Un mot, une réflexion : JUSTICE (Joëlle et Roger GAUD)

JUSTICE

– Je crois bien que la justice de l’homme et la justice de Dieu n’ont rien à voir.

– Oui, la justice de Dieu consiste en son amour : C’est Lui qui nous a aimés le premier et Il a envoyé son Fils qui est venu nous apporter la vie et nous délivrer du péché. La justice de Dieu, c’est le brigand sur la croix qui va entrer au Paradis. La justice de Dieu, c’est la femme adultère pardonnée.

– « Que celui qui est sans péché lui jette le premier la pierre. » Il faut être sans faute pour juger et condamner. Pas de jugement, pas de condamnation. Il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus.

 

 

 

–  Oui, la miséricorde de Dieu est sans limite et on ne peut pas confondre le pécheur avec son péché. Mais nous ne sommes justifiés que si nous prenons conscience de notre péché.

 – Veux-tu relire avec moi un passage du livre de Michèle Longis, “Parole en Paraboles”, à propos de la femme adultère? Je te donne le rôle d’ Éléazar, un habitant de Jérusalem, au temps de Jésus, qui raconte ce qui lui est arrivé. Ce jour là, comme tous les jours à la même heure, Éléazar dévale les rues de Jérusalem. Il va retrouver Rachel, sa fiancée, à la fontaine. Et voilà qu’il est bousculé par une troupe qui monte en vociférant vers le Temple, qui pousse, qui tire, qui porte presque une femme échevelée, livide. Éléazar arrête un homme de ce groupe.

– « Que se passe-t-il ? » demande-t-il à l’homme.

– L’ homme lui désigne la femme :  « Elle a été prise en flagrant délit d’adultère ; nous montons au Temple interroger Jésus : faut-il ou non la lapider ? »

– La lapider, mais il y a longtemps qu’on ne lapide plus chez nous, ces coutumes barbares ont disparu.

– Peut-être, mais c’est toujours écrit dans la Loi ; on va voir ce qu’il en pense, le prophète de Galilée.

– Et toi ? Qu’en penses-tu ?

– Moi, je suis marié et je n’aimerais pas que ce soit ma femme qui… tu es trop jeune pour comprendre, mais voir la femme qu’on aime entre les bras d’un autre donne des envies de meurtre.

 – Il ne croyait pas si bien dire : je venais de m’imaginer Rachel, mon amour, à la place de cette femme et mon sang s’était figé, mes poings serrés, oui, serrés sur une pierre que j’avais ramassée, machinalement. Je me suis retrouvé au milieu de la foule, criant avec les autres, montant vers le Temple, vers ce Jésus dont on parlait beaucoup en ce moment à Jérusalem.  Qu’allait-il dire ?

–  Rien. Il ne dit absolument rien, il semblait ne pas entendre, penché vers le sol, dessinant du doigt sur le sable. Puis il se redressa, il regarda chacun l’un après l’autre, les yeux pleins de tristesse : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui lance la première pierre » dit-il. Puis il se remit à écrire sur le sol. Un long silence suivit.

– Sans péché ? Moi, j’étais sans péché. Depuis ma plus tendre enfance, je m’étais toujours conformé aux commandements et je les avais fait respecter autour de moi, parfois même avec  mes poings.

      Fidèle observant de la Loi, moi qui m’étais gardé pur et qui n’avais encore jamais connu de femme, je pouvais donner le signal, comme il l’avait dit.

     Je levai la main… et je la laissai retomber, stupéfait : tout le monde était parti, il n’y avait plus que la femme, Jésus et moi. Moi, le plus jeune, le « sans péché », le juste.

     Mais pourquoi le regard de Jésus a-t-il été si triste en croisant le mien ? Aurais-je, moi aussi, quelque chose à me reprocher?

     J’ai, il est vrai, sali Rachel en l’imaginant dans les bras d’un autre. De nous deux, le coupable, ce n’est pas elle. Ou, peut-être, Jésus n’approuve-t-il pas ma violence, même au service de la Loi ? Mon besoin d’avoir raison ? Cet orgueil de me considérer comme juste ?

       Avec cette autre vision de moi-même qui se fait jour à cet instant, ne serait-ce pas la première fois que je vois juste ?

       La pierre glisse de mes doigts, elle tombe à mes pieds. Je tends vers Jésus mes mains vides. Il sourit. Je m’éloigne à pas lents. Les dernières paroles que j’entends, sont :« Va, et ne pèche plus. » À qui s’adressent-elles ? À la femme ? À moi ? À nous?

       La joie m’envahit. Je me sens pardonné, vivant, léger. Je me mets à courir : Rachel sera-t-elle encore à la fontaine ? Rachel, attends-moi, pardonne-moi toi aussi. Jamais, jamais plus je ne lancerai de pierre à personne : je sais maintenant que je ne suis pas juste, mais que je suis pardonné.

–  Aucun de nous n’est juste, mais nous sommes tous des pécheurs pardonnés, telle est la justice de Dieu.

 

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