« Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? » La vocation d’Isaïe (Is 6,1-13). D. Jacques Fournier

Nous sommes l’année de la mort du roi Ozias, et donc « probablement en 740 av JC » précise en note la Bible de Jérusalem. Il régna en effet de 781 à 740 av JC, sur le Royaume de Juda, au sud d’Israël, avec comme capitale Jérusalem. Le prophète Isaïe quant à lui est né aux environs de 765 av JC. Il a donc ici 25 ans, et il est en prière dans le Temple de Jérusalem…

 

Dieu va se manifester à lui… « Je vis le Seigneur, assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire », « ha-hê-āl », salle qui précédait le Debir ou « Saint des Saints » » précise encore en note la Bible de Jérusalem. Le Saint des Saints était la pièce la plus sacrée du Temple, où seul le Grand Prêtre pouvait entrer une fois par an pour accomplir les rites d’aspersion de la fête du Grand Pardon, « Yom Kippour ». Dieu y siégeait, assis sur son Trône, l’Arche d’Alliance, un trône coffre où avaient été disposées les deux Tables de la Loi ainsi qu’un peu de cette manne que le peuple hébreu récolta tous les matins dans sa longue marche au désert avec Moïse… Elle était séparée du « Saint » par un grand rideau… Celui-ci semble donc devenir comme transparent pour Isaïe : « Je vis le Seigneur, assis sur un trône grandiose et surélevé »… Autrement dit, il voit le Seigneur alors même qu’il exerce sa fonction royale, « assis sur son trône grandiose et surélevé »…

Or, dans cette sa Lumière, nous y reviendrons, il prend conscience qu’il est « un homme aux lèvres impures », « habitant au sein d’un peuple aux lèvres impures »… Autrement dit, il est pécheur, et ce qui sera dit plus tard s’applique bien à lui : son cœur est « appesanti », et ses yeux « englués » ne peuvent « voir »… A lui pourrait s’appliquer ce qui sera dit en Is 42,19 : « Qui est aveugle si ce n’est mon serviteur ? Qui est sourd comme le messager que j’envoie ? » et il habite au milieu « d’un peuple aveugle qui a des yeux » (Is 43,8)… Spirituellement parlant, « nous tâtonnons comme des aveugles cherchant un mur, comme privés d’yeux nous tâtonnons. Nous trébuchons en plein midi comme au crépuscule, parmi les bien-portants nous sommes comme des morts » (Is 59,10 ; cf. Dt 28,29). Et pourquoi ? « Ils iront comme des aveugles, parce qu’ils ont péché contre le Seigneur » (So 1,17). Cet aveuglement est donc la conséquence du péché qui, de cœur, sépare l’homme de ce « Dieu » qui « est Lumière » (1Jn 1,5) et le plonge ainsi dans les ténèbres… « Ils n’ont pas rendu à Dieu gloire ou actions de grâces, ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements, et leur cœur inintelligent s’est enténébré » (Rm 1,21).

Isaïe, pécheur, et donc aveugle de cœur ne pouvait donc pas voir Dieu… Et pourtant, ici, il le voit… Et ce simple fait qu’il commence à « voir » est déjà la mise en œuvre, dans son cœur et dans sa vie, de ce dont il va prendre conscience en le voyant : le Mystère de la Royauté de ce Dieu « siégeant sur un trône grandiose et surélevé »…

Et quelle est-elle ? Elle est la royauté de la Lumière sur les ténèbres… « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) ? « La Lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5). Elle règne sur elles, victorieuse… Et grâce à elle, « les yeux du cœur illuminés » (Ep 1,17) peuvent voir ce que par eux mêmes, englués, blessés, ils ne pourraient pas voir : « En toi est la source de vie, par ta lumière, nous voyons la lumière » (Ps 36,10).

Telle est l’expérience que vivra St Paul… Il pensait pourtant être sur le bon chemin, vivant la vraie foi au Dieu unique, et il avait du caractère et de la volonté puisqu’il obéissait parfaitement aux 613 commandements à mettre en pratique tous les jours : « Je suis Juif. Né à Tarse en Cilicie » (Ac 22,3). « Circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux » (Ph 3,5). « J’ai été élevé ici dans cette ville » de Jérusalem, « et c’est aux pieds de Gamaliel que j’ai été formé à l’exacte observance de la Loi de nos pères, et j’étais rempli du zèle de Dieu » (Ac 22,3)… Vous avez entendu parler « de mes progrès dans le judaïsme, où je surpassais bien des compatriotes de mon âge, en partisan acharné des traditions de mes pères » (Ga 1,14). « Quant à la justice que peut donner la Loi, j’étais un homme irréprochable » (Ph 3,6). Et « j’ai vécu suivant le parti le plus strict de notre religion, en Pharisien » (Ac 26,5 ; Ph 3,5)…

Et pourtant, sans le savoir, il était dans le légalisme et dans l’orgueil, et donc dans les ténèbres… Mais « le Dieu qui a dit : Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ » (2Co 4,6). Voilà ce qu’il a vécu sur la route de Damas, alors qu’il s’y rendait avec ses compagnons pour persécuter la toute jeune communauté chrétienne qui venait d’y naître… « Il faisait route et approchait de Damas, quand soudain une lumière venue du ciel l’enveloppa de sa clarté. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu? – Qui es-tu, Seigneur ? demanda-t-il. Et lui : Je suis Jésus que tu persécutes. Mais relève-toi, entre dans la ville, et l’on te dira ce que tu dois faire. Ses compagnons de route s’étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient bien la voix, mais sans voir personne. Saul se releva de terre, mais, quoiqu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. On le conduisit par la main pour le faire entrer à Damas. Trois jours durant, il resta sans voir, ne mangeant et ne buvant rien » (Ac 9,3-9). La lumière du Christ a ainsi conduit St Paul à prendre conscience, comme Isaïe, qu’il était « aveugle » de cœur, dans les ténèbres, lui qui pensait être dans la Lumière… « Il avait les yeux ouverts », mais en fait, « il ne voyait rien »… Ananie va venir à sa rencontre et lui proposer le baptême : « Saoul, mon frère, celui qui m’envoie, c’est le Seigneur, ce Jésus qui t’est apparu sur le chemin par où tu venais ; et c’est afin que tu recouvres la vue et sois rempli de l’Esprit Saint », l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) et de vie (Jn 6,63 ; 2Co 3,6). « Aussitôt il lui tomba des yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Sur-le-champ il fut baptisé ; puis il prit de la nourriture, et les forces lui revinrent » (Ac 9,17-18).

St Pierre lui aussi a vécu quelque chose de semblable… Alors que Jésus lui avait demandé de pouvoir monter dans sa barque pour qu’il puisse s’adresser à la foule qui s’était rassemblée au bord du rivage du lac de Tibériade, « quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche. Simon répondit : Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets. Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons, et leurs filets se rompaient… À cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » (Lc 5,1-11). Comme pour Isaïe, dès qu’il commence à « voir » ‘quelque chose’ du Mystère de Jésus, aussitôt, il perçoit à quel point il est « un homme pécheur », et donc « aveugle de cœur », « enténébré »… Et pourtant, peu après, il verra lui aussi, comme Isaïe, le Seigneur dans sa gloire : « Prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, Jésus gravit la montagne pour prier. Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante… Pierre et ses compagnons (…) virent sa gloire » (Lc 9,28-36).

Ainsi, Isaïe, Paul, Pierre, Jean et Jacques sont des exemples de ce que Dieu fait vis-à-vis de nous tous : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous as aimés » (1Jn 4,10). Or, « aimer » pour Dieu est synonyme de « donner », gratuitement, par amour, tout ce qu’il est… Tel est le Mystère qui s’est pleinement révélé en Jésus Christ, Lui qui est ce Fils « né du Père avant tous les siècles » (Crédo) en tant que le Père lui donne d’être ce qu’il est, depuis toujours et pour toujours, en un acte éternel d’amour : « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout ce qu’il est, « tout ce qui est à toi », Père, « est à moi » (Jn 17,10), tout ce qu’il a, « tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15). « Le Père, qui est vivant » (Jn 6,57), « a la vie en lui-même » (Jn 5,26) ? Ainsi « a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même » (Jn 5,26), et cela en un acte d’amour, éternel, de telle sorte que le Fils peut dire : « Je vis par le Père » (Jn 6,57). Ainsi, « le Fils, né du Père avant tous les siècles » est l’éternel « engendré, non pas créé », « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père » (Crédo). Le Père l’engendre en effet à sa vie de toute éternité en lui donnant, gratuitement, par amour, depuis toujours et pour toujours, la Plénitude de son Être et de sa vie, un Être qui « est Amour » (1Jn 4,8.16), « Esprit » (Jn 4,24), « Lumière » (1Jn 1,5), « vie » (Jn 1,4)…

C’est ce même Don qui a rejoint Isaïe dans le Temple de Jérusalem, Paul sur la route de Damas, Pierre sur le lac de Tibériade, Jacques et Jean au sommet du Mont Thabor, un Don qui est offert, gratuitement, par amour, à tout homme, et qui, tôt ou tard, sait trouver le chemin des cœurs de bonne volonté pour permettre cette magnifique découverte, cette prise de conscience que Dieu, de fait, est là, depuis toujours et pour toujours, à côté de chacun d’entre nous, nous aimant tous « le premier », et se donnant donc déjà à tous pour le meilleur de chacun d’entre nous. « Votre Père des Cieux fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45). Et « le Verbe », quant à lui, l’Unique éternel Engendré, « le Fils Unique » (Jn 1,14 TOB), « Dieu Fils Unique » (Jn 1,18 TOB) est la Lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1,9). Il donne donc cet Esprit de Lumière et de Vie qu’il reçoit du Père de toute éternité à tout homme…

Ainsi, lorsque l’Evangile fut annoncé pour la première fois aux païens de la ville d’Ephèse, St Paul écrit : « C’est en lui – dans le Christ – que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,14-15). Autrement dit, quand les païens ont entendu pour la première fois « la Parole de vérité, l’Evangile du salut », avant même de répondre à cette proclamation par un acte de foi, suivi ensuite du baptême où ils furent marqués du « sceau par l’Esprit de la Promesse », autrement dit le Don de « l’Esprit Saint », ils étaient déjà « en lui », dans le Christ, unis au Christ dans la communion d’un même Esprit, ce qui est présenté d’habitude comme étant les conséquences du baptême… Tout était déjà là, tout était déjà donné, ils étaient déjà en communion avec le Christ, le Don de l’Esprit Saint s’unissant à leur esprit pour leur apporter cette Lumière nouvelle de la Vie qui leur a permis ensuite de dire « Oui, je crois » à ce qu’ils entendaient pour la première fois… Et de fait, « nul ne peut dire « Jésus est Seigneur » si ce n’est par l’Esprit Saint » (1Co 12,3 ; TOB), « s’il n’est avec l’Esprit Saint » (BJ), « sinon dans l’Esprit Saint » (CNPL), c’est-à-dire uni au Christ dans la communion d’un même Esprit… Le Don de l’Esprit nous précède donc toujours… Du côté de Dieu, il nous est déjà donné. Du côté des hommes, il habite déjà le cœur de tous, car n’oublions pas que nous avons tous été créés par le Don que Dieu nous a faits de son « souffle » de vie (Gn 2,4b-7), un Don qui nous rejoints instant après instant pour nous maintenir dans la vie (Job 34,14-15), Don de l’Esprit grâce auquel nous sommes tous « esprit, âme et corps » (1Th 5,23). Tout acte de bonne volonté est donc ouverture à la vérité, la justice, la droiture et donc ouverture à Dieu qui est Vérité, Justice, Droiture… « Dieu de vérité non pas de perfidie, il est juste, il est droit » (Dt 32,4). Mais Dieu est avant tout « Amour » et donc Don gratuit de tout ce qu’il est en lui-même… Cette ouverture à Dieu ne peut donc qu’être au même moment accueil du Don de Dieu qui guidera pour aller toujours plus loin dans la découverte de son « insondable richesse » (Ep 3,8)… Alors, « gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté » (« Gloria in altissimis Deo et in terra pax in hominibus bonae voluntatis », Lc 2,14). En effet, le fruit de cet Esprit qu’ils accueillent par leur bonne volonté, sans en être peut-être encore conscients, « est amour, joie, paix » (Ga 5,25)…

Isaïe, de bonne volonté, pécheur comme nous le sommes tous ici-bas (Rm 3,9‑20), a donc été l’heureux bénéficiaire de cet Amour gratuit et déjà donné du Père qui l’a rejoint par sa Lumière dans ses ténèbres et lui a donné de le voir… Et il pourrait dire avec St Paul : « S’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ », et donc Dieu avec lui et par lui, « manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Tm 1,16).

« Rempli de l’Esprit Saint » (cf. Lc 1,15.41.67 ; 4,1 ; Ac 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5 ; 7,55 ; 9,17…) Isaïe voit donc le Roi des rois, Celui donc « le Nom est au dessus de tout nom » (Ph 2,9), « assis sur son trône grandiose et surélevé »… Et « sa Traîne emplissait le sanctuaire », le hékal, la pièce où les prêtres et les serviteurs de la liturgie pouvaient entrer, se retrouvant alors juste en face de la pièce de Dieu, le « Debir » ou « Saint des Saints »… Mais le fait que cette Traîne, attachée aux épaules de Dieu, pour continuer de coller à l’image, soit présente dans la pièce des hommes, est une façon d’affirmer sa Présence au milieu d’eux, sa proximité… Tout dit d’ailleurs cette Présence : « Et le Temple était plein de fumée » (Is 6,4). Et la note de la Bible de Jérusalem précise : « Signe de la présence de Dieu au Sinaï (Ex 19,16), dans la Tente du désert (Ex 40,34‑35), et dans le Temple de Jérusalem (1R 8,10,12 ; Ez 10,4) ».

Une petite différence de traduction entre la Septante[1] et le texte hébreu va encore redire, en des termes semblables, la Présence de Dieu, mais en élargissant encore la perspective… L’auteur emploie cette fois non pas la notion de « fumée » mais celle de « gloire, δόξα, doxa », la Gloire de Dieu renvoyant toujours, d’une manière ou d’une autre, à Dieu Lui-même, présent et agissant[2] :

            Is 6,2 : πλήρης     οκος      τῆς δόξης αὐτοῦ,

                        plêrês       o oikos       tês doxês autou

                        pleine    la maison          de sa gloire.

            Or, nous lisons un peu plus loin, dans la louange des Séraphins :

            Is 6,3 : πλήρης    πσα γ  τῆς δόξης αὐτοῦ,

                        plêrês       pasa ê gê     tês doxês autou

                        pleine    toute la terre      de sa gloire.

 

Les deux expressions sont identiques à une exception près : la localisation « géographique » de cette gloire : d’un côté, dans « la maison » (de Dieu), le Temple, et de l’autre, sur « toute la terre »… Autrement dit le Temple est rempli de la Gloire de Dieu comme l’est toute la terre : Dieu est présent partout à tout homme, comme il est présent à tous ceux qui sont dans le Temple de Jérusalem… Nos lieux de prière, en nous séparant de nos activités habituelles, en nous isolant de tout ce qui, dans le monde, est synonyme de bruits, de mouvements, de distractions, etc… nous permettent donc de revenir de tout cœur à Celui qui, de son côté, ne nous a jamais quittés… Nous nous remettons en sa Présence, nous la retrouvons ou plutôt nous nous laissons retrouver par Lui, pour ensuite revenir dans le monde, avec nos proches, nos activités, notre travail, etc… et cela dans cette même Lumière, en nous attachant désormais à éviter tout ce qui pourrait nous détourner d’elle, un combat à reprendre tous les jours, d’où le besoin de ces pauses régulières où nous sommes exclusivement tournés, de cœur, vers Lui…

« Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) ? « La terre est remplie de son amour » (Ps 33(32),5), un Amour qui est Don de tout ce qu’il est en Lui-même et il est Tout Puissant au sens où rien ni personne ne peut le mettre en échec, sinon bien sûr, le refus, en toute conscience et en toute connaissance de cause, de l’accueillir et de le laisser agir selon ce qu’il est… Ainsi, cet Amour fidèle, éternel, nous rejoint sans cesse au cœur même de notre misère ; il prend alors le visage d’une Miséricorde Toute Puissante que rien, absolument rien, ne peut mettre en échec… Avec elle et par elle, Dieu se propose alors de remporter la victoire dans nos cœurs et dans nos vies sur tout ce qui, en nous, est ténèbres…

Ps 51(50), 3-6 : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,

            selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

(Septante :             Ἐλέησόν με, ὁ θεός, κατὰ τὸ μέγα ἔλεός σου

                                Èléêson me, o théos, kata to méga éleos sou

                        Fais-moi miséricorde, oh Dieu, selon ta grande miséricorde

                        καὶ κατὰ τὸ πλῆθος τῶν οἰκτιρμῶν σου ἐξάλειψον τὸ ἀνόμημά μου·

                        kai kata   to plêthos   tôn   oiktirmôn sou éxaleipson to avomêma mou ;

                        et selon la Plénitude de tes compassions, efface mon péché)

            Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.

            Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.

            Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

            Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire ».

Telle est la victoire de la Lumière dans le cœur d’Isaïe, de Paul, de Pierre, de Jacques et de Jean, et de nous tous si nous y consentons, une Lumière qui règne dans les ténèbres, et qui, frappant à la porte de tous les cœurs de bonne volonté, leur permettent de voir « le Seigneur » (Is 6,1), « le Roi, Dieu Sabaoth » (Is 6,5)…

Mais cet « Esprit » de « Lumière » que Dieu donne, et qui est ce par quoi il vit et s’exprime depuis toujours et pour toujours (Jn 4,24 ; 1Jn 1,5), est souvent comparé dans la Bible à un feu… Ainsi, quand Dieu conclut une Alliance avec Abraham, il lui apparut sous la forme d’un « brandon de feu » (Gn 15,17). Puis, lorsqu’il se manifesta à Moïse, il lui apparut « dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson » (Ex 3,1s)… « Ton Dieu est un feu dévorant » (Dt 5,25)… « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? Il est donc aussi « feu » et Jean Baptiste résume ainsi toute la mission de Jésus à notre égard : « Pour moi, je vous baptise dans de l’eau en vue du repentir ; mais celui qui vient derrière moi (…), lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11 ; cf. Ac 2,1-4). Ce feu purifie les cœurs, de telle sorte que s’ils acceptent de le laisser agir, ils pourront vivre cette Béatitude : « Heureux les cœurs purs », car purifiés ; « ils verront Dieu » (Mt 5,8)…

C’est ce qu’a vécu ici Isaïe puisque, malgré ses « lèvres impures », « je vis le Seigneur », dit-il. Oui, « mes yeux ont vu le Roi, Dieu Sabaot » (Is 6,1.5). Mais il va pourtant vivre tout un rituel qui lui permettra en fait de prendre conscience de ce que Dieu a déjà réalisé dans son cœur…

Ce rituel va être accompli par un « Séraphim », littéralement, en hébreu, « un brûlant », mystérieuse créature spirituelle qui participe pleinement à ce que Dieu seul est en Lui-même, et il est « feu »… « L’un des Séraphims vola vers moi », « fut envoyé vers moi, d’après la Septante (« ἀπεστάλη πρὸς μὲ, apestalên pros mè »), « tenant dans sa main une braise qu’il avait prise avec des pinces sur l’autel. » Or l’autel symbolise la Présence de Dieu au milieu de son peuple. Cette « braise » va donc évoquer à son tour ce que Dieu est en Lui-même, et il est « feu »… Isaïe venait de déclarer : « Je suis un homme aux lèvres impures » ? Le Séraphim « me toucha la bouche » avec « la braise » « et dit : Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné. » Il suffit donc d’un contact, un seul, bref, rapide, entre Dieu et l’homme pour que tout ce qui faisait obstacle entre lui et nous, avec leurs inévitables conséquences, disparaisse… Et Dieu le réalise par le Don de son Esprit de Lumière et de Feu qui accomplit alors en nous des merveilles de restauration, de salut, de guérison intérieure et de vie…

La maladie était comprise à l’époque comme la conséquence du péché ? La lèpre apparaissait alors comme le fruit le plus grave du péché, un lépreux étant comme un « mort vivant », la lèpre rongeant son corps de son vivant comme le fait la mort dans le tombeau… Un jour, « il y avait un homme plein de lèpre », qui représente donc, dans les croyances de l’époque, un grand pécheur. « À la vue de Jésus, il tomba sur la face et le pria en disant : Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois purifié. Et aussitôt la lèpre le quitta » (Lc 5,12-13). Comme pour Isaïe, un contact a suffi… Purifié de sa lèpre, il reste alors l’homme, pleinement homme, pleinement lui-même, « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26-28), c’est-à-dire « participant l’être et la vie du Dieu vivant » (P. Ceslas Spicq)… Nous avons tous été créés pour cela : vivre de la vie même de Dieu, en étant nous aussi, par grâce, par suite de la Miséricorde Toute Puissante de Dieu, ce que Dieu Est de toute éternité : « Par elles », la Gloire et la Puissance du Christ, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), « les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise » (2P 1,4). Et tout cela n’est possible que par l’action de Dieu Lui‑même, au cœur de notre misère, au cœur de notre faiblesse : « Vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien‑aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12-14).

C’est ce qu’a vécu le prophète Isaïe au jour de son appel par Dieu dans le Temple de Jérusalem. « Par ta lumière, nous voyons la lumière » (Ps 36,10). Par la Lumière reçue, gratuitement, par amour, une Lumière victorieuse de toute forme de ténèbres, nous voyons la Lumière, c’est-à-dire Dieu Lui-même puisque « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5)… « Je vis le Seigneur… Mes yeux ont vu le Roi, Dieu Sabaoth » (Is 6,1.5). Et tout le rituel de purification que le Séraphim a ensuite accompli à son égard n’a été réalisé que pour lui permettre de comprendre ce que Dieu avait déjà fait en lui et pour lui…

Nous pourrions redire la même chose avec l’image de l’eau, appliquée souvent elle aussi à l’Esprit Saint, le Don de Dieu… Avec cette image, Dieu est alors présenté comme celui qui lave « les cœurs englués », et les abreuve de son eau (Jn 4,10‑14 ; 7,37-39 ; 19,34 ; 20,22), permettant ainsi à la vie de s’épanouir pleinement… Lisons ce passage du prophète Ezéchiel qui commence par souligner l’infidélité d’Israël, et qui insiste sur le fait que si Dieu agit ainsi à leur égard, ce n’est vraiment pas parce qu’ils le méritent, bien au contraire… Non, l’action de Dieu est totalement gratuite, et elle va manifester « sa sainteté », c’est‑à-dire « qui » il est, car cette notion de « sainteté » renvoie dans la Bible à ce que Dieu est en lui-même[3]… « Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth », proclament les Séraphins en Is 6,3. Et c’est bien parce qu’il est Saint, c’est-à-dire le seul à être ce qu’il est, et il est Amour (1Jn 4,8.16), Pur Amour qui ne cesse de se donner pour notre bien à tous, que Dieu va agir ainsi à l’égard d’Isaïe, une action qu’il se propose d’accomplir pour nous tous, comme il le promettra d’ailleurs plus tard par le prophète Ézéchiel (6° siècle av JC) :

Ez 36,22-28 : « Eh bien ! dis à la maison d’Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu.

Ce n’est pas à cause de vous que j’agis de la sorte, maison d’Israël,

   mais c’est pour mon saint nom,

que vous avez profané parmi les nations où vous êtes venus.

Je sanctifierai mon grand nom

qui a été profané parmi les nations au milieu desquelles vous l’avez profané.

Et les nations sauront que je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu –

quand je ferai éclater ma sainteté, à votre sujet, sous leurs yeux.

Alors je vous prendrai parmi les nations,

je vous rassemblerai de tous les pays étrangers et je vous ramènerai vers votre sol.

Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ;

de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.

Et JE VOUS DONNERAI un cœur nouveau,

je mettrai en vous (litt. JE DONNERAI en vous) un esprit nouveau,

j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et JE VOUS DONNERAI un cœur de chair.

Je mettrai mon Esprit en vous ((litt. jJE DONNERAI mon Esprit en vous)

et je ferai que vous marchiez selon mes lois

et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.

Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères.

Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu. »

Autrement dit, c’est parce que Dieu est Saint, parce qu’il est le seul à être ce qu’il est, qu’il va agir de la sorte envers Israël infidèle et pécheur… En effet, la sainteté de Dieu est de l’ordre de l’Amour, puisque « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16). « Dieu est saint » (cf. Is 6,3) parce que « Dieu est Amour », et l’Amour est par nature Don de tout ce qu’il est en lui-même : « Le propre de l’Amour est de se répandre, de se donner »[4]. « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? « Dieu est Saint » (Ps 99(98)) ? Il ne cesse de donner l’Esprit Saint. Israël infidèle et pécheur accepte de le laisser faire ? Alors, gratuitement, par amour, en mettant en œuvre le Don de son Esprit Saint, « en répandant » en leurs cœurs « l’eau pure » de son Esprit, il va les laver, les « purifier de toutes ses souillures et de toutes ses ordures » leur donnant ainsi « un cœur nouveau » par le Don « en lui de son Esprit », cet « Esprit Saint qui sanctifie » le pécheur (2Th 2,13). Et ce qu’il était incapable d’accomplir autrefois, « marcher selon les lois de Dieu, observer et pratiquer ses coutumes », il pourra le faire grâce à la Force de cet Esprit en lui (cf. Ac 1,8 ; 2Tm 1,7)…

Nous le constatons ainsi avec cet exemple : puisque Dieu est ce qu’il est, et donc puisqu’il est Saint, Pur Amour et Don gratuit de tout ce qu’il est en lui-même, et cela pour le seul bien de l’autre, Dieu purifie l’impur, sanctifie le pécheur, justifie l’injuste (Rm 3,21-26), fortifie le faible, transforme en Lumière ce qui est ténèbres, en douceur ce qui est dureté… Avec Lui et grâce à Lui, « les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent » (Mt 11,5). Il suffit de tout lui offrir, de tout cœur, inlassablement, encore et encore, et de le laisser agir…

Isaïe entend ensuite la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? » La Septante a : « τίς πορεύσεται πρὸς τὸν λαὸν τοῦτον ; tis poreusetai pros ton laon touton ? Qui ira vers ce peuple ? ». Autrement dit, Isaïe est appelé à aller vers ce « peuple aux lèvres impures » « au milieu » duquel « il habite »… « Le Seigneur me dit : Va, et tu diras à ce peuple : Écoutez, écoutez, et ne comprenez pas ; regardez, regardez, et ne discernez pas. Appesantis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, englue-lui les yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri » (Is 6,9-10). La manière dont Dieu s’exprime ici semble sous entendre une action directe pour qu’il en soit ainsi, alors que ce ne sont que les conséquences du péché qui sont décrites… Nous lisons de même dans le Livre de l’Exode, « Dieu endurcit le cœur de Pharaon » (Ex 10,20)… Mais non, telle est encore une de ces imperfections de l’Ancien Testament qui, en cet exemple particulier et en d’autres, offre un regard sur Dieu « imparfait et provisoire »[5]. Et c’est d’ailleurs ce même Livre de l’Exode qui affirme quatre fois : « Le cœur de Pharaon s’endurcit et il ne les écouta pas, comme l’avait prédit le Seigneur » (Ex 7,13.22 ; 8,15 ; 9,35).

Isaïe doit donc s’adresser à un peuple « dur d’oreille », avec des « oreilles qui n’entendent pas » : ce sont « des sourds qui ont des oreilles » (Is 43,8), avec en plus « un cœur qui ne comprend pas »… La mission ne sera donc pas facile… Elle semble même par avance vouée à l’échec… Pourtant, qu’Isaïe n’oublie pas ce qu’il a lui‑même vécu… Dieu a frappé à la porte de sa bonne volonté (Ap 3,20), et il n’a pas refusé d’ouvrir les yeux, « je vis le Seigneur… » et d’entendre ce qui lui était dit, « j’entendis la voix du Seigneur qui disait… », contrairement par exemple aux adversaires d’Etienne qui, eux, n’ont pas voulu entendre ce qu’il disait :

Ac 7,55-58 : « Tout rempli de l’Esprit Saint », cet Esprit de Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) qui permet de voir la Lumière (Ps 36,10), Etienne « fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Ah! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui, le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. »

La possibilité d’un refus existe donc toujours mais l’œuvre de Dieu, Isaïe l’a lui-même vécu, consiste justement à « ouvrir les oreilles et les yeux » de celles et ceux qui sont de bonne volonté et cherchent sincèrement la vérité… Recevant le même Esprit, ils vivront alors eux aussi ce que lui-même a vécu :

« En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre et, délivrés de l’ombre et des ténèbres, les yeux des aveugles verront » car ce jour sera « le jour du Seigneur Sabaoth » (Is 2,12 ; 30,26 ; 49,8), le jour où ce sera avant tout Dieu Lui-même qui sera à l’œuvre avec et par la Toute Puissance de sa Miséricorde agissant au cœur même de la mission de ses envoyés… Ce jour-là, « les malheureux trouveront toujours plus de joie dans le Seigneur, les plus pauvres des hommes exulteront à cause du Saint d’Israël » (Is 29,18-19). « Que soient pleins d’allégresse désert et terre aride, que la steppe exulte et fleurisse ; comme l’asphodèle, qu’elle se couvre de fleurs, qu’elle exulte de joie et pousse des cris, la gloire du Liban lui a été donnée, la splendeur du Carmel et de Saron. C’est eux qui verront la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains affaiblies, affermissez les genoux qui chancellent », car en effet « le péché m’a fait perdre mes forces » (Ps 31(30),11)… « Dites aux cœurs défaillants : Soyez forts, ne craignez pas ; voici votre Dieu. C’est la vengeance qui vient », Dieu se vengeant du mal et de toutes ses conséquences en remportant sur lui la victoire, « enlevant » (Jn 1,29) nos ténèbres pour nous donner sa Lumière (Jn 12,46), enlevant la mort pour nous donner la vie (Rm 6,23), car « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). Telle est cette « rétribution divine qui vient », prophétisait Isaïe. « C’est lui qui vient vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet criera sa joie », une phrase que Jésus reprendra pour répondre à Jean Baptiste qui, emprisonné, avait « envoyé de ses disciples pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11,2-6). Et tout cela se réalisera par le Don de l’Esprit, le Don gratuit de l’Amour, Eau pure qui purifie, Eau vive qui vivifie : « Parce qu’auront jailli les eaux dans le désert et les torrents dans la steppe. La terre brûlée deviendra un marécage, et le pays de la soif, des eaux jaillissantes… Ceux qu’a libérés le Seigneur reviendront, ils arriveront à Sion criant de joie, portant avec eux une joie éternelle. La joie et l’allégresse les accompagneront, la douleur et les plaintes cesseront » (Is 35 ; cf. Ap 21,4).

Telle sera toute la mission de ce mystérieux serviteur, une figure accomplie par le Christ et toujours actuelle par son Eglise « Corps du Christ » (1Co 12,12-13), blessée, certes, ayant besoin elle aussi de guérison, certes, mais servante elle aussi à la suite du Christ Serviteur… « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît » (cf. Mc 1,11). « J’ai mis sur lui mon Esprit, il présentera aux nations le droit. Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue ; il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit », deux images qui renvoient au pécheur blessé… « Fidèlement, il présente le droit ; il ne faiblira ni ne cédera jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et les îles attendent son enseignement. Ainsi parle le Seigneur Dieu, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent » (cf. Gn 2,4b-7). « Moi, le Seigneur, je t’ai appelé dans la justice, je t’ai saisi par la main, et je t’ai modelé, j’ai fait de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour extraire du cachot le prisonnier, et de la prison ceux qui habitent les ténèbres » (Is 42,1-7)… « Je conduirai les aveugles par un chemin qu’ils ne connaissent pas, par des sentiers qu’ils ne connaissent pas je les ferai cheminer, devant eux je changerai l’obscurité en lumière et les fondrières en surface unie. Cela, je le ferai, je n’y manquerai pas » (Is 42,16). Alors, si autrefois «  nous tâtonnions tous comme des aveugles cherchant un mur, comme privés d’yeux nous tâtonnions », si autrefois « nous trébuchions en plein midi comme au crépuscule », si autrefois « parmi les bien-portants nous étions comme des morts » (Is 59,10) maintenant, « sourds, entendez ! Aveugles, regardez et voyez ! » (Is 42,18) car « elle est venue ta lumière et sur toi resplendit la gloire du Seigneur… Le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle, et ton Dieu sera ta splendeur… Le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle, et les jours de ton deuil seront accomplis » (Is 60,1.19-20)…

La mission d’Isaïe consistera donc à faire en sorte que tous ceux et celles qu’il rencontrera puissent vivre eux aussi ce que lui-même a vécu… Et il en est en fait de même pour toute personne ayant rencontré le Christ Sauveur, avec ce Trésor de Miséricorde et de Vie qu’il est venu offrir à tous… Paul était dans les ténèbres ? Le Christ lui a ouvert les yeux (Ac 9) ? Comme Isaïe, voici la mission qu’il reçut : « relève-toi et tiens-toi debout. Car voici pourquoi je te suis apparu : pour t’établir serviteur et témoin de la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles où je me montrerai encore à toi. C’est pour cela que je te délivrerai du peuple et des nations païennes, vers lesquelles je t’envoie, moi (cf. Is 6,8), pour leur ouvrir les yeux, afin qu’elles reviennent des ténèbres à la lumière et de l’empire de Satan à Dieu, et qu’elles obtiennent, par la foi en moi, la rémission de leurs péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés » (Ac 26,16-18).

Cette « part d’héritage » est ce Don de l’Esprit Saint, donné gratuitement par l’Amour dont « le propre est de se répandre, de se donner » (Pape François)[6]… C’est par ce Don gratuit et « inconditionnel » (Pape François)[7] que tout s’accomplit, par lequel tout est donné, même si, bien sûr, « tout don, pour être tel, doit avoir quelqu’un disposé à le recevoir »[8]… Souvenons-nous d’Ep 1,13 : « Après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,13-14). La foi est confiance, ouverture de cœur à Dieu, abandon, le laissant accomplir en nous ce qu’il désire… Ressuscité, le Christ « vint » à ses disciples, « se tint au milieu et leur dit : « La paix soit avec vous »… Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » » (Jn 20,19-23). « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? « Dieu est Saint » (Ps 98) ? Avec et par ce Don gratuit de l’Amour, le projet du Dieu créateur s’accomplit pour quiconque y consent : « Que Dieu soit tout en tous » (1Co 15,28)…

                                                                          D. Jacques Fournier

 

[1] Traduction grecque du texte hébreu de l’Ancien Testament, réalisée par la communauté juive d’Alexandrie à partir du 3° s. av JC.

[2] Voir une synthèse sur la notion de gloire en annexe.

[3] Voir une synthèse sur la notion de sainteté en annexe.

[4] Pape François, audience du mercredi 14 juin 2017. : «

[5] Concile Vatican II, « Dei Verbum », & 15.

[6] Pape François, audience du mercredi 14 juin 2017 (cf. note 4).

[7] Id.

[8] Pape François, « Lettre apostolique DESIDERIO DESIDERAVI » du 29 juin 2022, & 3.

EXCURSUS :

         1 – NOTION DE GLOIRE : cliquer sur le titre ci-après : Gloire de Dieu

         2 – NOTION DE SAINTETÉ : cliquer sur le titre ci-après : Sainteté de Dieu

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