Mariam Baouardy, “la petite arabe”…

Cette histoire peut paraître ancienne, datant de 1958, mais elle n’est pas contestable de par les recoupements effectués.

Il s’agit de Mariam BAOUARDY née en 1846, de famille pauvre, très croyante (de rite grec-melkite catholique) en Palestine, en Galilée.

Entrée à l’âge de 20 ans au carmel de Pau, elle prend le nom de Soeur Marie de Jésus crucifié, mais dénommée par ses sœurs la petite Arabe, très humble (elle-même se disant le petit rien), elle reste toute sa vie « sœur converse » vu son ignorance, son incapacité à lire, à écrire, à étudier, à chanter à l’office.

Pratique, les pieds sur terre, Mariam fut robuste bâtisseuse, à l’origine du Carmel de Mangalore en Inde, puis du Carmel de Bethléem où elle mourut à l’âge de 33 ans (le 26 août 1878) des suites d’un accident.

Sa biographie réalisée par plusieurs auteurs sûrs, à commencer par le Père ESTRATE, son père spirituel qui a mis par écrit tout ce qu’il a connu d’elle sur l’ordre de l’Evêque de Bayonne de l’époque, Mgr. LACROIX. Son histoire vient du livre du Père Amédée BRUNO, Mariam, la petite arabe. Sœur Marie de Jésus crucifié. Edition Salvator, 1981.

Orpheline à l’âge de trois ans, ses parent adoptifs partent se fixer en Egypte à Alexandrie et, dès l’âge de 13 ans, suivant la coutume, sans la consulter, veulent la fiancer à un oncle. Mariam refuse absolument. L’oncle furieux, choisit de la traiter comme une esclave pendant trois mois. Personne ne cède.

Voulant rejoindre son petit frère ainé resté en Galilée, elle se sauve un soir pour rejoindre un ancien domestique de la famille, un musulman qui s’apprête partir pour Nazareth. Celui-ci cherche à la faire abandonner sa foi catholique pour devenir musulmane. C’est est trop pour ce tempérament de feu qui rejette avec véhémence cette idée. Furibond de se voir remis en place par cette petite chrétienne, l’homme ne se retient pas, dégaine son cimeterre et tranche la gorge de l’adolescente. Il l’enveloppe dans son grand voile et, aidée de sa mère et de sa femme, dépose son corps ensanglanté dans une ruelle obscure.

Ce drame se passe dans la nuit du 7 au 8 septembre 1858.

Voici le récit du Père BRUNOT : « Obligée, plus tard, par obéissance, de raconter son martyre, Mariam affirmera qu’elle était vraiment morte. A sa maîtresse des novices de Marseille, qui lui demandera si elle avait subi le jugement particulier, elle répondra :

« Oh, non, mais je me suis retrouvée au Ciel. J’ai vu la Sainte Vierge, les anges, les saints m’accueillir avec une grande bonté, et je voyais aussi mes parents en leur compagnie.

Je voyais le trône éclatant de la très sainte Trinité,  Jésus-Christ notre Seigneur en son humanité. Point de soleil point de lampe ; mais tout était brillant de clarté. Alors quelqu’un me dit : « Vous êtes vierge, c’est vrai, mais votre livre n’est pas achevé. »

 La suite mérite d’être racontée. La vision éteinte, Mariam se trouve dans une grotte. Près d’elle une religieuse aux vêtements d’azur.

Celle-ci lui dit l’avoir ramassée dans la ruelle, l’avoir portée dans cet abri et lui avoir recousu le cou tranché. Cette mystérieuse sœur de la charité aux habits bleus se montre d’une délicatesse extraordinaire. Elle parle très peu, elle humecte les lèvres de l’enfant avec du coton, elle la fait dormir, lui donne une soupe délicieuse pour la revigorer. Elle ne ressemble à aucune autre religieuse (…)

Quand la blessure est cicatrisée, la religieuse fait sortir Mariam de la grotte ; elle la conduit dans l’Eglise Sainte Catherine, desservie par des Franciscains ; elle appelle un confesseur. Quand Mariam sort du confessionnal, elle se retrouve seule. L’infirmière aux vêtements d’azur a disparu !

Qui donc était-elle ? En 1874, en la fête de la nativité de Notre Dame, anniversaire du martyre et du miracle, Mariam dira en extase : En pareil jour, j’étais avec ma Mère. En pareil jour, j’ai consacré ma vie à Marie. On m’avait coupé le cou et demain Marie m’avait prise.

Un peu plus tard, en août 1875, alors qu’elle naviguait vers la Palestine, racontant ses souvenirs au Père ESTRATE, elle précisera : Je sais à présent que la religieuse qui m’a soignée après mon martyre était la sainte Vierge.

Au cours de l’escale d’Alexandrie avec l’essaim de carmélites parties fonder le Carmel de Bethléem, Mariam conduira cette petite caravane pour visiter l’Eglise Sainte-Catherine et la petite grotte transformées en salles par les grecs catholiques.

Et le Père Brunot de poser une question essentielle :

Quelles garanties avons-nous pour admettre un tel merveilleux ?

Il est sûr que nous n’avons qu’un témoignage : celui de Mariam. Le meurtrier ne s’est évidemment jamais fait connaître. La religieuse qui s’occupa de cet enfant n’a jamais révélé son identité : on devine pourquoi ! Quant aux parents de l’orpheline, ignorant tout de la tragédie, ils pensèrent que Mariam s’était enfuie pour échapper aux mauvais traitements et, peut-être, pour se livrer au désordre dans la ville d’Alexandrie. Ils avaient tout intérêt à faire silence sur cette malheureuse ! Elle ne pouvait leur procurer que du déshonneur.

Il reste donc le témoignage de Mariam.

Celui-ci est confirmé par le sérieux, la sincérité et l’humilité de toute se vie, comme l’attestent les témoins.

Plusieurs détails seront, plus tard, confirmés par son frère Boulos : il reçut en effet la fameuse lettre de sa sœur. Il répondit à l’appel en faisant le voyage d’Alexandrie, mais, n’ayant pas retrouvé sa sœur chez l’oncle, il repartit pour la Galilée.

Un fait sera irrécusable : la cicatrice du cou.

Elle sera constaté au cours des nombreuses maladies de Mariam par des médecins et des infirmières tant à Marseille qu’à Pau, à Magalore et, enfin, à Bethléem. Cette cicatrice mesurait 10 cm de long sur 1 cm de large : elle marquait tout le devant du cou ; la peau y était plus fine et plus blanche. Il manquait plusieurs anneaux de la trachée-artère, comme le constatera le médecin de Pau, le 2 juin 1875.

La maîtresse des novices écrira : « Un célèbre docteur de Marseille, qui l’avait soignée, avait confessé, quoique ce fut un athée, qu’il devait y avoir un Dieu, car, naturellement, elle ne pouvait vivre. » A la suite de cette entaille profonde, Mariam gardera une voix brisée.

Le Père Brunot conclut : Le martyre de la petite Arabe n’avait pas été un rêve. Il restait inscrit dans sa chair.

Elle a été béatifiée par Jean-Paul II en 1983 et canonisé le 17 mai 2015 par le Pape François.

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