PAPIAS DE HIERAPOLIS

         Pour l’historien, Papias de Hiérapolis est à la fois un personnage extrêmement intéressant et terriblement frustrant. Au-delà du fait que reconstituer son existence s’avère difficile en raison du caractère lacunaire des sources, son importance pour comprendre les racines de la foi chrétienne encore nazaréenne est incontournable. Florissant au début du IIème siècle, il est à l’heure actuelle impossible de proposer des dates précises quant à son existence. La majorité des renseignements dont nous disposons nous viennent de l’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée (IVème siècle) ainsi que de fragments très épars dans l’ensemble de la littérature chrétienne de langue grecque (jusqu’à l’époque byzantine avec le patriarche Photius). Il fut probablement épiscope de Hiérapolis (Phrygie) et est qualifié d’ « Ancien » par Irénée de Lyon. Nous savons qu’il fut disciple des apôtres et semble avoir principalement gravité dans la zone du Johannisme. Il rédigea un ouvrage – aujourd’hui perdu – en cinq volumes intitulé Explication des paroles du Seigneur. Rien ne nous renseigne sur sa mort. Papias reste très estimé mais n’a pas joui d’un statut de Père de l’Église en raison de ses conceptions explicitement millénaristes (ce qui était fort mal perçu dans les premiers temps de l’Église). Il est néanmoins considéré comme Bienheureux.

         Son enseignement présente un fort intérêt, de par sa proximité avec les premières générations de disciples auxquelles il puise ses connaissances de l’enseignement de Jésus. Il nous apporte de précieuses indications quant à la transmission de la Tradition droite, privilégiant la force de l’oralité, se référant uniquement aux témoignages attestés provenant des Apôtres. Chaînon hélas manquant de notre tradition patristique, Papias est un personnage injustement méconnu nous illustrant la diffusion de la foi aux premières époques de la communauté chrétienne encore largement judaïsante.

         Le peu de citations dont nous disposons est un trésor, illustrant un esprit concis et solide, complétant ainsi nos maigres connaissances de la période apostolique et postapostolique.

N.B. : il ne peut exister à proprement parler d’édition de l’œuvre de Papias, celle-ci étant perdue et ne se résumant qu’à quelques citations indirectes. Notons cependant l’activité intense de M. Enrico Norelli dans l’optique de valoriser son apport à notre appréhension des origines du Christianisme.

Bibliographie élémentaire

 

  • Les Pères apostoliques. Texte intégral, trad. Dominique Bertrand, Cerf, coll. “Sagesses chrétiennes”, Paris, 2001.

  • E. NORELLI – C. MORESCHINI, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine. I, Labor et Fides, Genève, 2000, pp. 197-199.

Extraits

 

Papias, lui aussi un auditeur de Jean et compagnon de Polycarpe, homme ancien, a témoigné par écrit dans le quatrième de ses livres. En effet, il existe cinq livres composés par lui.

Irénée, Adv. Haer., V, 33, 4 cité aussi par Eusèbe, H.E., III, 39, 1.

Pour toi, je n’hésiterai pas à ajouter à mes explications ce que j’ai bien appris autrefois des presbytres et dont j’ai bien gardé le souvenir, afin d’en fortifier la vérité. Car je ne me plaisais pas auprès de ceux qui parlent beaucoup, comme le font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignent la vérité Je ne me plaisais pas non plus auprès de ceux qui font mémoire de commandements étrangers, mais auprès de ceux qui rappellent les commandements donnés par le Seigneur à la foi et nés de la vérité elle-même. Si quelque part venait quelqu’un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m’informais des paroles des presbytres : ce qu’ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelqu’autre des disciples du Seigneur, et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres ne fussent aussi utiles que ce qui vient d’une parole vivante et durable.

Eusèbe, H.E., 111, 39, 3 -4

Il (le même Papias) dit qu’il y aura mille ans après la résurrection des morts et que le règne du Christ aura lieu corporellement sur cette terre. Je pense qu’il suppose tout cela après avoir compris de travers les récits des apôtres et qu’il n’a pas saisi les choses dites par eux en figures et d’une manière symbolique. En effet, il parait avoir été tout à fait petit par l’esprit, comme on peut s’en rendre compte par ses livres ; cependant il a été cause qu’un très grand nombre d’écrivains ecclésiastiques, après lui, ont adopté les mêmes opinions que lui, confiants dans son antiquité : c’est là ce qui s’est produit pour Irénée et pour d’autres qui ont pensé les mêmes choses que lui.

Eusèbe, H.E., III, 39, 12-13.

« Et voici ce que disait le presbytre : Marc qui était l’interprète de Pierre a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n’avait pas entendu ni accompagné le Seigneur ; mais plus tard, comme je l’ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte, Marc n’a pas commis d’erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n’a eu, en effet, qu’un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu’il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu’il rapportait ».

Eusèbe, H. E., III, 39, 15.

Sur Matthieu, Papias dit ceci : « Matthieu réunit donc en langue hébraïque les logia (de Jésus) et chacun les interpréta comme il en était capable ».

Eusèbe, H. E., III, 39, 16.

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