 14,11 ; 37,21-28 ; Zacharie 8,7-8). Cette Loi était comme un chemin offert à la liberté de chacun : celui qui y marchait demeurait uni de cœur à son Dieu, dans l’amour (Psaume 103,17-18 ; 25,10 ; 119,64 ; 119,88 ; 119,159 ; 147,11 ; Jean 15,10) et il trouvait avec Lui le bonheur (Psaume 119,1-2 ; 119,35 ; 119,47 ; Deutéronome 4,39-40 ; 5,32-33 ; 10,12-13 ; Isaïe 48,18). Comme le précise une note de la Bible de Jérusalem, « l’alliance est ici étendue à tous les peuples ». Et telle est bien, dès le commencement du monde, la perspective de Dieu : de son côté, il vit déjà « en alliance » avec tous les hommes (Genèse 9,8‑17)… Et pour que sa Présence soit reconnue et accueillie, il choisira Abraham et tous ses descendants, et les appellera à être les Serviteurs de cette Alliance Universelle : « en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse 12,3). La TOB écrit en note : « A travers Abraham et toute sa descendance, c’est l’ensemble des nations qui est bénie par le Seigneur ». Enfin, pour que ce projet puisse s’accomplir en Plénitude, Dieu enverra son Fils né de la Vierge Marie. En prenant sur lui le péché du monde, il s’unira à nos ténèbres pour nous arracher à leur pouvoir et nous transférer dans son Royaume de Lumière (Colossiens 1,13-14), en son Amour … Telle est cette Bonne Nouvelle déjà offerte à notre foi. Le Christ ressuscité nous invite à l’annoncer au monde entier (Matthieu 28,18-20 ; Marc 16,15-18)…

            L’allusion probable de St Luc à tous ces textes, et il y en aurait d’autres de la même famille (Isaïe 12,1-6 ; 52,7-10…), a conduit l’Eglise chrétienne d’Orient à traduire le plus souvent la salutation de l’Ange par « Réjouis-toi ! ». L’hymne « Acathiste », composée vraisemblablement par Romanos le Mélode au 6°-7° siècle pour la fête de l’Annonciation, dit par exemple :

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« Un ange… fut envoyé du ciel dire à la Mère de Dieu :

            Réjouis-toi ! Et saisi d’admiration, en vous voyant, Seigneur,

            vous incarner à cette Parole immatérielle, il se tenait devant elle en s’écriant :

                                   Réjouis-toi, toi par qui resplendira la joie! (…)

                                   Réjouis-toi, toi le relèvement d’Adam déchu ! (…)

                                   Réjouis-toi, car tu es le trône du grand Roi !

                                   Réjouis-toi, car tu portes Celui qui porte toutes choses!

                                   Réjouis-toi, Etoile annonciatrice du soleil !

                                   Réjouis-toi, Sein de la divine incarnation !

                                   Réjouis-toi, toi par qui est renouvelée la création !

                                   Réjouis-toi, toi par qui et en qui est adoré le Créateur !

                                   Réjouis-toi, Epouse inépousée ! Vierge ! »

 Marie Basilique du Rosaire LourdesBasilique du Rosaire, Lourdes

            L’Ange aurait pu aussi dire à Marie, fille d’Israël : « Réjouis-toi, Fille de Sion ! ». En fait, au moment de sa visite, Marie rassemble en elle tous les désirs et les espérances d’Israël. Avec elle, c’est tout le Peuple de Dieu, ouvert aux dimensions de l’humanité tout entière, qui est invité à se laisser combler au plus intime de l’être par Celui qui vient offrir aux pécheurs son amour, sa grâce et son pardon. Marie nous apparaît donc ici toute proche. Avec nous, elle chante : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur »… Elle-même se comprend donc comme une Sauvée par l’Amour et la Miséricorde du Seigneur… Elle est ainsi tout à la fois notre Sœur aînée dans la foi, mais aussi notre Mère dans ce même ordre de la foi, de par la volonté de Dieu notre Père (cf Jean 19,25-27, où le disciple bien-aimé représente tous les disciples du Christ). Comme l’écrit St Paul, il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous (Ephésiens 4,5-6), un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus (1Timothée 2,5), et l’on pourrait rajouter « Marie notre Mère », toujours à nos côtés pour nous aider à accueillir son Fils et à vivre de sa Vie…

            « O Marie ! Nom béni que j’aime et que je vénère du plus profond de mon être ! Je l’atteste par mon expérience : quand un cœur a reçu du ciel le don précieux de recourir à Marie dans ses peines, ses dangers, ses épreuves, ce cœur est pacifié, reposé, béni ! »

                                               (Jacques Fesch, un des derniers condamnés à mort français)

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Marie, la « Comblée-de-Grâce »

            St Luc utilise ici un terme grec rare et difficile à traduire, κεχαριτωμένη. Les nuances qu’il exprime sont les suivantes : Dieu, à un instant du passé, a totalement « rempli » Marie de sa grâce, et cette action a opéré en elle un changement. De plus, cet état d’être « rempli de grâce » et ce changement demeurent toujours au moment où l’Ange lui parle…

            Notons aussi que le terme en question joue le rôle d’un nom dans la bouche de l’Ange : il appelle Marie « la Comblée de Grâce ». Or le nom dans la Bible, renvoie toujours au mystère de la personne qui le porte. Elisabeth, par exemple, était appelée « la stérile » (Luc 1,36), car elle n’avait jamais pu avoir d’enfant. Marie, elle, depuis qu’elle existe, depuis sa conception dans le sein de sa mère, est « la Comblée de Grâce », celle en qui Dieu est tout (1Corinthiens 15,28) : en elle, pas de ténèbres (1Jean 1,5). Nous sommes donc tout près ici de ce que l’Eglise affirmera solennellement le 8 décembre 1854 dans le dogme de l’Immaculée Conception : dès l’instant de sa conception, Marie a été totalement « remplie » de la grâce de Dieu, et cette grâce a opéré en elle un changement par rapport à nous : elle l’a préservée de la blessure du péché. Tout ceci est le fruit de l’œuvre rédemptrice accomplie par le Christ. Lorsque Jésus meurt sur la Croix pour notre salut, il le fait en effet pour tous les hommes de tous les temps, passé, présent et futur. Marie sera donc elle aussi « sauvée » par l’offrande de son Fils, un salut qui sera mis en œuvre pour elle dès sa conception afin qu’elle puisse répondre à sa vocation : être cette Mère Sainte d’où naîtra, grâce à l’action de l’Esprit Saint, un « Etre Saint », Jésus, le Fils Unique et Eternel de Dieu (Luc 1,35).

            annonciation-vierge Fra AngelicoCe que Marie a reçu dès sa conception, nous sommes invités à le recevoir nous aussi tout au long de notre vie, pour être au ciel comme elle : remplie uniquement par la grâce de Dieu… Elle nous montre donc le chemin, et elle nous aide à faire les efforts de conversion nécessaires pour correspondre à la grâce que Dieu, dans son amour, nous offre sans cesse. Fruit de l’œuvre de salut accomplie par le Christ, cette grâce, reçue en plénitude au jour de notre baptême, nous donne déjà gratuitement « d’être des enfants de Dieu » appelés à « être saints et immaculés dans l’Amour », avec Marie et comme Marie (Ephésiens 1,3-8 ; 5,25-27 ; 1Jean 3,1-2). Mais il nous faut maintenant puiser dans ce don de l’Esprit toujours offert pour qu’il puisse passer effectivement dans toute notre vie : avec lui et grâce à lui, nous essaierons d’éliminer de notre existence, petit à petit, toute violence, toute injustice, pour apprendre, toujours petit à petit, à aimer comme le Christ nous aime (Ephésiens 5,8-11 ; Galates 5,13-26)… Grâce à Dieu, cette conversion est possible, et le but peut être atteint ; sans Lui, nous en sommes incapables (Luc 18,24‑27)..

            « Même si ses péchés étaient noirs comme la nuit, en s’adressant à ma Miséricorde, le pécheur me glorifie et fait honneur à ma Passion. A l’heure de sa mort, moi-même je le défendrai comme ma Gloire. Lorsqu’une âme exalte ma bonté, Satan tremble devant elle et la fuit jusqu’au fond de l’enfer…

On ne puise ma Miséricorde qu’avec la coupe de la confiance. Plus on a confiance, plus on obtient. J’aime que l’on me demande beaucoup, car je désire donner beaucoup et de plus en plus… Je suis Saint et le moindre péché me fait horreur. Mais lorsque les pécheurs se repentent, ma Miséricorde est sans limites. Les plus grands pécheurs pourraient devenir de très grands saints s’ils se fiaient à ma Miséricorde. Mon cœur déborde d’amour pour tout ce que j’ai créé. Je trouve mes délices à justifier les âmes. Mon royaume ici-bas, c’est ma vie dans les âmes.

Je suis tout Amour et toute Miséricorde. Une âme qui se fie à moi est bienheureuse, car moi-même je prends soin d’elle » (Le Christ à Sœur Faustine).

Et Jacques Fesch, peu de temps avant d’être guillotiné écrivait : « Il faut être pur comme le Christ pour pouvoir le contempler… Jésus veut m’emmener avec Lui au Paradis. Jésus peut tout en nous… Je crois que j’irai au ciel tout droit »…

Marie, Servante du Seigneur

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        De la bouche de l’Ange, Marie découvre le mystère de ce Fils qu’elle mettra au monde : il sera « grand », comme Dieu seul est « grand », il sera « Fils du Très Haut » comme seul peut l’être le Fils Unique, Celui qui depuis toujours et pour toujours se reçoit entièrement de son Père par l’Esprit Saint. Là encore, il recevra son humanité de son Père. En effet, de Marie Sainte, Immaculée, et de l’action de l’Esprit Saint en elle naîtra un Etre Saint, qui offrira par la suite à tous les hommes de pouvoir renaître de ce même Esprit pour une Vie nouvelle, éternelle et bienheureuse (Jean 1,12-13 ; 3,1-8). Projet formidable auquel Marie est heureuse de collaborer : « Voici la servante du Seigneur. » γένοιτό μοι κατὰ τὸ ῥῆμά σου, je désire de tout mon être qu’il arrive pour moi selon ta Parole, suggère le mot grec employé par St Luc…

                                                                                                        D. Jacques Fournier

Note 1 : A propos d’Is 6,9-10 : Dieu déclara à Isaïe : « Va dire à ce peuple :Écoutez bien, mais sans comprendre ;regardez bien, mais sans reconnaître. (10) Alourdis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, bouche-lui les yeux ;il ne faut pas qu’il voie de ses yeux, qu’il entende de ses oreilles, que son cœur comprenne, qu’il se convertisse et qu’il soit guéri. »
            Nous avons ici un exemple du langage de l’Ancien Testament : la prédication d’Isaïe manifestera que les Israélites avaient le cœur « engourdi », « endurci », « appesanti » : ils étaient aveugles et sourds de cœur. Ce texte si important sera repris par St Matthieu et St Jean qui l’appliqueront à tous les hommes (Matthieu 13,14-15 ; Jean 12,40 : « il (le péché) a aveuglé leurs yeux »…). Les guérisons physiques d’aveugles et de sourds opérées par Jésus manifesteront son action invisible mais concrète et efficace dans les cœurs : grâce à Lui, les hommes passeront des ténèbres du péché et de l’orgueil à la lumière de Dieu (Matthieu 4,16 ; Jean 8,12 ; 9,39 ; 12,46 ; Actes 26,14-18 ; Colossiens 1,13-14), et grâce à cette lumière intérieure (Ephésiens 1,17‑20), ils pourront percevoir les richesses intérieures de Jésus : Il est Dieu comme son Père est Dieu (Jean 1,18 (TOB) ; 20,28 ; Romains 9,5 ; Philippiens 2,6 ; Colossiens 2,9 ; Tite 2,11-13) ; il possède lui aussi pleinement la nature divine (Jean 16,15 ; 3,35), sa Majesté, sa Vie (Jean 5,26 ; 6,57), sa Lumière (Jean 8,12 ; 1Jean 1,5) et sa Gloire (Jean 17,24) de telle sorte que celui qui a vu la Gloire de Jésus a vu du même coup la Gloire de Dieu son Père et notre Père (Jean 20,17) : « Qui m’a vu a vu le Père »… Aujourd’hui encore, nous sommes invités à ce même regard de foi…

 

Fiche n°2 – Lc 1,26-38  : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF

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