“L’Epître de Clément de Rome aux Corinthiens”

Si l’importance de l’Épître de Clément de Rome aux Corinthiens est capitale, c’est qu’il s’agit d’un ouvrage incontestable de la fin du Ier siècle et assurément du premier témoignage littéraire de ce qu’était le christianisme romain (environ 30 ans après la mort de Pierre et Paul). Connue depuis Irénée de Lyon (fin du IIème siècle) et Clément d’Alexandrie (IIIème siècle) qui lui confèrent une haute autorité, cette correspondance fut conservée dans le manuscrit A du Nouveau Testament (après l’Apocalypse de Jean et avant une seconde homélie attribuée à Clément) et les lacunes furent complétées par l’édition d’un second manuscrit du Patriarcat grec de Jérusalem ; il en existe en outre une traduction latine fort ancienne ainsi que des versions syriaque et copte.
Rédigée (si l’on en croit le témoignage de l’auteur Hégésippe) sous la persécution (assez mal connue) du règne de Domitien (années 90), elle serait en gros contemporaine des textes de Jean (notamment l’Évangile). Son auteur est sans aucun doute Clément, épiscope de Rome – après Pierre, Lin et Anaclet selon certaines sources ou directement après Pierre selon d’autres. Quelques témoignages en font un compagnon direct de Paul. Destinée aux croyants de Corinthe, elle fait écho aux lettres antérieures de l’Apôtre des Gentils.
Offrants des indices précieux sur l’état de la communauté de Rome à son époque, l’épître a pour thème principal l’unité des croyants et la condamnation des jalousies pouvant aboutir au pire ; l’exemple de Pierre y est particulièrement clair, celui-ci ayant probablement été victime de dénonciation provenant des Chrétiens eux-mêmes (ce qui démontre la rivalité de groupes aux croyances divergentes déjà à cette époque). Elle semble destinée à apaiser une situation problématique dans la communauté de Corinthe relative à la déposition non justifiée de presbytres/épiscopes. Son style est très raffiné et particulièrement puissant, ce qui en fait l’une des colonnes de la littérature primitive.

Yannick Leroy

Bibliographie élémentaire

• Clément de Rome. Epître aux Corinthiens, A. Jaubert (éd. et trad.), Sources Chrétiennes, Le Cerf, Paris, 1971
• E. NORELLI – C. MORESCHINI, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine. I, Labor et Fides, Genève, 2000, pp. 133-137

Extraits

Mais, pour laisser de côté les exemples des anciens, venons-en aux athlètes tout récents, prenons les exemples de notre génération. C’est par l’effet de la jalousie et de l’envie que furent persécutés ceux qui étaient les colonnes les plus élevées et les plus justes et qu’ils combattirent jusqu’à la mort. Jetons les yeux sur les excellents Apôtres : Pierre, qui, victime d’une injuste jalousie, souffrit non pas une ou deux, mais de nombreuses fatigues, et qui après avoir ainsi accompli son martyre, s’en est allé au séjour de gloire qui lui était dû. C’est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré (comment on remporte) le prix de la patience. Chargé sept fois de chaînes, banni, lapidé, devenu un héraut en Orient et en Occident, il a reçu pour sa foi une gloire éclatante. Après avoir enseigné la justice au monde entier, atteint les bornes de l’Occident, accompli son martyre devant ceux qui gouvernent, il a quitté le monde et s’en est allé au saint lieu, illustre modèle de patience. A ces hommes dont la vie a été sainte vint s’adjoindre une grande foule d’élus, qui, par suite de la jalousie, endurèrent beaucoup d’outrages et de tortures, et qui laissèrent parmi nous un magnifique exemple. C’est poursuivies par la jalousie que des femmes, les Danaïdes et les Dircés, après avoir souffert de terribles et monstrueux outrages, ont touché le but dans la course de la foi et ont reçu la noble récompense, toutes débiles de corps qu’elles étaient.
Épître de Clément de Rome aux Corinthiens 5,1 – 6, 2

Pourquoi parmi vous des querelles, des emportements, des dissensions, des schismes et la guerre ? N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même Esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ?
Pourquoi déchirer et écarteler les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps ? Pourquoi en venir à cette folie d’oublier que nous sommes membres les uns des autres Rappelez-vous les paroles de Jésus Notre-Seigneur qui a dit « Malheur à cet homme ! Mieux vaudrait pour lui n’être pas né que de scandaliser un seul de mes élus ; mieux vaudrait pour lui avoir une meule passée au cou et être jeté à la mer que de pervertir un seul de mes élus. ». Votre schisme a dévoyé bien des âmes : il en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute et nous tous dans la tristesse !
Et vos dissensions se prolongent !
Reprenez l’épître du bienheureux Paul apôtre. Que vous a-t-il écrit tout d’abord dans les commencements de l’Évangile ? En vérité, c’est sous l’inspiration de l’Esprit qu’il vous a écrit une lettre touchant Céphas, Apollos et lui-même parce que dès lors vous formiez des cabales.

Épître de Clément de Rome aux Corinthiens 46, 5 – 47.4

Nous t’en prions, Maître, fais-toi notre secours et notre protecteur
Parmi nous, sauve les opprimés,
Aux humbles fais miséricorde.
Ceux qui sont tombés, relève-les ;
A ceux qui sont dans la misère, montre ta face.
Les faibles, daigne les guérir,
Les égarés de ton peuple, veuille les ramener, Donne du pain aux affamés,
Délivre-nous de nos liens,
Rends-nous debout ceux qui languissent,
Console les pusillanimes.
Que toutes les nations connaissent
que tu es toi le seul Dieu
Et que Jésus-Christ est ton Fils
Et nous-mêmes, ton peuple et le troupeau de ton bercail
Épître de Clément de Rome aux Corinthiens 59, 4

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