Un mot, une réflexion : CENE (Joëlle et Roger GAUD)

CENE

– Le mot Cène (c.è.n.e) désigne tout simplement le repas du soir, le dîner (cena en latin).

Pour les chrétiens c’est le nom donné au dernier repas que Jésus a pris, en présence des douze apôtres, le soir du Jeudi Saint, juste avant la Pâque juive, peu de temps avant son arrestation, et la veille de sa crucifixion.

– Les quatre évangiles nous disent que ce soir-là, à la veille de sa Passion, Jésus va dire (va nous dire) des choses importantes et poser des actes forts !

Par exemple, c’est ce soir-là que Notre Seigneur va annoncer clairement, et la trahison de Judas, et le reniement de Pierre.

– Et c’est également ce soir-là que, selon l’évangile de Saint Jean, Jésus va léguer à ses disciples une sorte de testament spirituel où il les invite à se rappeler le primat de l’amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.»

– Oui ! Mais les évangiles nous relatent aussi deux événements importants qui se sont passés ce soir-là :

L’évangile de Saint Jean nous raconte le lavement des pieds de ses disciples par Jésus.

Et les évangiles synoptiques nous parlent de l’institution de l’Eucharistie … que d’ailleurs Saint Paul aussi nous relate dans sa première lettre aux Corinthiens.

Voyons comment Saint Matthieu, par exemple, nous raconte cela :

– « Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. » (Mt 26,26-28)

– Ce qui est frappant (et même choquant !) c’est que le Seigneur dit que ce pain est son « corps » et qu’il faut que nous le « mangions » ! « Ceci est mon corps ! Prenez et mangez ! »

– C’est tellement difficile à comprendre, c’est tellement « scandaleux » (au sens premier du terme, un scandale étant une pierre d’achoppement, un obstacle sur lequel on bute !), c’est tellement incompréhensible que les premiers chrétiens se sont parfois vus accusés de cannibalisme par leurs détracteurs.

– Mais nous aussi, Chrétiens du XXIème siècle, nous avons du mal à réaliser qu’à chaque Eucharistie nous mangeons le corps du Christ !

Or, on ne peut s’y méprendre car le mot grec utilisé dans les trois évangiles synoptiques et dans la lettre de Saint Paul, est le mot « sôma » qui veut bien dire « corps » !

– Et le fait que ce morceau de pain qui vient d’être consacré par le prêtre pendant la messe puisse devenir le corps même du Christ (les théologiens emploient le mot de « transsubstantiation ») c’est – et ça restera – ce qu’on appelle un mystère, c’est-à-dire une vérité de foi si profonde qu’on ne pourra jamais la comprendre totalement, même si on est invité à la creuser sans cesse.

– Est-ce que tous les Chrétiens, qu’ils soient catholiques, orthodoxes, protestants ou évangéliques, célèbrent la Cène ?

–  Oui. Mais ils ne donnent pas tous la même signification à leurs célébrations : Par exemple, lorsque nos frères chrétiens évangéliques célèbrent ce qu’ils appellent « la Sainte Cène » ou « le repas du Seigneur », ils mettent l’accent sur le fait de « faire mémoire » de ce qui s’est passé ce jour-là, avec l’entrée du Seigneur dans sa Passion, qui le conduira à son sacrifice sur la croix qui nous assurera le Salut !

Nous, Catholiques, nous pensons qu’il ne s’agit pas simplement de « faire mémoire » mais de revivre ce qui s’est passé lorsque le Christ a institué l’Eucharistie. C’est pourquoi on dit que c’est un « Mémorial », c’est-à-dire une actualisation véritable de ce qui a été vécu à ce moment-là !

–  Autre question : Pourquoi quand on parle d’Eucharistie, on pense souvent à « Communion ». Pourquoi dire qu’on « communie » au Corps (et au sang) du Christ ?

– On pourrait dire que c’est parce que c’est par ce sacrement que les chrétiens s’unissent au Christ … ce qui  va les unir entre eux, les mettre en communion les uns avec les autres. En se rendant participants au Corps et au Sang du Christ, ils arriveront à former un seul corps, dans l’unité !

–  Au fait, quelle est l’origine étymologique du mot Eucharistie ?

–  Le mot Eucharistie vient du Grec Eucharistia qui signifie «action de grâce ». Eucharisteô, en grec, c’est « rendre grâces » – (D’ailleurs, en grec moderne, « merci beaucoup » se dit « Efcharistô poly ») –

Alors, avant de nous quitter, peut-être pourrions-nous garder à l’esprit que lorsque nous allons à la messe pour revivre le Mémorial de la Cène du Seigneur, nous n’y allons pas uniquement pour communier sacramentellement – si possible ! –  mais nous y allons aussi pour « rendre grâces » au Christ de ce qu’il a fait (et ne cesse de faire) pour nous assurer le salut !

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