Mc 1,1 : « Commencement de l’Evangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ». « Commencement », une allusion à la Création décrite en Genèse 1.

Le tout premier mot de l’Evangile selon St Marc est « Commencement », un début identique à celui du Livre de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1). Or les premiers chapitres de la Genèse nous présentent le projet créateur de Dieu. St Marc nous entraine donc dans un contexte identique : avec le Christ, il va nous parler de « création », car il a découvert que la mission première du Christ est de « faire toutes choses nouvelles » par le Don de l’Esprit Saint (Is 43,19). Avec lui et par lui, le projet de Dieu sur l’humanité va pouvoir s’accomplir pleinement…

St Jean commencera lui aussi son Evangile comme St Marc, en faisant allusion au Livre de la Genèse : « Au commencement était le Verbe »… Mais chez lui ce mot « commencement » ne renvoie pas au « commencement » de la création, mais à l’éternité de Dieu, avant tout « commencement »… Il écrit en effet : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu »… Néanmoins, lui aussi reste bien dans un contexte de création. Genèse 1 nous présentait Dieu créant le monde en Dix Paroles. St Jean nous parle lui d’une Personne Divine qu’il appelle « le Verbe », « la Parole » : c’est Jésus, « le Fils Unique » qui prendra chair de la Vierge Marie. «Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut », nous dit-il. Le Père créa donc le monde et les hommes par son Fils. Il les sauvera aussi par son Fils. Le contexte est donc identique à celui de St Marc : accueillir le Christ, c’est recevoir avec Lui le Don de Dieu qui nous permettra de devenir ce que Dieu veut vraiment que nous soyons. Le Livre de la Genèse en parle en termes « d’image et ressemblance », comme un enfant qui ressemble à son papa… St Jean, lui, emploiera directement ce mot « enfant », et il écrira : « A tous ceux qui ont accueilli » le Verbe, « le Fils Unique », « il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom » (Jn 1,12). Ainsi, l’Evangile de Jean, tout comme celui de Marc, a été écrit « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jn 20,31), cette vie de Dieu qui, accueillie librement, permet à celui ou celle qui la reçoit de devenir en plénitude ce qu’il est déjà aux yeux de Dieu Notre Père : un enfant vivant de sa Vie…

 Si nous voulons bien comprendre la suite de l’Evangile, la mission de Jésus, les moyens qu’il a employés pour la mettre en œuvre, il est donc important de relever les points principaux de ce projet créateur de Dieu tels qu’ils nous sont présentés dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse.

 Le récit de la création du monde (Gn 1,1-2,4a) nous apparaît sous la forme d’une poésie en sept strophes, qui était peut-être à l’origine un cantique liturgique. Chaque strophe correspond à une journée et se termine par un refrain : « Et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin, Xème jour ». L’homme apparaît comme la toute dernière créature : il est le sommet de la création, la plus belle œuvre de Dieu, avec lui « tout est très bon ».

Gn 1,26-28 : Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. (27) Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa[1](28) Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre ».

 A la différence de toutes les autres créatures, Dieu commence par désirer l’homme. Quelque soit notre histoire, les souffrances et les blessures de notre enfance, si nous sommes là aujourd’hui, c’est que Dieu nous a désirés, voulus, aimés…

 Sagesse 11,24 : Seigneur, « tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé ».

 Lisons maintenant Gn 1,24-25 : « Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espècebestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce et il en fut ainsi. (25) Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon. »

Nous l’avons remarqué, le mot « espèce » revient très souvent pour évoquer la multitude des différentes « espèces » d’animaux. Mais il disparaît en Gn 1,26‑28 dès que l’on parle de l’homme. Il n’existe donc pas différentes « espèces » d’homme, mais une seule ; quelques soient la couleur de notre peau ou de nos cheveux, la forme de nos yeux… nous appartenons tous à une seule et même « espèce », « l’espèce » humaine. Toutes nos différences visibles ne sont qu’une illustration de l’incroyable richesse de l’humanité où chaque personne humaine créée est unique. Et cette unicité est comme imprimée dans tout ce que nous sommes. Prenons l’image d’un sceau. Chaque personne humaine est unique ; chacune a son sceau particulier. Par contre, nous vivons et nous nous exprimons tous au travers d’une « nature humaine » identique pour tous : un corps de chair et de sang, une intelligence, une mémoire, une volonté, une sensibilité et une dimension spirituelle qui est à la racine du Mystère de notre vie, nous le verrons par la suite… Cette nature humaine commune à tous, comparons là à de la cire. Nous allons maintenant utiliser cette même cire pour chaque sceau, et le résultat sera à chaque fois différent, car chaque sceau est unique… Ainsi sommes-nous sur cette terre… Tous les hommes possèdent la même nature humaine, mais chacun est différent car les personnes humaines qui vivent et s’expriment par cette nature humaine commune à tous sont différentes… Une même cire, des sceaux différents, magnifique richesse de l’humanité prise en son ensemble…

Remarquons aussi qu’en Gn 1,26, le mot « homme » (« Adam » en hébreu) est au singulier ; et pourtant, juste après, le verbe est au pluriel : « qu’ils dominent »[2]. Le mot « homme » au singulier ne désigne donc pas ici un seul homme mais toute l’humanité qui, en son ensemble (hommes et femmes), a été créée « à l’image et ressemblance de Dieu ». Seule la révélation apportée par Jésus-Christ permet de percevoir toute la portée de ce texte. En effet, nous découvrons avec elle que Dieu est un Mystère de Trois Personnes Divines différentes unies entre elles dans la communion d’un même Esprit : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Ces Trois Personnes divines sont bien distinctes l’une de l’autre, et pourtant, Jésus déclare : « Moi et le Père, nous sommes UN » (Jn 10,30). Jésus n’est pas le Père, le Père n’est pas Jésus, et pourtant les deux sont UN au sens où tous les deux sont unis l’un à l’autre dans la communion d’une même nature divine par laquelle ils vivent et s’expriment. Cette nature divine, nous dit St Jean, « est Esprit » (Jn 4,24), « Amour » (1Jn 4,8.16) et « Lumière » (1Jn 1,5). Les Trois sont ainsi unis l’un à l’autre par la communion d’un même Esprit qui est tout à la fois Amour, Lumière et nous pourrions rajouter Vie, Douceur, Joie, Paix, Justice… Ils agissent toujours ensemble, l’un avec l’autre (Jn 8,29 ; 15,10), l’un par l’autre (Jn 5,19-20). Et toute l’humanité est appelée à « être à leur image et ressemblance », c’est-à-dire à vivre elle aussi ce Mystère de Communion que Dieu vit. Nous l’avons vu, nous sommes déjà en communion les uns avec les autres par cette nature humaine qui est la même pour tous. La Bible emploie trois mots principaux pour la décrire : « corps », « âme » et « esprit ». Et l’homme est tout à la fois « corps », « âme » et « esprit ». Ces trois dimensions de son être sont inséparables l’une de l’autre… Cette notion « d’esprit » nous rappelle que nous sommes tous des créatures spirituelles « à l’image et ressemblance » de ce Dieu qui « est Esprit »… Le second récit de la création le présente avec cette image d’un Dieu qui, en créant l’homme, a commencé par le façonner statue « de glaise ». Puis il souffla en elle, « et l’homme devint un être vivant ». Or « le souffle de Dieu » dans la Bible renvoie à son Esprit. Le mystère de nos vies réside donc dans la présence, au plus profond de chacun d’entre nous, d’une réalité qui est de l’ordre de l’Esprit…

 Gn 2,4b-7 : « Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, (5) il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. (6) Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol. (7) Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. »

 Cette vie nous est donnée instant après instant par Dieu, qui nous maintient ainsi dans l’existence :

 Job 34,14-15 : Si Dieu tournait vers lui son cœur, s’il concentrait en lui son souffle et son haleine, (15) toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière.

 Notre vie est « dans sa main » (Sg 7,16)… Dieu « n’est pas loin de chacun de nous », dit St Paul, il est même infiniment proche, car « c’est par lui que nous vivons, que nous bougeons et que nous sommes » (Ac 17,28 ; Traduction Bible Expliquée), « lui qui donne à tous la vie et le souffle et tout le reste » (Ac 17,25). C’est donc Lui qui nous fait vivre… Notre vie « naturelle » est déjà « communion » au Mystère de sa vie. C’est pourquoi il est aussi vrai de dire : « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28 Bible de Jérusalem, TOB, Osty).

L’homme est donc un être spirituel. L’origine de sa vie est à chercher dans « le souffle de Dieu », l’Esprit Saint, par lequel Dieu l’a créé tel qu’il est et par lequel Dieu le maintient dans l’existence instant après instant. Mais nous pouvons aller plus loin. St Irénée écrivait au 2° siècle : « Ce ne fut pas parce que Dieu avait besoin de l’homme qu’il modela Adam, mais pour avoir quelqu’un en qui déposer ses bienfaits ». On peut ainsi parler de « l’esprit » de l’homme en termes de « capacité spirituelle » que Dieu a créée pour la remplir de ses bienfaits. Or, le plus grand des bienfaits qu’il puisse nous accorder est le don de l’Esprit. En effet, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24). En nous donnant l’Esprit, Dieu offre gratuitement à sa créature, par amour, de pouvoir participer à ce qu’il est en lui-même. Avec l’Esprit, il se donne lui-même… Il ne pouvait nous donner davantage… Et cet Esprit se révèlera en nous source de Lumière et de Vie…

Ainsi, « l’esprit » de l’homme a été créé « capacité spirituelle » pour être « rempli » par « l’Esprit de Dieu ». Mais si Dieu veut le « remplir », le combler de son Esprit, cela ne se fera jamais sans lui. Dans son Amour, Dieu ne peut pas nous imposer de recevoir ses bienfaits. L’Amour est fondamentalement respectueux de l’autre. Et ce sont des créatures libres qu’il a voulu susciter dans l’existence, libres de se tourner vers lui, de l’écouter, de l’accueillir, de recevoir ce qu’il désire leur donner, pour leur plus grand bonheur, en un mot libres de l’aimer… L’Amour ne peut pas nous forcer à l’aimer… Le Nouveau Testament nous présente souvent l’exemple d’hommes et de femmes qui ont accepté de se laisser aimer par Dieu, et donc d’accueillir ce qu’il veut donner à tous. « Nous sommes témoins de ces choses », dit St Pierre, « nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (Ac 5,32), à ceux qui, librement, par amour, l’ont accepté dans leur cœur et dans leur vie. Ils étaient alors « remplis de l’Esprit Saint » comme Elisabeth au moment où Marie est entrée chez elle (Lc 1,41), Zacharie juste avant de chanter les louanges de Dieu (Lc 1,67), tous les disciples lors de la Pentecôte (Ac 2,4), l’Eglise rassemblée en prière (Ac 4,31), Pierre alors qu’il témoignait de sa foi (Ac 4,8), Etienne choisi avec d’autres (Ac 6,3) pour servir le Christ et l’Eglise (Ac 6,5.8), ce qu’il fera jusqu’à mourir en martyr (Ac 7,55), Paul après avoir été baptisé (Ac 9,17 ; 13,9), Barnabé envoyé en mission à Antioche (Ac 11,24), tous les chrétiens de cette communauté (Ac 13,52)…

Par le souffle de son Esprit, Dieu nous a donc créés « capacités spirituelles libres » d’aller à Lui pour nous laisser combler par le Don de son Esprit. Si tous les hommes l’acceptent, ils recevront cet Esprit qui habite en Plénitude le Père, le Fils et l’Esprit Saint. L’humanité vivra alors un Mystère de Communion à « l’image et ressemblance » de ce Dieu qui est Mystère de Communion de Trois Personnes divines dans l’unité d’un même Esprit.

Voilà la perspective ouverte par St Marc dès le début de son Evangile lorsqu’il fait allusion au Livre de la Genèse. Le Christ est venu en ce monde accomplir le projet créateur du Père, c’est-à-dire réconcilier l’humanité avec Lui pour pouvoir donner à tout homme de devenir ce que Dieu veut pour lui depuis toujours : qu’il soit pleinement son enfant, vivant de sa vie par le don de son « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Et St Paul nous apporte une précision supplémentaire lorsqu’il écrit que toute personne humaine sera alors « à l’image et ressemblance du Fils » :

Rm 8,28-30 : « Nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. (29) Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères; (30) et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.

 En effet, le Père engendre le Fils de toute éternité en se donnant à lui. C’est ce que nous disons dans notre Crédo : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père »… Il est « de même nature que le Père » car il reçoit cette « nature » du Père de toute éternité… Et souvenons-nous avec St Jean, cette nature divine est « Esprit », « Amour », « Lumière »… Or la mission du « Fils » est de faire en sorte que nous puissions tous recevoir à notre tour ce que Lui-même reçoit du Père… Le grand cadeau qu’il proposera à notre foi sera donc « l’Esprit Saint » qui fera en nous toutes choses nouvelles… En recevant à notre tour ce que le Fils reçoit de son Père, nous deviendrons nous aussi des fils et des filles de Dieu « à l’image et ressemblance du Fils », vivants de sa vie (Jn 6,57), communiant à sa Paix (Jn 14,27) et à sa Joie (Jn 15,11)…

Nous sommes donc des créatures spirituelles et notre relation à Dieu est vitale. Dieu nous appelle par son Fils à en prendre conscience pour que nous puissions collaborer à son œuvre en nous et développer ainsi toutes les potentialités de cette Vie qu’il veut nous donner en surabondance (Jn 10,10). Mais cette dynamique ne pourra s’accomplir que par l’accueil libre et conscient de ce Mystère que le Fils est venu nous faire connaître (Jn 1,18) : le Père est éternellement Don de lui‑même, et ce Don suscite et nourrit la vie… « Le Seigneur Dieu est un soleil… Il donne la grâce, il donne la gloire » (Ps 84(83),12). Il est « Source d’Eau Vive » toujours jaillissante (Jérémie 2,13 ; 17,13 ; Psaume 42 (43),2-3), « toujours offert » (Psaume 46 (45),2) et il nous a créés pour que nous trouvions notre Plénitude dans l’accueil de ce jaillissement perpétuel de vie (Jean 4,7-14 et 10,10). « Là » est notre vrai bonheur (Deutéronome 5,28-29 ; 5,33 ; 6,3 ; 6,18 ; 6,24). Et cette Source ne demande qu’à jaillir au plus profond de nous-mêmes (Jn 4,14), si nous l’acceptons…

Mais hélas, écrit St Paul, « le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et la mort a passé ainsi en tous les hommes, du fait que tous ont péché » (Rm 5,12). Le péché est tout simplement l’abandon de Dieu : « Ils m’ont abandonné, moi, la Source d’Eau Vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau » (Jr 2,13 ; 2,17 ; 17,13 ; 1,16 ; 5,7 ; 5,19 ; 9,12 ; 16,11 ; 19,4 ; 22,9). L’homme ne reçoit plus de Dieu cette Eau Vive de l’Esprit qui ne cesse de jaillir de Lui pour la vie de ses créatures. Privé de cette vie, de cette Plénitude de vie, il ne peut que faire l’expérience d’un manque profond que St Paul appelle « la mort ». Mais comme l’homme a été créé pour le bonheur, ce désir légitime d’être heureux demeure en lui, et il cherche à le combler par toutes sortes de moyens que Jérémie évoque par l’image de ces « citernes ». On les construit en espérant qu’elles seront un jour remplies d’eau, symbole de vie, d’abondance et de bonheur dans ces pays désertiques. On se donne beaucoup de peine pour les construire ou pour les acquérir, et lorsqu’on espère enfin en recueillir les fruits, on se rend compte qu’elles ne contiennent pas « l’eau » espérée, le bonheur espéré, la Plénitude espérée… « Tristesse pour quiconque fait le mal » écrit encore St Paul (Rm 2,9). Tristesse et déception… Le vrai bonheur n’est toujours pas au rendez-vous… « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait St Augustin…

 Le pécheur, par suite de cet abandon de Dieu, connaît donc une privation de vie, une absence de Plénitude et de réel bien-être. « N’as-tu pas provoqué cela pour avoir abandonné le Seigneur ton Dieu alors qu’il te guidait sur ta route ? » (Jr 2,17). Sa désobéissance l’a profondément blessé et entraîné sur un chemin d’autodestruction et de mort. Et cela, Dieu ne le supporte pas… Maître de la vie, Ami de la vie (Sg 11,26), il nous a tous créés pour la vie (Sg 1,12-15). Notre souffrance le bouleverse (Os 11,7-9). Aussi ne reste-t-il pas sans réagir… Inlassablement, il envoya ses prophètes rappeler aux hommes le chemin de la vie. Et finalement, il nous enverra son Fils qui ne cessera de nous inviter à revenir à Dieu de tout cœur… Il est déjà là puisque c’est Lui qui nous a créés par le Souffle de son Esprit et qui nous maintient dans la vie, instant après instant, par ce même Esprit. Doucement, discrètement, respectueusement, il ne cesse de frapper à la porte de nos cœurs, et il attend le « oui » de notre liberté pour nous combler de ses dons. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3,20).

 « Le Royaume des Cieux est donc tout proche ». Telles sont les premières paroles de Jésus dans l’Evangile de Marc (Mc 1,15). Et comme tous les hommes sont pécheurs, le premier cadeau que le Christ leur offrira sera le pardon de toutes leurs fautes. Dieu veut nous pardonner plus que nous-mêmes… Il veut, il désire de tout son cœur que sa créature revienne à lui. Il pourra alors lui donner ce pourquoi il nous a tous créés : son Esprit. Et il enlèvera lui-même tout ce qui pourrait nous empêcher de le recevoir : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », dira Jean-Baptiste de Jésus (Jn 1,29). Encore faut-il que nous acceptions librement de reconnaître le mal qui habite effectivement notre vie, que nous acceptions librement d’y renoncer pour avoir reconnu à quel point il n’est que mensonge, que nous acceptions librement de l’offrir au Christ pour qu’il l’enlève et nous guérisse de toutes nos blessures. Alors, si nous acceptons librement de nous remettre de tout cœur entre ses mains, de collaborer jour après jour à son œuvre de Vie dans nos vies en apprenant avec lui à rejeter ce qui est contraire à la vie pour choisir ce qui la fait grandir, nous connaîtrons enfin le repos et la paix du cœur, prémices de cette Plénitude de Bonheur et de Vie à laquelle Dieu nous appelle tous par-delà notre mort physique…

Cette aventure est possible car Dieu ne cesse d’être ce qu’il est : un Père rempli de Tendresse et de Miséricorde pour toutes ses créatures, et qui poursuit inlassablement avec elles l’accomplissement parfait de leur vocation à devenir ses enfants vivants de sa vie… Chaque fois qu’elles s’égareront, il sera pour elles comme « un Bon Pasteur qui part à la recherche de sa brebis perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve… Et lorsqu’il l’a retrouvée, il la met sur ses épaules et la ramène à la maison » (Lc 15,4-7). Alors, de miséricorde en miséricorde, de pardon en pardon, de consentement libre à son Amour en consentement libre à son Amour, elles deviendront « à son Image et Ressemblance » en partageant avec Lui la Plénitude de son Souffle, de son Esprit, de sa Vie…

Telle est l’aventure à laquelle St Marc nous appelle lorsqu’il écrit son Evangile. Lui-même en a fait l’expérience, notamment en écoutant et en accueillant le témoignage de Pierre. En effet, il est très certainement ce jeune homme qui, lors de l’arrestation de Jésus, laissera dans la main d’un soldat le morceau de drap qui lui servait de vêtement pour « s’enfuir tout nu » (Mc 14,52). Plus tard, après la mort (7 avril 30) et la résurrection du Christ, Pierre, une fois libéré miraculeusement de sa prison, ira spontanément chez sa mère à Jérusalem (Ac 12,12). Vers l’an 45, Marc partira en mission avec Paul et Barnabé, puis il retournera à Jérusalem (Ac 13,13) pour repartir ensuite à Chypre avec Barnabé. Il se retrouvera finalement à Rome, compagnon de Paul (Col 4,10 ; Phm 24) et de Pierre (1P 5,13). Et c’est très certainement là, en écoutant le témoignage de Pierre, qu’il écrira son Evangile dans les années 60-70… Pierre et Paul, eux, mourront martyrs sous l’empereur Néron en 64 ou 67…

       D. Jacques Fournier.

[1] La TOB, en suivant la traduction grecque de la Septante réalisée par la communauté juive d’Alexandrie vers le 3° siècle avant JC, a : « mâle et femelle il les créa ». Il y a donc « l’homme mâle », et « l’homme femelle », une magnifique façon de dire que l’homme et la femme sont strictement égaux en droits et en devoirs, cette égalité étant ensuite vécue au cœur de leur diversité…
[2] Il en est ainsi dans le texte hébreu. La Bible de Jérusalem lui est restée fidèle en traduisant par un pluriel (« qu’ils dominent »). La Bible des Peuples a un singulier (« qu’il ait autorité »), mais elle écrit « Homme » avec un « H » majuscule, renvoyant ainsi à l’humanité tout entière…

Fiche n°1 (Mc 1,1): Document en PDF pour impression éventuelle.

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